Le paradis socialiste et ses vieux démons

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Le socialisme français a retrouvé son ennemi le plus cher : le fascisme entre en scène, tuant Clément Méric et promouvant le libre-échange.

L’Europe et le monde semblent s’être jurés de détruire le rêve égalitaire, l’exception française et le petit paradis socialiste qui prospéraient jusque là.

Par Baptiste Créteur.

Jose Manuel Barroso et François Hollande

Les fonctionnaires européens commencent à en avoir assez des fonctionnaires français. Les propos antieuropéens, ça ne plait pas à Bruxelles ; les Français seraient nationalistes, populistes, voire chauvinistes ; en clair, il faudrait que les Français arrêtent de faire de l’Europe leur bouc émissaire et de la tenir pour responsable de leurs difficultés conjoncturelles.

Mais ne vont-ils pas un peu loin ? Il y a sans doute des motifs valables pour refuser le libre-échange et protéger l’exception culturelle qui justifie le rôle de l’État dans la culture et les cachets des artistes français – qui, hasard improbable, sont majoritairement engagés dans le sens d’un renforcement du système français.

Il y a sans doute aussi d’excellentes raisons de vouloir protéger l’industrie prospère, l’agriculture rentable, qualitative et respectueuse de l’environnement et les services de pointe de l’hexagone. Les fleurons et autres champions français sont le fer de lance d’un renouveau économique comme on en avait rarement vus et qui se manifeste enfin après plusieurs décennies d’étatisme débridé.

Le peuple enfin libéré a toutefois encore des ennemis. De l’intérieur tout d’abord ; le Parti n’aura pas hésité à exclure en grande pompe celui qui n’avait pas su faire preuve d’autant d’intégrité que le reste de la classe politique, pour faire un exemple dans sa lutte contre la fraude fiscale. L’arsenal de lutte contre le refus de se soumettre à l’impôt sera heureusement élargi pour que chacun accomplisse son devoir et s’acquitte de sa juste contribution à l’effort national.

Les opposants au mariage pour tous sont, eux aussi, sévèrement réprimés ; il ne faudrait pas qu’on puisse contester l’illusion de liberté offerte par l’ouverture du mariage au couple de même sexe alors même que les citoyens sont dans les faits de moins en moins libres.

Sans oublier tous ces vils fuyards, ces traîtres à la patrie qui préfèrent chercher leur bonheur et leur épanouissement individuels ailleurs au lieu d’apporter leur pierre à l’édifice du bonheur pour tous par l’État.

Mais ces ennemis de l’intérieur ne sont rien face au danger qui gronde par-delà nos frontières. L’Europe, cette Europe ultra-libérale qui veut imposer partout le néo-libéralisme débridé, cette Europe qui se sera construite sur l’idée qu’un avenir commun était possible, souhaite aujourd’hui imposer à la France sa vision de cet avenir commun.

Un avenir d’échange, de coopération libre et volontaire, de frontières plus ouvertes ; un avenir où le service public n’a pas toute la place qu’il mérite, où l’État-providence admet des frontières raisonnables et où l’État ne peut pas subventionner et contrôler l’économie.

Cette Europe, c’est – n’ayons pas peur des mots, comme Arnaud Montebourg – l’Europe du fascisme, le carburant de l’extrême-droite. Rien que ça. Il était temps : le socialisme renoue avec ses vieux démons.

Clément Méric, anticapitaliste mort à la sortie d’une vente privée, a versé son sang pour lutter contre un fascisme qui n’effraie que les fascistes de l’autre camp. Il a courageusement agressé celui qui deviendra son bourreau, pour dénoncer la violence de l’extrême-droite. La lutte finale reprend.

Elle reprend de plus belle, parce que, comme il y a quelques décennies, l’ennemi fasciste est à nos frontières. Le carburant de l’extrême-droite, qui est aussi néo-libéral et au service du grand capital apatride, souhaite empêcher les Français de vivre leur rêve socialiste. Par peur de voir, sans doute, triompher économiquement et socialement l’idéologie marxiste.

Accepter la compétition pour prouver qu’on est meilleur n’est pas vraiment dans les gênes socialistes. Mieux vaut se protéger d’un ennemi sournois qui n’hésitera pas à rendre le peuple plus libre, plus heureux et plus prospère pour le séduire. Et pour cela, une méthode fiable existe : l’érection d’un mur contre le fascisme. Ça ne tiendra pas éternellement, mais ça suffira sans doute pour protéger les avantages et privilèges de quelques millions d’individus qui vivent aux dépens des autres, et le train de vie incontestable des dignes et fiers représentants du peuple triomphant.