L’altruisme, cette chimère

Pourtant mis en avant comme l’une des plus belles valeur humaine, l’altruisme se trouverait être en fait un idéal complètement fabulé. Quoiqu’on fasse, bonne action, dons ou profits, ne le faisons-nous pas par intérêt pur ?

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L’altruisme, cette chimère

Publié le 25 août 2013
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Pourtant mis en avant comme l’une des plus belles valeurs humaines, l’altruisme se trouverait être en fait un idéal complètement fabulé. Quoi qu’on fasse, bonne action, dons ou profits, ne le faisons-nous pas par intérêt pur ?

Par Nicolas Fabre.

Souvent, parce que j’affirme ouvertement mon penchant pour le libéralisme je suis traité d’égoïste, d’individualiste, ou pire encore. Pourtant ces gentilshommes au « cœur à gauche » ne sont pas tout à fait dans leur tort, mais ce qu’ils oublient de regarder c’est que toute la société est composée d’individus, y compris eux-mêmes, qui cherchent à défendre leurs intérêts personnels, et ce, au moins sur le plan que je qualifierai de psychologique. Je m’explique.

Quand on parle d’intérêt, on songe trop rapidement aux capitalistes avides de profits, qui pensent uniquement à l’argent. Ce serait mentir que d’affirmer que ces gens-là n’existent pas (même s’ils sont un bien pour la société, tant ils créent de richesses), mais on ne comptabilise jamais les individus qui cherchent à satisfaire leurs intérêts alors qu’ils n’ont que faire de l’argent, et qui trouvent satisfaction sur le plan psychologique et moral, comme d’une fierté personnelle.

Les penseurs de la très intéressante théorie des jeux avaient déjà, plus ou moins, sous-entendu cet argument, mais rien de mieux qu’un exemple pour étayer celui-ci.

Imaginons l’humain comme une entité profondément rationnelle qui n’agirait que pour amplifier ses gains financiers, et transposons-le à la vie en société : il ne pourrait tout simplement pas y vivre. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il ne pourrait pas avoir de relations sociales profondes, et toutes interactions non profitables pour lui ne pourraient être envisagées.

Il ne recevrait personne car payer un verre lui coûterait de l’argent, idem pour un repas, ou un loisir. Alors pourquoi vous, humains, recevez-vous et acceptez-vous de « perdre de l’argent » ? Tout bonnement parce que vous en tirez un intérêt psychique. D’accord vous perdez quelques euros à inviter vos amis à dîner, mais vous y gagnez en satisfaction personnelle car avec eux vous allez pouvoir parler de vos passions, de votre week-end ou encore de vos problèmes au travail, donc vous en tirez un grand profit, mais non pécuniaire. Malgré la perte d’argent réelle, vous êtes satisfaits d’avoir pu passer un bon moment.

C’est le même cas de figure quand vous faites un don à une association : vous perdez de l’argent, mais vous en éprouvez une satisfaction personnelle. Après tout s’il y a un Dieu vous aurez votre place au paradis. Et ce cas de figure de « l’intérêt psychologique » peut revêtir toutes les situations. Quand le soldat se sacrifie, ce n’est pas altruiste, il a le désir que par la suite il sera considéré comme un héros peut-être, ou encore que ses camarades le porteront haut dans leur estime etc. Finalement rien n’est altruiste.

Mais d’où nous vient cette passion pour l’altruisme, c’est-à-dire cette volonté à faire passer les intérêts de son prochain avant les siens ? Les explications sont multiples, mais je pense personnellement que c’est une conséquence de la morale religieuse. En effet la bible, la torah ou encore le coran, nous ont appris à faire passer nos intérêts après ceux de nos prochains. Et en soi, je suis d’accord avec la pensée nietzschéenne qui voit la morale judéo-chrétienne comme une morale de faibles, afin qu’ils (les religieux) puissent dominer les forts (les aristocrates), bien que ce principe de domination puisse s’appliquer à beaucoup de religions et de sociétés. Mais ce n’est pas un mal pour autant.

