Michèle Delaunay, ne soyez pas gênée d’être riche !

Michèle Delaunay (Crédits : Nicolas Pastor, Creative Commons)

Lettre ouverte à Michèle Delaunay, Ministre délégué, chargée des Personnes agées et de l’Autonomie, concernant sa gêne à être riche.

Lettre ouverte à Michèle Delaunay, Ministre délégué, chargée des Personnes agées et de l’Autonomie, concernant sa gêne à être riche.

Par Patrick Jacquemin.

Madame,

J’ai pris connaissance de vos propos dans la presse concernant votre déclaration de patrimoine.

Vous avez voué des décennies à la médecine et bien naturellement vous en avez notamment retiré un patrimoine important qui, cumulé à celui de votre mari et de plusieurs héritages, est supérieur à 5 millions d’euros. Le fait de rendre cette fortune publique vous gêne. Pour vous en disculper, vous exposez en quoi ce que vous possédez est justifié et expliquez ce qui vous différencie des autres « riches ». Je dois vous avouer que vos propos me heurtent et motivent la présente réponse.

Vous affirmez que : « L’essentiel de ce que m’ont légué mes parents n’est pas un patrimoine immobilier. C’est le sens du travail et le courage. ». Bien évidemment ! Mais ne croyez-vous pas  que les autres, ceux qui possèdent une fortune égale ou supérieure à la vôtre, ou tout simplement ceux qui sont assujettis à l’ISF, ne sont pas dans le même cas ? À part celles du type Cahuzac, la totalité des fortunes créées dans notre pays est le fruit de beaucoup de travail et de courage. Votre famille et vous-même ne faites pas exception à la règle. Votre fortune n’est pas plus ou moins respectable que celle des autres. Et de fait, elle ne confère pas à plus ou moins d’estime que celle de ceux qui ne seraient pas membre du parti socialiste, contrairement à ce qui transpire dans vos propos.

Vous vous dites « normalement dépensière, pas une femme de luxe ». Ceci est le cas de la plupart des riches, je vous l’assure. Cependant, je vous l’accorde, ce n’est pas le cas de tous.  Et je ne peux m’empêcher de penser à  Monsieur Fabius qui possédait une Ferrari 400GT rouge quand il était premier ministre, ou à Dominique Strauss Kahn, qui circulait il y a peu encore en Porsche dans Paris, alors qu’il était pressenti au poste suprême de l’État pour le parti socialiste. Cela étant, la France est un des principaux pourvoyeurs de produits de luxe. Cette industrie représentée par Dior, Chanel, Vuitton, le champagne, les grands vins, la Cote d’Azur, etc. génère beaucoup d’emplois et de richesse pour la France. Il conviendrait pour être parfaitement cohérente, de juguler cette industrie, et en tout cas de n’en rien consommer, pas même un foulard Hermès, sinon… ce serait du luxe, mais pas de la normalité.

Vous vous inquiétez du risque d’« opprobre ». Ce risque n’est que celui développé par votre parti depuis des décennies dans un but purement électoraliste. En affirmant que les riches le sont au détriment des pauvres, le parti socialise expose ses membres à devoir justifier comme vous le faites, que tel n’est pas le cas, que votre fortune n’est que le fruit du travail. Comment le peuple de gauche pourrait-il croire que ce qui est le cas pour vous ne le serait pas pour les autres ? Ou à l’inverse, comment ce peuple pourrait-il croire que les autres riches devraient avoir honte mais pas vous ? Je ne sais même pas d’ailleurs si les arguments « travail » et « courage » sont pertinents pour que le peuple vous absolve, tant ces valeurs ont été galvaudées par le parti dont vous êtes membre. Le travail, sachez-le, n’est plus de mise dans notre pays. Le courage encore moins. Devant les avantages conférés aux agents du service public, les jeunes français n’ont en majorité plus que cette ambition de carrière (selon un sondage IFOP). Cette envie appauvrira irrémédiablement la France, car ce n’est pas le service public qui crée la richesse transformable en impôts pour rembourser la dette que vos collègues politiciens de tous bords ont engendrée depuis 30 ans.

Pécuniairement riche vous êtes. À cette élite donc vous appartenez. À moins que vous n’ayez déjà distribué spontanément une grande partie de votre fortune, ou que vous n’envisagiez de le faire rapidement afin d’être en cohérence avec la philosophie de partage social que vous prônez, vous continuerez d’appartenir à la « haute », et n’aurez point de salut. Mais si vous souhaitiez démontrer que vous êtes éloignée de ce que vous qualifiez d’« aura que s’attribuent les riches », vous pourriez soulager votre bourse et votre conscience en effectuant une donation à une fondation ou en créant une fondation que vous doteriez (sauf à ce que vous ayez déjà fait cette démarche). C’est ce que font de plus en plus de riches, dont tous je suppose n’appartiennent pas au parti socialiste. Ainsi Madame, en ayant donné l’essentiel, vous ne seriez plus assujettie à l’ISF, ne feriez donc plus partie des riches et n’auriez plus à vous justifier de n’être « jamais honteuse » de tant détenir.

Avec toute l’admiration que j’ai par ailleurs pour votre carrière de cancérologue et celle que j’éprouve sincèrement pour votre fonction gouvernementale actuelle, je vous prie d’agréer, Madame, mes respectueuses salutations.


Article paru initialement sur Le Cercle Les Échos.