Les Français sont-ils nuls en économie ?

À moins que ce ne soient les économistes, ainsi que les politiques qui s'en servent...
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Les Français sont-ils nuls en économie ?

Publié le 24 mai 2013
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 À moins que ce ne soient les économistes, ainsi que les politiques qui s’en servent…

Par Vincent Bénard.

Il est de bon ton d’affirmer que « les Français sont nuls en économie ». Des sondages réguliers montrent que nos concitoyens sont peu nombreux à donner des réponses correctes à des questions simples. Ils révèlent une forte méfiance des Français vis-à-vis de la finance, de l’entreprise… Certains incriminent des manuels d’économie ou un corps professoral trop politiquement monocolores. D’autres une presse très subventionnée et idéologiquement très ancrée à gauche. Peut-être. Mais n’est-ce pas un type d’explication trop simpliste ?

Sortons du lieu commun. Ces biais sont certes plausibles, mais ne sont pas propres à la France. Aucun test international n’existe pour évaluer le niveau économique des Français comparés aux autres peuples. Et difficile de savoir si les Français sont plus mauvais en économie qu’en orthographe, où le niveau est également catastrophique, mais où la couleur politique des manuels peut difficilement être invoquée.

Osons une hypothèse plus hardie : la faiblesse des analyses économiques de notre presse, de nos politiciens, de nos intellectuels, de nos livres scolaires, tient à la rencontre délétère entre la nullité de la science économique par elle-même, et l’héritage culturel et historique français qui rend certaines réalités moins « acceptables » qu’ailleurs.

Affirmer que la science économique est aujourd’hui dans un état assez lamentable fera sûrement réagir nombre d’économistes du milieu académique. Certes, la micro-économie sait répondre à quelques questions simples et a produit quelques lemmes basiques, confirmés empiriquement, et qui font plutôt consensus dans la profession. Par exemple, « le blocage des loyers favorise la pénurie de logements », « un salaire minimal légal trop proche du revenu moyen pénalise l’accès à l’emploi des moins qualifiés », etc. Notons que ces postulats, bien que largement vérifiés, ne plaisent guère, car ils justifient une moindre intervention de l’État dans des domaines politiquement sensibles.

Mais dès que l’économie doit traiter de questions complexes, ou agréger au niveau macro-économique tous les résultats de ces micro-constats, les choses se gâtent. La crise économique et financière que nous vivons depuis 2007 en est l’exemple le plus flagrant. Les économistes qui ont prévu avec précision la crise et en ont bien décrit les mécanismes probables sont rarissimes et étaient de quasi inconnus, en dehors du milieu académique, avant la crise : Minsky, Roubini, Schiff, Bonner, Wiggins… Les stars de la profession, les Laffer, Krugman, Stiglitz, ou Greenspan, et bien d’autres, n’ont pas anticipé la gravité de la situation, et ont parfois conseillé les prescriptions qui ont précipité les événements.

Et que dire de la création de l’euro, dont il est de plus en plus difficile de cacher les échecs ? Qui a écouté un Charles Gave ou un Jean-Jacques Rosa qui nous disaient en l’an 2000 que donner la monnaie de l’Allemagne à des pays moins compétitifs mènerait à un échec retentissant ? Le chœur des europhiles médiatiques rendait à l’époque toute contestation inaudible. Pourquoi les Français prendraient-ils goût à une science aux résultats si médiocres ?

Et du fait de ce faible niveau de certitude qu’elle permet, l’économie est facilement capturée par des groupes d’intérêts divers (lobbies, politiciens, financiers), qui la détournent de sa finalité scientifique pour en faire un instrument servant leurs desseins politiques. Voilà qui rend singulièrement indéchiffrable au commun des mortels ce que pourrait être « la vérité économique », si tant est qu’il ne puisse n’y en avoir qu’une. La notoriété et les bonnes connexions médiatiques sont plus importantes que la qualité scientifiques des travaux pour accéder aux médias, et ainsi influencer l’opinion.

Ajoutons que la politique se sert de l’économie, dont elle tord et distord les résultats, et la confronte à des valeurs émotionnelles pour fonder ses décisions et les faire accepter. Or, l’héritage culturel de la France se caractérise, entre autres, par l’admiration peu critique de grands souverains au pouvoir central fort, Henri IV, Louis XIV, Napoléon, de Gaulle… Peu leur importe que le règne des trois premiers nommés aient constitué autant de périodes économiquement défavorables, dans l’imagerie populaire française, le souverain doit être assez fort pour pouvoir plier le cours de l’économie aux désirs du peuple. Comment accepter les postulats d’une plus grande efficacité des économies qui réduisent l’intervention publique dans ces conditions ?

