Mort de Clément Méric : un drame de l’extrémisme

Pourquoi se retrouve-t-on dans une situation que personne n’a voulue ?

Pourquoi se retrouve-t-on dans une situation que personne n’a voulue ?

Par Marc Crapez.

De l’agression d’un militant de gauche, on est passé à une bagarre peut-être provoquée par des militants d’extrême-gauche, au cours de laquelle un militant d’extrême-gauche est mort, suite à des coups portés par un militant d’extrême-droite. L’exploitation politique immédiatement orchestrée par ceux qui ont parlé trop vite tombe à plat. C’est la fatalité d’une bagarre qui a mal tourné.

C’est aussi le drame d’un jeune militant sincère, endoctriné par une idéologie extrémiste. Son camarade du Parti de Gauche à Science Po témoigne : la victime était sensibilisée à la « poussée de l’extrême-droite » dans le contexte de l’hostilité au mariage gay (i-télé). Le label « Front de Gauche » renvoie à l’héritage du spartakisme, l’extrême-gauche en guerre civile avec l’extrême-droite dans les années 1920.

La victime était membre de « l’Action antifasciste », groupuscule obsédé par l’éternelle « montée » du fascisme. Cette idéologie est propice à l’essor d’une fièvre obsidionale. Elle alimente des postures où le sujet se sent environné d’ennemis. Dans cette vision des choses, le sujet pourchasse l’ubiquité d’un ennemi tentaculaire.

Alors qu’il n’existe en France que 500 skinheads, la mythologie d’extrême-gauche est parvenue à nous faire croire que plusieurs dizaines de milliers de fanatiques bottés étaient prêts à tabasser les opposants. Dès lors, les militants d’extrême-gauche se croient investis d’une mission de salubrité publique : contre-manifester, harceler, provoquer, injurier tout rassemblement de « fascistes », Front National et parti souverainiste de Nicolas Dupont-Aignan inclus.

L’extrême-gauche prétend seulement riposter à une violence d’extrême-droite. L’argument remonte aux origines de ce que François Furet appelait la « rivalité mimétique » entre totalitarismes. La gauche française cautionne ce sophisme au lieu d’effectuer son examen de conscience antitotalitaire. Un ancien résistant et déporté, communiste dans sa jeunesse, avait ce verdict terrible : « On empêche des petits nazis de se réunir dans une cave et certains n’ont rien fait, ou ont fait moins que nous. Alors, on devrait au moins se taire ».

Ceux qui auraient mieux fait de se taire, ce sont aussi les activistes d’extrême-droite qui ont gâché l’après-manif pour tous de mai dernier. Ils ont donné un spectacle lamentable de haine et de bêtise. Les CRS et gendarmes mobiles avec lesquels ils voulaient en découdre les méprisent, autant qu’ils respectent les durs-à-cuire en colère pour leur gagne-pain, agriculteurs et autres marins-pêcheurs.

—-
Suivre les articles de l’auteur sur Facebook.

Lire aussi : À Bergé, Barjot, Mélenchon et consorts : et si vous laissiez Clément Méric reposer en paix ?