World War Z : l’État, seul rempart contre les zombies ?

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Si le blockbuster estival avec Brad Pitt remplit son objectif de divertissement familial, le propos est toutefois idéologiquement orienté.

Si le blockbuster estival avec Brad Pitt remplit son objectif de divertissement familial, le propos est toutefois idéologiquement orienté.

Par Franck Elkeslassy.

Le point commun des films de zombies est de confronter un groupe plus ou moins large d’individus à un monde hostile peuplé de morts vivants ne pensant qu’à une chose : les dévorer. Cet aspect fantastique permet aux cinéastes de faire ressortir l’humanité des personnages confrontés à ce phénomène. Il permet également de comparer et de mettre en perspectives les failles (ou avantages) des systèmes d’organisation que nous connaissons déjà (démocratie, despotisme, communautarisme..) ou pas encore (anarchie).

Le blockbuster estival World War Z nous propose de suivre Brad Pitt, incarnant un expert de l’ONU à la « retraite », tentant de remonter la piste du virus ayant transformé l’humanité en zombies avides de chaire fraiche. Ce film remplit son objectif de divertissement et de spectacle de l’été avec d’impressionnantes séquences de poursuites, notamment dans les vingt premières minutes, ou de destructions massives. Cependant, contrairement aux autres films de zombies, World War Z peut quasiment être considéré comme un divertissement familial tant les séquences traditionnellement crues ou violentes sont aseptisées.

Ce n’est malheureusement pas son seul défaut ; en effet, le film de zombies présente l’avantage non négligeable de ne pas stigmatiser un pays, une race ou une ethnie en particulier. Ce procédé, très pratique en ces temps de politiquement correct, est censé donner aux réalisateurs une liberté plus importante pour mettre en avant des idées ou des concepts iconoclaste.

Dans le cas de World War Z, la question est assez simple : dans un monde menacé par des hordes de zombies, ou le chaos se généralise, vers qui peut-on se retourner ? La réponse est assez simple : l’ONU, l’armée, l’OMS…

Le film ne donne pas le point de vue d’un groupe d’individus confrontés au phénomène, ce qui fait l’intérêt de ce genre cinématographique, mais plutôt le point de vue des organisations étatiques ou supra étatiques qui seules peuvent répondre à cette externalité ultime.

La façon dont elles répondent à cette menace est d’ailleurs intéressante car elle révèle le caractère intrinsèquement violent de l’État quelle que soit sa nature : une dictature – la Corée du Nord – qui arrache les dents de ses citoyens pour éviter qu’ils mordent et enrayer ainsi la contagion, une démocratie – Israël – qui construit un mur géant et encercle les habitants de Jérusalem permettant de les isoler du reste du monde – sans grand succès.

Il faut remarquer que dans le livre qui a inspiré le film, c’est Cuba qui ressort grandit de la crise et, à l’inverse, ce sont des goldens boys de Wall Street qui sont forcés de creuser des tranchés à New York et participer ainsi (enfin) à un effort collectif et utile. L’impression est donnée qu’un système dominant, le capitalisme quelle que soit sa forme, s’effondre alors qu’un autre, le collectivisme quelle que soit sa forme, reprend sa place légitime.

Pour avoir une idée de ce qu’il est possible de faire passer comme message autrement plus intelligent dans une fiction de ce genre, je conseille vivement l’excellente série télévisée The Walking Deads. En effet, sans être purement libérale, cette série prend le temps de confronter un groupe de personnes assez disparates à un phénomène similaire en se concentrant sur la façon dont les individus vont évoluer sans organisme étatique ou para-étatique pour les sauver.

Le groupe est notamment composé d’un sheriff qui explique à quel point les règles du jeu ont changé et que, dans ce nouveau monde, il n’a plus le monopole de la violence légale. Les thèmes du droit de propriété et du libre arbitre sont abordés de manière intelligente et peu commune à la télévision à de nombreuses reprises dans la saison 2. Au niveau visuel, cette série est également très crue et violente ce qui donne un réalisme renforçant les problématiques auxquels le groupe est confronté.

En conclusion, il est préférable de délaisser un énième blockbuster aseptisé présentant les organisations étatiques mondiales comme seul rempart contre les catastrophes et préférer l’approche individualiste et réaliste de la série The Walking Dead qui valorise la libre coopération entre individus dans un monde pourtant proche de celui de Thomas Hobbes.