L’économie n’est pas aimée parce qu’elle n’est pas assez crédible, n’offre que peu de certitudes empiriques, et notre histoire rend l’acceptabilité de ses rares zones consensuelles plus difficile que dans les pays où l’histoire a fait détester les États excessivement forts, et où l’on a compris que le prix à payer pour accéder à une certaine prospérité, passait par plus de flexibilité et une plus grande capacité d’adaptation face aux aléas de conjoncture. D’où l’impression qu’une grande part de nos compatriotes, et par voie de conséquence de leurs représentants politiques, « refuse le réel » et se raccroche à des préceptes économiques très dirigistes qui ont pourtant largement échoué.


Une première version de cet article a été publié sur Atlantico.

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  • Globalscan fait des sondages internationaux sur le libre marche. Ca donne une idee de la nullite hexagonale:

    2006:
    Le Figaro, dans son édition de samedi et de dimanche, nous révèle qu’on ne peut trouver, au monde, citoyens plus réfractaires à l’économie de marché et à la libre entreprise que les Français. Tel est le principal enseignement de l’enquête réalisée par l’institut de sondage international GlobalScan pour le compte de l’Université du Maryland. Ainsi, 36% seulement dans les sondés, dans l’hexagone, estiment que l’économie de marché, c’est-à-dire ouverte à la mondialisation, constitue le meilleur système pour l’avenir. Par comparaison, 65 % des Allemands, 71 % des Américains, 74 % des Chinois et même 56 % des Kenyans sont totalement d’accord avec cette affirmation. Ce n’est pas nouveau, mais cela fait tout de même un choc, surtout de nous voir placés après la Russie !
    L’étude de l’Université du Maryland souligne l’ampleur du décalage entre la France et le reste du monde. Avec une proportion de 50 % des réponses données, la France est le seul des vingt pays sondés dans lequel une majorité de l’opinion rejette l’économie de marché comme fondement de la croissance à venir.

    Celui-la aussi est pas mal..2010
    http://croissance-responsable.fr/wp-content/uploads/2010/04/Sondage-Les-Fran%C3%A7ais-et-l%C3%A9conomie-de-march%C3%A9.pdf

    60% des Francais pensent que c’est le role de l’etat de controler les entreprises.
    33% pensent que la mondialisation est bonne pour le pays.

    69% considerent qu’il faut remplacer le systeme d’economie de marche.

  • Le problème n’est pas qu’ils sont nuls, il est qu’il préfèrent le rester et confier les choix économiques à d’autres, qu’ils choisissent en fonction de critères qui n’ont rien à voir avec une quelconque compétence.

  • La science économique a bon dos. C’est un énième bouc émissaire pour ignorants. À qui le tour?

  • Le français sait d’instinct que ce qui se conçoit bien s’énonce clairement.

    Il fait que celui qui emprunte pour payer ses dettes est un « mauvais bien », qu’on ne dépense que ce que l’on a, et encore suite à un exercice provisionnel. A ce stade, le moindre chevrier est déjà très supérieur à n’importe quel « économiste » masquant son absence totale de compréhension dans un hermétisme savant .

    C’est probablement parce que le français est un remarquable « économe instinctif » que ses poils se hérissent quand les prédicateurs de Nanterre 4 (bis) et autres comiques viennent lui vendre leurs salades…

    L’ennui, ce sont des millions de gens d’élevage, qui n’ont jamais rien géré, même leurs achats de Bic, et qui s’engouffrent dans les sottises qui les arrangent.

    • Nanterre… ou la démonstration de l’impérieuse urgence de la privatisation-sanction des universités.

  • Bonjour
    Ce n’est pas une méconnaissance de l’économie.
    C’était mitterrand qui a dit « Dans la lutte contre le chômage, on a tout essayé ».
    En fait on a tout essayé… ce qui marche pas pas, ce qui marche les français n’en veulent pas, c’est à dire, faire des efforts.

  • l’économie est une science trop belle pour qu’on la confie à des profs! Quand on voit ce qu’ils ont fait de l’orthographe…

  • les francais sont au contraire, tres fort en economie:

    la plupart comprennent tres bien que ce metre fonctionnaire, c’est travailler moins, pour gagner plus, avec risque zero.

    que plus il y a d’allocation, mieux c’est ( les seuils sont tres bien percu )

    que plus on gueule dans la rue, plus vite l’etat ( soeur ) mettra la main au portefeuille.

  • Idem chez lez Russes ils sont une grande majorité à vouloir revenir au système économique soviétique !Dire que l’on a de plus en plus la même mentalité…En plus d’avoir une histoire semblable!

  • Les citoyens français sont ignares (en économie, en géopolitique, en …) ?
    Normal, leurs « Lumières » se sont éteintes sous l’effet d’endoctrinements idéologiques (teintés de vert – rouge – ultra-rouges ex-URSS – sinon bruns des années ’40s, etc.) . A supposer toutefois qu’elles (Lumières) se soient allumées chez beaucoup !
    Ceci repose la question des orientations parmi nos familles, chez nos enseignants ordinaires, chez ces intello-bobos et médias, PUIS forcément parmi la classe politicienne qui en est élue ! Triste planche à savon (forcément vers le bas), pour un Etat de classe 5 dans le monde !!!

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