Démocratisation et libéralisation vont-ils de pair ?

La dynamique démocratique est-elle liée à la libéralisation économique ? L’histoire répond clairement à cette question.

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Démocratisation et libéralisation vont-ils de pair ?

Publié le 10 juillet 2013
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La dynamique démocratique est-elle liée à la libéralisation économique ? L’histoire répond clairement à cette question.

Par Loïc Gonsolin.

La dynamique démocratique est-elle liée à la libéralisation économique ?

En premier lieu, il convient de définir ce que l’on entend par « libéralisation économique ». Cette dernière peut être considérée comme l’ouverture au commerce international d’un pays par la suppression des entraves aux échanges, mais elle peut aussi être définie comme la libéralisation interne de l’économie d’un pays. C’est-à-dire le processus par lequel sont octroyées les libertés économiques à tout citoyen, telles que la liberté d’entreprise par exemple.

Si l’on suit la théorie libérale, la libéralisation économique comme ouverture au commerce international est positive dans la mesure où elle permet la croissance économique et le progrès social, par l’échange et la spécialisation de la production. Cette même théorie place l’innovation et la hausse de la productivité engendrées par la spécialisation, comme prémisses de l’accroissement du niveau de vie. Certains auteurs étudiant la démocratisation établissent une relation selon laquelle la démocratie est « tributaire » d’une certaine « égalité socio-économique » [1]. Guillermo O’Donnell relate cette thèse, donnant l’économique comme garant de la démocratie dans la mesure où « la misère » constitue une menace directe à la démocratie. Selon lui, les inégalités, comme la pauvreté, sont les causes de la courte durée de bien des « polyarchies » [2]. C’est dans cette mesure que l’instauration d’un certain seuil de bien-être économique (revenu per capita), selon Lipset, combiné à l’État Providence – vu par Marx comme la soupape du système capitaliste –, selon Habermas [3] devient nécessaire pour effectuer une transition démocratique, ainsi que pour l’étape de la consolidation.

La seconde définition s’ancre quant à elle, dans une logique plus théorique. Si l’on entend par démocratie, en plus de l’approche procédurale, la garante d’un optimal de libertés dont font partie les libertés économiques, dans un État de droit (approche des droits sociaux [4]), alors la libéralisation économique semble indispensable à tout État se prétendant démocratique. De plus, et comme synthèse des deux visions précédentes, O’Donnell relève que le manque d’uniformité dans l’application de la loi en Amérique latine marche de pair avec les inégalités économiques. Les mieux nantis peuvent déroger à la loi, tandis que les plus pauvres luttent au quotidien pour des démarches administratives basiques (hôpitaux, polices, système juridique, etc.) [5]. Si l’on croit donc que la libéralisation économique est capable de « démocratiser » le bien-être économique dans une société, alors celle-ci est une condition sine qua non de la démocratie. Cependant, le développement économique induit de la libéralisation n’amène pas à une démocratie parfaite, et n’amène parfois même pas à la démocratie la plus basique quelle qu’elle soit, comme dans le cas de la Chine. C’est la relation qu’établit Françoise Lazare dans son article « Les  « BRIC » et la démocratie ». C’est cette opinion que défend aussi Guy Hermet en donnant pour exemple le cas de l’Inde. Selon ce dernier, la prospérité économique n’est qu’accessoire et « nullement obligatoire [6]» à la consolidation de la démocratie [7]. Le cas du Chili de Pinochet – du fait que ce dernier mît de côté les libertés politiques essentielles, établît une dictature militaire pour mettre en place une libéralisation économique extrême – peut aussi nous montrer que la libéralisation de l’économie n’engendre pas toujours la démocratie. C’est d’ailleurs cette « asymétrie [8] » que traite Lazare.

Finalement, les détracteurs de l’approche libérale, et notamment les marxistes, voient en cette libéralisation la cause même de l’accroissement des inégalités entre pays dits du Nord et ceux du Sud. Mais, l’intervention financière menée par certaines organisations internationales pour parfaire la libéralisation des pays affaiblis par la mondialisation engendre aussi, dans une moindre mesure, la démocratisation de plusieurs pays puisque la démocratisation est souvent conditionnelle à cette aide.

