Lettre au président d’une automobiliste excédée

radar

De plus en plus de gens en ont assez de l’absurdité totale du monde qui se dessine. À titre d’exemple, voici le témoignage d’une automobiliste épinglée par un radar.

De plus en plus de gens en ont assez de l’absurdité totale du monde qui se dessine. À titre d’exemple, voici le témoignage d’une automobiliste épinglée par un radar.

Monsieur le Président,

Je fais partie des millions de Français qui ont espéré une modification profonde concernant la société telle qu’elle devenait sous l’égide de votre prédécesseur (honni). Mais rien ne change. Nous, citoyens ordinaires, honnêtes, anonymes, continuons d’être infantilisés, méprisés, exploités, volés, accusés à tout propos sans aucun moyen de nous justifier, sans plus jamais avoir affaire à des humains, mais uniquement à des machines, des robots, des répondeurs automatiques, des systèmes informatiques, sans plus aucune chance de nous faire entendre, d’obtenir justice (ne serait-il pas beaucoup plus logique, et finalement bien plus rentable, d’employer de nouveau des êtres humains à la place de machines ?).

Nous payons nos impôts, nos taxes, nos charges, nos contributions, nous supportons les augmentations continuelles du « coût de la vie » ; beaucoup de ceux de ma génération, les baby-boomers si décriés, s’occupent à la fois de leurs parents âgés, de leurs enfants plus ou moins au chômage, de leurs petits-enfants – et il en faut, des petits-enfants, n’est-ce pas ? Nous faisons des économies sur tout, l’électricité, l’eau, le gaz, l’essence, les loisirs, la nourriture. Nous essayons de ne rien gâcher. Et nous ne nous plaignons pas. Nous nous disons toujours qu’il y a des gens en situation bien pire que la nôtre ; nous avons un toit, une retraite, aussi modeste soit-elle. Nous avons une famille.

Mais parmi les systèmes répressifs qui deviennent de plus en plus insupportables : les radars automatiques. Trouvez-vous normal (vous qui êtes un Président « normal ») que sous des prétextes de sécurité plus fallacieux les uns que les autres, nous nous retrouvions otages impuissants d’un système devenu fou dès que nous sommes obligés de prendre notre voiture ?

Le 19 juillet à 6.25 heures du matin, je rentrais de Cagnes sur Mer, où j’étais allée la veille voir ma mère âgée de 85 ans qui sortait de l’hôpital. Je m’étais levée à 3 heures, pour être chez moi, à Avignon, à 7 heures afin de garder trois de mes petits-enfants pendant que leurs parents occupaient leur poste en CDD pour l’été. Trouvez-vous normal, logique, sensé, dans une République démocratique telle que la nôtre, pour un individu ordinaire tel que moi, qui a bien veillé à ne pas dépasser les 130 km/h sur l’autoroute et à rouler à droite (chose qui se fait de moins en moins), que je sois condamnée à payer de 45 à 180 euros d’amende pour avoir roulé à 72 km/h retenus au lieu de 70 ? Je n’ai aucun moyen de vérifier ces données extérieures ; je ne conduis pas le nez sur mon compteur de vitesse, je suis plutôt attentive à ce qui m’entoure, je ne bois pas d’alcool, je ne téléphone pas au volant. On aurait tout aussi bien pu m’accuser de rouler à 100 km/h, 150 pourquoi pas ? Quelle justification pourrais-je apporter ? À qui m’adresser pour me faire entendre ? Personne. Il n’y a plus personne. Que des automates.

C’est cela, votre conception du progrès socialiste ?

Non, ce n’est pas normal. C’est inique, odieux, stupide, contre-productif, et tellement arbitraire. Or mon histoire est parfaitement anodine, je vous l’accorde. Ce n’est qu’une goutte d’eau – du genre de celles qui font déborder les vases de la patience – dans un océan d’injustices, d’abus, d’inégalités qui ne fait qu’enfler, au lieu de se résorber comme nous l’avions, nous qui avons voté pour vous, tant espéré.

Bien sûr, Monsieur le Président de la République, vous ne lirez pas cette lettre. Sans doute même, personne ne la lira. C’est dommage. J’aurais bien aimé, une fois dans ma vie, obtenir une petite lueur de compréhension. Je rentrais d’un aller-retour chez ma mère malade, Monsieur le Président, il était 6 heures du matin, désolée d’avoir dépassé de cinq kilomètres/heure la vitesse autorisée sur une route à quatre voies déserte, pourrais-je obtenir une remise de peine ?

45 euros si je paie dans les quinze jours. C’est si peu dans votre monde, Monsieur le Président. Mais beaucoup dans le monde réel.

Avec mes salutations citoyennes,
Liliane G.


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