Bref, tout ça pour dire que l’altruisme selon moi ne serait qu’une fausse justification, pour se donner bonne conscience d’un « individualisme » profondément… humain. Ainsi je pense que nous avons fait fausse route de considérer simplement et uniquement l’intérêt comme financier, car il ne faut surtout pas oublier l’intérêt psychologique que l’on porte aux choses et aux actes, quitte à y perdre de l’argent. Et c’est parce que nous sommes individualistes jusque dans notre propre inconscient que les relations sociales et économiques existent.

Donc messieurs les socialistes, sachez que je suis autant individualiste que vous, mais certainement pas égoïste [1] contrairement à vous, car personnellement je milite pour la création de richesses, la liberté et la poursuite du bonheur par tous les individus, afin que ceux-ci puissent poursuivre leurs intérêts, donc ceux de tous, jusqu’au bout.


Lire aussi :

Note :

  1. Pour rappel, égoïsme et individualisme ne sont pas synonymes. L’égoïste est « celui qui, le plus souvent consciemment, ne se préoccupe que de son intérêt ou de son plaisir propre au détriment ou au mépris de celui d’autrui » (définition du dictionnaire) contrairement à l’individualiste qui défend ses intérêts personnels dans le respect des droits d’autrui.
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  • Ma contribution au but de l’altruisme.

    Le but de la « vie » c’est la reproduction. Depuis la simple bactérie, les insectes, les plantes, les mammifères… chaque être vivant cherche à survivre et promouvoir ses gènes, et à lutter contre les « autres ».
    => promouvoir ses gènes <= : aider ses proches, aider ceux qui nous ressemblent. Et se battre pour accéder aux ressources contre ceux qui ne nous ressemblent pas.

    Depuis la nuit des temps les hommes développent des codes culturels, des tatouages, des signes de reconnaissance pour se reconnaitre dans son original tribale.

    Pour en revenir à l'actualité, nous assistons à une crise du "vivre-ensemble" parce qu'on
    nous force, littéralement, à être solidaires envers des gens qui ne veulent surtout pas nous ressembler.

    Je pense que les ressorts de l'altruisme sont bien plus puissants que ceux de la solidarité forcée de nos Etats. Par la faillite financière, nous allons assister progressivement à la chute de la République et sa solidarité étatique, pour aller vers des formes de solidarité de proximité et de communautés.

    Cherchons à anticiper les formes d'altruisme à venir.

    • C’est une façon intéressante de voir les choses oui.
      Mais si solidarité libre est, vous trouverez toujours un intérêt à vous allier, à aider, et pourquoi pas, à vous faire aider.

      Mais je suis d’accord que la solidarité libre est bien plus belle que la solidarité forcée.

  • C’est intéressant de voir que l’homme n’est pas que physique, pas seulement matière, il est aussi âme ou esprit, dans la philosophie réaliste.
    Ensuite, en oubliant ça vous oubliez de parler des hommes, vous ne parlez que d’argent.

    • Exact !

      J’ai mis des exemples en rapport avec l’argent pour démontrer plus facilement la fausseté de l’altruisme.

      Mais un exemple avec l’amour s’impose: Pourquoi aimez-vous ?
      Car vous y trouvez un intérêt (sensation de bien être, désir que l’on vous aime etc…)

      et les exemples ne manquent pas.

  • Thèse développée par Richard Dawkins dans The Selfish Gene.

