Le fou court après son ombre, l’élu après son image

La « communication », pour un élu, est considérée aujourd’hui comme une nécessité. Doit-elle pour autant se faire aux frais des contribuables ?
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Le fou court après son ombre, l’élu après son image

Publié le 1 mai 2013
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La « communication », pour un élu, est considérée aujourd’hui comme une nécessité. Doit-elle pour autant se faire aux frais des contribuables ?

Par Gabriel Lévy, de l’Association des Contribuables de l’Intercommunalité d’Aubagne.

Voulez-vous « communiquer » sur tel sujet, nous propose-t-on parfois ? Eh bien oui, nous voulons aujourd’hui communiquer sur… la communication.

Pour nous, communiquer, c’est diffuser notre opinion, et nous ne manquons pas de le faire. Pour l’élu, c’est annoncer un événement et le commenter. Nous sommes donc chacun dans nos rôles : informer nos concitoyens et permettre à ces derniers de donner leur avis.

Mais pour le pouvoir, qu’il soit national ou local, il s’agit aussi de valoriser son action. Admettons-le ! À condition d’éviter les louanges excessives et le narcissisme. Surtout, cette publicité – appelons-la par son nom – ne doit pas être trop coûteuse pour leurs mandants. Faut-il, à cet effet, des pavés payants dans la presse locale ? Faut-il des brochures luxueuses, papier glacé, photos, trombinoscope…?

Faut-il multiplier les subventions à toutes les associations, les ligues, les unions qui les sollicitent, de crainte d’être jugés hostiles ou malveillants à l’égard de la cause qu’elles sont censées défendre, même si parfois ces subventions sont illicites (grévistes, politique internationale…) ? Gare à la mauvaise communication !

Faut-il pour faire apprécier sa ville des projets pharaoniques, des fêtes grandioses, des feux d’artifice dispendieux ? Rien n’est moins certain, quand le chômage progresse de 1.000 individus par jour (dernière statistique de l’emploi) et que l’INSEE nous confirmait il y a quelques jours que 8,3 millions de nos concitoyens sont en dessous du seuil de pauvreté.

Chaque jour, le site observatoiredessubventions.com de Contribuables Associés nous apprend les munificences des communes de France. Rares sont celles qui ne s’y adonnent pas et au bout du compte, tout ça pour ça ! : un pays et des villes de plus en plus pauvres, mais qui, pour faire bonne figure, pour communiquer, persistent dans la ronde des jeux. L’orchestre rassurait mais le Titanic sombrait !

La presse locale du 26 avril titrait : « au classement des grandes villes préférées des Français, la cité phocéenne est bonne dernière ». Selon le directeur de BVA Opinion : « nous avons choisi de ne pas intégrer à notre questionnaire des critères sélectifs comme les transports, la sécurité ou l’offre de loisirs (…). C’est donc uniquement leur image qui transparaît au travers de sondage… ». L’observation est sévère, probablement excessive, et elle est contestée par l’exécutif de la ville. Mais il n’en reste pas moins que, la seule existence de ce sondage, prouve l’inanité des dépenses de prestige, et le sondeur d’observer : « l’effet Capitale Européenne de la culture apparait pour l’heure inexistant », signant la faillite de la « Communication» avec son grand C. Au demeurant, cette dernière ne règlera jamais les sujets qui fâchent, précisément ceux que l’enquête n’a pas pris en considération.

Les fausses façades des « villages Potemkine » étaient dressées pour cacher ce qu’il ne fallait pas voir. Aujourd’hui la pléthore des médias a engendré la promotion de l’illusion, en donnant naissance à un business, celui des chargés de communication. Quelle collectivité territoriale s’en dispense-t-elle ?

Nos édiles devraient reconnaître, et vite, que si le jeu distrait pendant quelques heures, le chômage, la perte de pouvoir d’achat, les impôts sont persistants.


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