Le FMI n’a pas à nous dicter notre conduite

Après la Commission Européenne, c’est au tour du FMI de formuler des recommandations à la France. Qui ne s’en laissera évidemment pas compter.

Après la Commission européenne, c’est au tour du FMI de formuler des recommandations à la France. Qui ne s’en laissera évidemment pas compter.

Par Baptiste Créteur.

Je ne suis pas un grand admirateur des économistes du FMI qui, quand ils avouent s’être trompés, n’en corrigent pas pour autant leurs erreurs. Mais force est de constater qu’ils ont parfois des raisonnements de bon sens.

Ainsi, ils jugent la pression fiscale en France trop élevée, ce qui impacte négativement la compétitivité et la croissance de notre beau pays décidément malaimé. Malaimé de la croissance, qui ne se montrera pas plus en 2013 que le soleil en mai : une récession de -0,2% si on considère que la dépense publique – 56% du PIB, une broutille – ne détruit pas de valeur. Et c’est une hypothèse forte.

Le FMI souligne le déficit de compétitivité coût et hors coût de la France. Comprenez : nous ne sommes pas seulement plus chers pour la même chose, mais incapables de proposer pour compenser des services aussi bons que ceux des voisins. La France n’innove plus, n’offre plus de services performants ni de biens de qualité – exceptions mises à part. L’exception française, aujourd’hui, ce sont les entreprises qui marchent et les individus qui prospèrent.

Deux problèmes structurels pèsent sur la compétitivité des entreprises françaises, rappelle le FMI : une «croissance des salaires réels» soutenue alors que les gains de productivité sont en baisse, et «l’augmentation de la charge fiscale» sur les entreprises.

La lutte finale a un peu d’avance. Dans d’autres pays, chefs d’entreprise et salariés sont capables de travailler en bonne intelligence et de comprendre que leurs intérêts convergent vers le succès des entreprises ; les salariés acceptent des baisses de salaires quand la situation est mauvaise, reçoivent des primes quand la situation est bonne.

En France, les chefs d’entreprise ne peuvent pas réduire les salaires lorsque la situation est mauvaise et ont rarement l’occasion de verser des primes – à l’inverse des ministres. On me dira que ce n’est pas le sujet, mais ce serait oublier que l’emploi ne progresse en France que dans le secteur non marchand.

La croyance dans une productivité incroyablement élevée des Français, plus productifs qu’ailleurs et pouvant dès lors se permettre le luxe de ne travailler que 35h par semaine (et ne pas en avoir réellement le choix) ne disparaîtra que quand les Français seront officiellement moins productifs que les autres.

On pourra alors discourir longtemps sur la futilité d’une vie centrée sur le travail et l’ignoble impératif de productivité qui vise à exploiter le travailleur aussi indignement que possible ; on pourra également consoler les Français en condamnant leurs aspirations matérialistes à un logement décent, une alimentation de qualité, des produits high-tech et des vacances à l’étranger. Mais rien ne dit qu’ils s’en contenteront. Ils pourront alors se rassurer ; la situation aurait pu être bien pire si le gouvernement avait pratiqué l’austérité.

Tout en saluant les efforts d’assainissement budgétaire de la France – qui évite les excès de l’austérité, et promet de se concentrer sur les dépenses, le FMI dénonce les abus de la fiscalité française sur les entreprises et les ménages. «L’utilisation répétée de mesures fiscales pour remplir les objectifs budgétaires n’a pas seulement augmenté la pression fiscale jusqu’à un niveau excessif mais aussi entamé la confiance des entreprises et des ménages», indique le FMI. Le Fonds critique aussi l’instabilité fiscale française. «Une plus grande prévisibilité fiscale pourrait lever l’incertitude qui pèse négativement sur les décisions de dépenses et entreprises et des ménages», insiste-t-il.

Les Français pourront donc remercier leurs ministres responsables qui auront, pleins de courage et de détermination, consciencieusement évité de réduire la dépense. Qui auront également détruit toute velléité de produire et de s’enrichir à force d’inventer de nouvelles taxes, mais c’est un détail.

Le FMI ne manque pas de saluer les incroyables efforts en matière de réformes structurelles, qu’il est apparemment le seul à percevoir :

Le FMI salue toutefois les réformes structurelles engagées depuis six mois par le gouvernement. Et appelle la France à les poursuivre. «Les autorités ont fait des progrès significatifs sur le front des réformes structurelles», se félicite le FMI, beaucoup plus optimiste que Bruxelles sur ce front.

Le FMI salue la réforme sur le marché du travail (ANI), le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), qui apporte «une bouffée d’air aux entreprises», et se félicite, par avance, des nouvelles réformes annoncées sur les retraites et les allocations chômage.

Se féliciter par avance, quelle chance. Dans quelques années, quand les réformes structurelles, que dis-je, le séisme de transformation qui embrase actuellement le pays auront porté leurs fruits, les experts du FMI pourront se féliciter réellement. Sauf si le poids de la dette et l’immobilité ont définitivement raison de la croissance française, évidemment. Mais il faudrait vraiment être pessimiste pour penser que les lois de l’économie et la nature humaine ne vont pas changer en quelques années, pas vrai ?

Hollande à la Commission Européenne : « vous n’avez rien à nous dicter ».