  • Retraités, faites vous plaisir, pratiquez le soutien scolaire
    20 novembre 2011, 12:53
    Comment vous motiver ? Si vous tenez absolument à vous draper dans le manteau de la vertu, pas d’hésitation : la transmission est un devoir . Surtout si vous êtes libéral et placez donc la responsabilité au premier rang des valeurs : donner un coup de pouce à un élève qui s’aide lui-même en venant travailler alors que les copains s’amusent, c’est un moyen joliment paradoxal…de lutter contre l’esprit d’assistanat ! Si une bonne partie des 700 000 personnes qui prennent leur retraite chaque année pratiquaient ce type de soutien, l’échec scolaire ne serait peut-être pas ce qu’il est…
    Tout cela est vrai mais ce ne sont que des raisons de la Raison raisonnante (voire résonnante !). L’essentiel est ailleurs et se résume à un mot : plaisir . Plaisir de voir un élève qui souffrait surtout d’une mauvaise image de lui-même ( la majorité des cas), découvrir , au fil des séances, son propre potentiel. Plaisir, en préparant vos cours, de redécouvrir les grands auteurs que vous aviez peut-être négligés lorsque vous aviez la tête dans le guidon. Plaisir, souvent, de nouer , à cette occasion, des liens chaleureux avec des familles d’Arménie, d’Ukraine, de Sicile ou d’Algérie que vous n’auriez jamais rencontrées autrement. Plaisir aussi, en votre for intérieur, de clore le bec à ceux de vos adversaires politiques auxquels on pourrait adresser la célèbre apostrophe de Raymond Queneau ( Zazie dans le métro) : « Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire ». Plaisir, soyons tout à fait honnête, de sculpter votre propre statue, de vous donner bonne conscience pour quelques heures par semaine ! Plaisir de baigner dans ce confort moral que procure le sentiment d’être utile, de prendre encore sa part de l’effort collectif.
    Retraités, vivez pleinement votre existence (au sens sartrien du terme, bien sûr) , de petit-bourgeois responsable, modérément réac et propre sur lui : faites vous plaisir, un immense plaisir, pratiquez le soutien scolaire !

    • Voilà un bel exemple de non altruisme:
      Le retraité qui va donner des cours, même s’il ne récolte pas d’argent, va en tirer une grande satisfaction personnelle (intérêt psychique), car il aura aidé ( par pitié, ou pour rencontrer des gens etc…)

  • « Mais d’où nous vient cette passion pour l’altruisme, c’est-à-dire cette volonté à faire passer les intérêts de son prochain avant les siens ? Les explications sont multiples, mais je pense personnellement que c’est une conséquence de la morale religieuse. »

    Personnellement, j’irais plutôt chercher du côté de la biologie et de la sociologie la réponse à cette interrogation. N’oubliez pas que pendant des centaines de milliers d’années, les hommes ont vécu dans des conditions bien plus dures qu’aujourd’hui, et où la vie en groupe était une nécessité absolue pour assurer la survie individuelle. A mon sens, elle l’est d »ailleurs toujours autant.

    • Fabrice M.

      Votre remarque est très juste, et je pense que cette passion est une conséquence de plusieurs choses, dont la nature humaine.
      Merci de votre réponse.

  • Personnellement j’aime beaucoup le travail de Max Stirner et sa conception toute particulière de l’égoïsme…

  • Il vaut mieux quelqu’un qui fait le bien par intérêt personnel (quelle que soit la nature de cet intérêt) que quelqu’un qui le fait par pur altruisme, car il est beaucoup plus fiable.

  • Tout est affaire d’ego. Point, Trait.
    Dans cette affaire, nous avons toutes et tous un intérêt. Flatter son ego, c’est se faire du bien. Et quel mal y-a-t’il à se faire du bien ? C’est la base même de notre construction individuelle.

    Voilà pourquoi le libéralisme est la seule philosophie politique viable.

  • Le débat est classique et riche, mais plus intéressant quand il n’est pas posé sous forme de tautologie. L’article nous dit en substance que les hommes n’agissent que quand ils ont des raisons d’agir, et que les raisons auxquelles ils accordent leur priorité sont celles qui favorisent leurs intérêts, donc que l’altruisme n’existe pas.

    La tautologie n’existe que si on met sur le même plan toutes les natures d’intérêts (ce que l’auteur commence par vouloir éviter en précisant qu’il ne s’agit pas que d’argent, mais sans creuser cette idée). La question de l’altruisme n’est pas de savoir si nous avons l’habitude de prendre une décision absurde, ou contraire à tout type d’intérêt (matériel, psychique, sentimental…), ce qui relèverait de la maladie psychique, ou d’une manière de raisonner qui nous serait étrangère.

