Le labyrinthe de verre de la transparence des élus

Transparence (Crédits : Nykaule, Creative Commons)

La transparence des élus quant à leur patrimoine est un faux problème qui occulte la nécessaire transparence sur la dépense publique.

La transparence des élus quant à leur patrimoine est un faux problème qui occulte la nécessaire transparence sur la dépense publique.

Par Baptiste Créteur.

Les élus de la république sont rémunérés par les contribuables, et plutôt grassement. Ceux qui ont jusque-là dévoilé leur patrimoine sont soit de mauvais gestionnaires, soit de gros menteurs, ce qui devrait les disqualifier des fonctions qu’ils occupent. Même les plus hautes fonctions maintiennent le flou artistique, si bien qu’on ne sait pas encore si le Président de la République fraude le fisc ou si sa maîtresse détourne les fonds publics. Saluons toutefois Jean-Luc Mélenchon, qui se plie à l’exercice avec un peu d’humour.

Que des élus soient menteurs est devenu évident aux yeux du monde avec l’affaire Cahuzac, qui offre à la classe politique et aux médias un bouc émissaire inespéré. Surtout, elle leur donne l’occasion de lancer un grand chantier sur la moralisation de la vie politique. Mené notamment par des repris de justice et des voyous pas encore pris la main dans le sac, il sera l’occasion de grandes réformes, de plans d’action, d’une communication efficace : plus jamais élu ne s’enrichira sur le dos du contribuable, c’est promis. Il n’enrichira plus ses amis ou électeurs non plus, juré craché. En revanche, on continuera de flamber l’argent public dans des projets débiles, des mesures contre-productives et des soirées petits-fours-champagne. Et plus si affinités, si les seuls représentants des médias présents sont des copains plutôt que des stagiaires consciencieux.

Et c’est là le génie des politiciens, ou la bêtise de l’opinion, à vous de choisir : une diversion magnifiquement orchestrée, qui amène à s’interroger sur quelques millions bien ou mal acquis alors que l’État dépense chaque année allégrement des milliards d’euros. Des dizaines de milliards. Des centaines de milliards. Oui, oui.

Ces centaines de milliards, d’où viennent-elles ? De la poche des contribuables. Du fruit de leur travail, de la sueur de leur front et de l’agitation de leurs neurones. Qu’un ministre en charge de la lutte contre l’évasion fiscale fraude le fisc, c’est grave, mais rien en comparaison du gaspillage de milliards d’euros chaque année. Quelques exemples récents permettront de se rendre compte de l’incompétence crasse de ceux qui prétendent gérer l’argent des autres.

Avec l’argent public, ils font ce qu’ils reprochent aux méchants spéculateurs : ils prennent des risques. Ségolène Royal a investi dans l’entreprise Heuliez alors en faillite et à qui les subventions auront permis d’agoniser pendant à peine 3 années supplémentaires.

« C’est une prise de risque, mais, si extraordinaire que cela puisse paraître, je crois que ça va marcher. »

Eh bien non, ça n’a pas marché. Heureusement pour elle, ce n’est pas avec son argent qu’elle a pris des risques, mais avec celui du contribuable qui aurait sans doute trouvé meilleur usage aux 2,5 millions d’euros partis en fumée. Pardon, 7,5 millions, rien que ça.

Ils prennent aussi des risques lorsqu’ils s’endettent au nom du contribuable. Avec des montages financiers qui feraient frémir tous les ennemis de la finance, la Seine-Saint-Denis fait perdre près d’un milliard d’euros au contribuable local et sollicite aujourd’hui les contribuables du pays entier pour payer l’addition de sa bêtise et de son aveuglement. Contribuable qui, une fois de plus, a sans doute mieux à faire avec un milliard.

Et chaque année, l’État s’endette. En votant, depuis 40 ans, des budgets en déficit, les parlementaires font croître le montant de la dette qu’il faudra, un jour rembourser – et tout le monde a sans doute mieux à faire avec son argent que rembourser des dettes contractées il y a 40 ans par des politiciens en mal de relance et de gabegie. Mais ce n’est pas tout ; le paiement des intérêts représente désormais un poste budgétaire important – plus de 40 milliards d’euros dépensés pour rembourser les crédits à la consommation de l’État.

De ces 40 milliards d’euros par an – et le montant augmente chaque année – que les contribuables auraient-ils bien pu faire ? Investir ? Préparer leur retraite, que l’État ne pourra pas leur offrir ? Financer une éducation de qualité à leurs enfants ? Créer leur entreprise ? Améliorer leur pouvoir d’achat ? Avec 36 millions de contribuables, en moyenne chacun d’entre eux aurait pu garder plus de 1000 euros du fruit de son travail.

La première transparence à instaurer n’est peut-être pas sur les dépenses de l’État, mais sur ses recettes. Si chaque Français savait combien il paie annuellement en taxes, impôts et prélèvements divers – y compris sur chaque produit ou service consommé – nul doute qu’une grande majorité d’entre eux seraient plus sensibles à la dépense publique. L’instauration du salaire complet, pour savoir combien l’État leur prend à la source, ainsi qu’un petit récapitulatif de la contribution individuelle à l’effort étatique de dilapidation municipal, départemental, régional et national, donneraient à chacun toute la mesure du problème.

Ils exigeraient alors de tous les échelons bureaucratiques et administratifs qu’ils soient transparents sur leurs dépenses, avec des comptes-rendus réguliers, fiables et structurés, présentant des niveaux de détails variables permettant de se rendre compte de l’étendue de la gabegie, mais aussi de se demander si c’est bien au contribuable de payer les déjeuner en Corse d’un élu du Pas-de-Calais ou les déplacements festifs des élus franciliens aux Jeux Olympiques.

Et c’est ce combat qu’il faut mener. Le patrimoine des élus, qui certes sont rémunérés, nourris, logés et blanchis par les contribuables, n’a aucune sorte d’importance en comparaison du monstre étatique. Si on veut faire maigrir le Léviathan avant qu’il n’engloutisse le soleil, il faut d’abord le peser et savoir quelle quantité d’énergie, d’effort, de travail des Français il ingurgite.