Socialisme : tout le plaisir est dans l’attente

Le socialisme doit son succès à sa capacité à faire naître l’espoir et entretenir l’attente. Malheureusement, l’opération ne laisse pas le patient indemne.

Le changement, c’est maintenant ; mais les lendemains qui chantent, c’est demain.

Imaginez que vous soyez au gouvernement, dans une situation économique difficile, et sans réellement comprendre d’où viennent vos problèmes ni pourquoi les efforts déployés par vos prédécesseurs et vous-mêmes ne fonctionnent pas. Évidemment, aucune personne sensée ne chercherait ou n’accepterait de faire partie d’un gouvernement sans rien comprendre à l’économie, mais nous sommes dans une situation de fiction, ne l’oublions pas. Et dans l’histoire, ce cas de figure s’est souvent répété, de l’U.R.S.S à la France de 2013.

Le plus simple, c’est d’expliquer que c’est de la faute de vos prédécesseurs. Mais c’est pour les remplacer que vous avez été élu ou avez saisi le pouvoir, en promettant d’améliorer la situation ; ça ne marchera qu’un temps.

En expliquant que la situation est difficile, on pourra aussi gagner du temps. Mais c’est pour la régler que vous êtes au pouvoir ; ça non plus, ça ne prendra pas.

Si ça ne marche pas, c’est parce qu’on vous place des bâtons dans les roues : quelques boucs émissaires, ennemis de l’intérieur ou de l’extérieur, vous donneront aisément un peu de répit, à condition de bien les choisir. L’U.R.S.S a tenu plus de 60 ans là-dessus, à grand renfort de purges même au sein du Parti.

Une fois qu’on a fait le tour de ces trois options, il faut se creuser un peu la tête. Mais le gouvernement actuel, à l’instar du parti soviétique, a trouvé la clé.

Tout le plaisir est dans l’attente. (Georges Clémenceau)

L’espoir fait vivre, surtout en politique. Avant d’être élu, il faut promettre ; une fois qu’on l’est, il faut nourrir l’espoir. Pas avec des résultats, même partiels, mais avec des formules et de jolies déclarations.

Renverser la courbe du chômage, par exemple. Certes, le nombre de demandeurs d’emploi va continuer à grimper, mais seulement pendant un temps ; ensuite, il va diminuer progressivement. Ça va arriver, sans doute fin 2013, parce qu’on va renouer avec la croissance. Comment ? Bonne question, on y travaille.

C’était plus facile sous l’ère soviétique. On pouvait promettre la conquête spatiale, la mécanisation de l’agriculture, l’union des forces vives de la nation dans un grand élan de productivité stakhanoviste. Aujourd’hui, on a déjà des pistes : une nouvelle révolution industrielle provoquée par l’impression 3D, les appareils connectés, la robotisation, les voitures sans conducteur…

Avant d’évoquer ces grands bouleversements que le capitalisme apporte et que le socialisme exploite – depuis 4000 ans, le capitalisme nourrit les autres -ismes – on peut déjà préparer des plans de communication. La communication, c’est important, surtout quand on n’a rien de bon à annoncer. À défaut d’impacter positivement le présent, on prépare l’avenir, on favorise l’innovation. Mais toujours dans un souci de justice, de respect des valeurs et des traditions. La rupture, dans la continuité.

Le colbertisme 2.0, c’est tendance. La robotisation, on investit. Et comme la high-tech, c’est vraiment super chouette, on prépare une Silicon Valley à la française. Nul doute qu’ensuite, les entreprises high-tech vont s’y développer à foison et faire de la France un pays à la pointe.

Sur le plan social, tout va bien. L’économie sociale et solidaire est pleine de promesses, elle permet de dépasser les limites du capitalisme qu’on a de toute façon usé jusqu’à la corde. Mettons toutes les chances de notre côté en relançant d’une paire d’emplois verts, avec la révolution verte et la transition énergétique.

Les mauvaises langues diront que ce n’est que de la rhétorique, et elles auront tort. Ce dont une société a besoin pour que l’économie prospère, c’est d’initiative privée. Les hommes politiques ne font pas que parler, ils agissent. Leurs investissements peu avisés, ils les font au détriment de l’investissement privé. La protection des industries mourantes se fait au détriment des industries naissantes.

Pour qu’une révolution industrielle ait des chances de survenir, il faudra d’abord une révolution idéologique : qu’on laisse enfin faire les hommes, qu’on laisse enfin passer les marchandises, qu’on laisse enfin en paix le capitalisme. Nous avons déjà attendu bien trop longtemps.