    Un altruiste va avoir tendance à privilégier une satisfaction « morale » à une satisfaction « matérielle » (le trait est grossier, ça mériterait évidemment bien plus de nuances). Certes, il sera dans les deux cas « récompensé » par le circuit adapté de son cerveau, puisqu’on peut éprouver un bien-être aussi bien en satisfaisant un besoin physique qu’en ayant l’impression d’avoir fait une « bonne action ».

    Mais il me paraît dommage de s’arrêter au fait que les effets physiologiques sont similaires pour en déduire que les causes sont de même nature. Oui, on peut parler d’altruisme si entre deux intérêts possibles, on choisi celui qui bénéficie le plus à un autre, alors que ça a un coût par rapport à une satisfaction plus intense qu’on pourrait rechercher. L’existence de cette possibilité de choix non exclusivement matérialiste est d’ailleurs essentielle pour être libre : dans le cas contraire, nous serions entièrement déterminés par la « rentabilité » de chaque action (que ce soit en terme d’argent ou de dopamine circulant dans le circuit de récompense).

    Par ailleurs, il ne s’agit pas de porter au pinacle cet altruisme, on peut faire de gros dégâts en voulant aider. Mais ce n’est pas une raison pour nier l’existence même de cette notion.

  • Moi j’aime mon précieux

  • « Aussi égoïste que l’homme puisse être supposé, il y a évidemment certains principes dans sa nature qui le conduisent à s’intéresser à la fortune des autres et qui lui rendent nécessaire leur bonheur, quoiqu’il n’en retire rien d’autre que le plaisir de les voir heureux. » Adam Smith.

  • À cette critique des socialistes, voici ce que je réponds: Nous libéraux ne sommes pas moins altruistes.

    Cette impression fausse chez les socialistes vient de leur obsession pour l’égalité de fait, que nous ne partageons pas du tout.

    Ils se révoltent contre ces inégalités, alors qu’elles nous laissent de marbre.

    Mais toute atteinte à la liberté d’autrui nous révolte !
    Alors qu’eux y sont totalement insensibles.

    Ayn Rand illustrait, pour les socialistes, l’égoïsme le plus pur, le plus assumé, le plus « nauséabond ». Mais lisez Atlas shrugged (La grève): Les héros se révoltent contre les atteintes à la libertéd es autres, et même bien plus que contre la leur ! Ils se battent pour la liberté de tous !

    Plus généralement, le libéralisme est un projet politique, un projet de société – un paradoxe qui semble particulièrement difficile à gérer pour les libéraux, en particulier les « libertariens ».

    Si les libéraux n’aiment pas l’État, ce n’est pas parce qu’ils rejettent toute action collective, mais parce qu’ils rejettent la contrainte.
    Pour les socialistes, l’État, c’est l’action collective: Erreur !
    L’État, c’est la contrainte.
    Les libéraux n’ont rien contre l’action collective (ils en initient eux-mêmes), ils sont contre la contrainte.

  • L’altruisme ne se fait que par intérêt, admettons. Maintenant imaginez que vous croisez un clochard dans la rue, et vous hésitez à lui donner votre sandwich. Eh bien il me semble que le plaisir de savourer un bon repas, en plus sans sentiment de culpabilité (« des clochards y’en a beaucoup, je suis pas responsable », etc), vaut largement un potentiel sentiment de «satisfaction psychique».

    Si l’altruisme existait pour ses intérêts, ça fait longtemps qu’il aurait disparu, car c’est un état d’esprit qui suppose d’oublier le retour potentiel, que ce retour existe ou pas. D’ailleurs, si la pratique fait naître en nous la satisfaction, c’est bien pour nous y encourager, non ?

  • Je suis tout à fait en accord avec cette vision des choses e j’ajouterai que toutes les décisions que nous prenons sont calculées par une balance décisionnelle. Quand l’intéret d’offrir penche en notre faveur nous donnons, en somme  » offrir c’est investir »!

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