Le New York Times conseille aux jeunes de quitter la France

« Quel espoir pour les jeunes Français ? Partir. » C’est dans les colonnes du New York Times qu’on peut le lire.

« Quel espoir pour les jeunes Français ? Partir. » C’est dans les colonnes du New York Times qu’on peut le lire.

Par Fang Shuo, depuis la Chine.

« Quel espoir pour les jeunes Français ? Partir. » C’est le New York Times qui le dit. Et j’ajoute : lorsque nous cesserons de croire que nous sommes les meilleurs, nous pourrons commencer à rénover le pays.

« To many French people, it’s a completely foreign notion that, around the world and throughout history, voting with one’s feet has been the most widely available means to vote at all. » […]

C’est une idée complètement étrangère à beaucoup de Français que, dans le monde entier et à travers toute l’Histoire, voter avec ses pieds a finalement toujours été le moyen le plus simple et le plus direct pour voter.

« A decrepit, overcentralized gerontocracy » […]

Une gérontocratie hypercentralisée et décrépie

« The dramatic cultural and economic changes currently shaking the globe are still often met in France with parochial, irrelevant conversations, a symptom of the insular intellectual bubble in which the country has been trapped for far too long. » […]

Les bouleversements culturels et économiques qui secouent le monde aujourd’hui n’y suscitent souvent que des conversations de comptoir, dénuées de pertinence, comme un symptôme de la bulle intellectuelle dans laquelle ce pays s’est enfermé depuis beaucoup trop longtemps.

« Young French people need to go abroad, to work, to travel, to see how things can work differently in cultures and countries that don’t play by the same old rules » — and then […] help reconcile the broader population with the global reality that France has shunned for far too long. » […]

Les jeunes Français doivent aller à l’étranger, pour travailler, pour voyager, pour voir comment les choses fonctionnent différemment dans des cultures et des pays qui ne jouent plus nos bonnes vieilles règles – et ensuite ils pourront revenir, et réconcilier le reste des Français avec cette réalité mondiale que la France a rejeté depuis bien trop longtemps.

Je vous invite vivement à lire l’article d’ailleurs assez bref, de M. Felix Marquardt sur le site du New York Times. Au-delà du fait de savoir s’il a raison ou non, il est bon de savoir  –  je veux dire que cela doit nous faire tous réfléchir – que les propos de ce genre se multiplient dans la presse étrangère depuis quelques mois.

Ne cédons pas à la facilité de prétendre que ce serait par malveillance : bien au contraire, ce sont précisément ceux qui aiment la France, et qui sont tristes de voir sa résignation actuelle au morne et au médiocre, qui prennent la plume. Non pas pour insulter, pour blesser, ni pour se réjouir, mais plutôt dans l’espoir de la voir se réveiller enfin. Parce qu’ils sont convaincus que la France a mieux à offrir que ce qu’elle produit actuellement. Un peu comme l’auteur de ce blog finalement.

Surtout, ce qu’il y a d’infiniment vrai dans l’article de M. Marquardt, c’est que le monde ne ressemble pas à la France,  et que c’est très heureux ; qu’il y a effectivement d’autres règles, d’autres façons de vivre, et que contrairement à ce qu’on répète beaucoup, elles ne sont pas plus mauvaises, pas moins humaines, pas moins justes, pas moins nobles, pas moins belles, pas moins heureuses ; elles sont même plus enthousiasmantes. Elles sont peut-être aussi moins nombreuses. On peut y inventer l’avenir, le présent, avec une véritable liberté.

Bonne nouvelle, la mondialisation nouvelle est arrivée !

La mondialisation elle-même, ces « dramatic changes shaking the globe » ne sont pas l’effrayante abomination que prétendent les mauvais politiques, les mauvais économistes, et les mauvais journalistes français, tous soucieux de garantir de pauvres petits privilèges et habitudes hexagonaux. Elle est au contraire une excellente nouvelle pour l’Humanité. Vous en doutez ? Pourtant, pour plusieurs centaines de millions de personnes, elle apporte plus de prospérité, plus de santé, plus d’échanges avec le reste du monde. Si l’Humanité produit parfois des choses admirables, elles n’ont jamais été aussi largement partagées qu’aujourd’hui.

Surtout, elle est tout simplement la forme que prend le monde dans cette aventure que nous comprenons finalement si peu, et dont nous, les hommes, sommes comme des passagers clandestins, étonnés, ébahis, mais formidablement libres. Elle est la réalité de ce monde, excitante, imparfaite, unique, belle. Disponible. Alors pourquoi rester bouder dans son coin ?

Oui, le monde d’aujourd’hui est parcouru sans cesse d’avions – qui polluent – reliant Kulua-Lumpur à Tokyo, de trains qui montent les montagnes les plus hautes et les plus reculées pour y déverser marchandises modernes… et touristes. Oui le revenu moyen de l’homme est plus proche de 5 dollars que du SMIC (ou du RMI, ou du RSA, je ne sais pas lequel est le plus à la mode). Oui il y a des gens qui ne comptent même pas le nombre d’heures qu’ils travaillent chaque semaine, chaque mois. C’est même la majorité des hommes. Et c’est la vraie vie.

Avantages, inconvénients, et défis de la réalité

Bien sûr je ne nie pas que ce monde constamment nouveau, qui secoue nos habitudes et notre confort, représente aussi une masse énorme de nouveaux défis, dont beaucoup, c’est certains, sont gigantesques et inquiétants. Mais ce sont des défis que la France pourrait contribuer à relever, avec le reste du monde, avec ceux qu’on appelle à tort « les émergents », et qui sont bien devenus la majorité des hommes ; si seulement elle décidait enfin de sortir de ses vieux rêves idéologiques. Tout simplement parce que ce sont les défis de l’Humanité.

Oui, comme M. Marquardt, comme beaucoup d’autres, comme vous aussi sans doute puisque vous avez lu ce billet jusqu’ici, je crois que la France a quelque chose à apporter au monde. Nous avons des trésors à partager : une culture riche ; des valeurs anciennes héritée des Grecs, des Romains, des Lumières, et qui parlent de l’homme ; une voix entendue dans le monde.

Au retour de mon premier voyage en Chine, vous vous en souvenez peut-être, je répétais sans cesse : mon plus grand étonnement, finalement, c’est que malgré leur vie précaire, les Chinois sont sympas. Ils travaillent dans la rue, n’ont pas de sécu, meurent vingt ans avant nous. Mais ils sourient, ils jouent dès qu’ils ont un moment, ils se rendent dans les parcs pour danser et chanter. Ils sont chaleureux. Ils sont même heureux, finalement.

Oui, Français, c’est vrai, un autre monde est possible

D’ailleurs, il existe déjà. C’est simplement le monde réel. Juste là, au-delà des frontières. Oh, pas bien loin, même pas besoin d’aller jusqu’en Chine : je parle de ces frontières mentales que nous nous sommes données, ces tristes frontières mentales que la France, que nous mêmes, à cause de nos vieux réflexes, d’une certaine arrogance, d’élites paresseuses et en faillite, et surtout à cause d’une vraie lâcheté face aux défis – français d’abord, puis européens et mondiaux – nous continuons d’imposer à nous-mêmes, et à nos enfants.

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