Vue d’un bon comme d’un mauvais œil, perçue comme un facteur de richesse ou comme une liberté essentielle à la démocratie, la libéralisation économique semble avoir, exceptions mises à part, une influence sur le degré de démocratisation des pays.


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Notes :

  1. Guillermo O’Donnell, « Repenser la théorie démocratique : perspectives latino-américaines », Revue internationale de politique comparée, 2001, Vol. 8, 199-224.
  2. ibid.
  3. ibid.
  4. Hermet, « Les démocratisations au vingtième siècle : une comparaison Amérique latine /Europe de l’Est », Revue internationale de politique comparée, 2001, Vol. 8, 285-304.
  5. Guillermo O’Donnell, « Repenser la théorie démocratique : perspectives latino-américaines », Revue internationale de politique comparée, 2001, Vol. 8, 199-224.
  6. Françoise Lazare, « Les « BRIC » et la démocratie », Le Monde, 7 aout 2008, 2.
  7. Guy Hermet, « Les démocratisations au vingtième siècle : une comparaison Amérique latine /Europe de l’Est », Revue internationale de politique comparée, 2001, Vol. 8, 285-304.
  8. Françoise Lazare, « Les « BRIC » et la démocratie », Le Monde, 7 aout 2008, 2.
Voir les commentaires (3)

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  • « La dynamique démocratique est-elle liée à la libéralisation économique »
    Clairement: NON
    Max Weber avait raison quand il décrivait cette « consubstantialité » entre liberté économique et liberté tout court, dans l’esprit des protestants des lumières.
    Mais celà ne concerne, bien sûr, que des héritiers de la civilisation occidentale.
    Ailleurs, comme il est facile de la voir en Turquie ou en Chine par exemple, ce n’est absolument pas le cas.

    C’est une illusion et il serait bénéfique d’y renoncer.

  • « Les mieux nantis peuvent déroger à la loi, tandis que les plus pauvres luttent au quotidien pour des démarches administratives basiques »

    Remarque fondamentale expliquant le sous-développement relatif de nombreux pays, caractérisé par le maintien artificiel dans l’illégalité de la majorité de la population, pour l’empêcher d’accéder aux bienfaits du capitalisme libéral, tandis que les nantis assurent leur domination grâce au capitalisme de connivence avec l’Etat omnipotent.

    La situation de la Chine, qui perturbe certains démocrates occidentaux, s’explique sans mal à la lumière de ce schéma. Pour bien comprendre le phénomène, lire ou relire Hernando de Soto.

    Ce sont les mêmes raisons qui permettent d’affirmer que la France est aujourd’hui un pays en voie de sous-développement au coeur de l’Europe, le maillon faible de la zone. Pour le sortir de sa pente fatale, il est nécessaire et suffisant de renoncer au socialisme (interdire) sous toutes ses formes.

  • « Démocratisation et libéralisation vont-ils de pair ? »

    L’Histoire est assez claire sur la question. On peut avoir plus de libertés économiques sans toutefois jouir de toutes les libertés politiques (multipartisme, élections, droit d’expression, etc.) comme on le voit en Chine aujourd’hui (même si au passage, le régime s’est sacrément adouci depuis le passage à l’économie de marché et la disparition de l’idole de jeunesse de Barrosso http://www.youtube.com/watch?v=wAHv3UnXvmM).

    Par contre, il est absolument impossible d’avoir une démocratie sans libertés économiques pour la bonne et simple raison qu’une économie dirigiste implique obligatoirement une bonne dose de piétinnement des libertés fondamentales (droit de propriété, droit de produire et d’échanger). Par dessus le marché, la concentration du pouvoir économique dans les mains de quelques uns débouchent inévitablement vers des dérives. Hayek explique tout ca bien mieux que moi dans « La Route de la Servitude »:
    http://www.amazon.fr/dp/2130553184

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