Le labyrinthe de verre de la transparence des élus

La transparence des élus quant à leur patrimoine est un faux problème qui occulte la nécessaire transparence sur la dépense publique.

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Transparence (Crédits : Nykaule, Creative Commons)

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Le labyrinthe de verre de la transparence des élus

Publié le 15 avril 2013
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La transparence des élus quant à leur patrimoine est un faux problème qui occulte la nécessaire transparence sur la dépense publique.

Par Baptiste Créteur.

Les élus de la république sont rémunérés par les contribuables, et plutôt grassement. Ceux qui ont jusque-là dévoilé leur patrimoine sont soit de mauvais gestionnaires, soit de gros menteurs, ce qui devrait les disqualifier des fonctions qu’ils occupent. Même les plus hautes fonctions maintiennent le flou artistique, si bien qu’on ne sait pas encore si le Président de la République fraude le fisc ou si sa maîtresse détourne les fonds publics. Saluons toutefois Jean-Luc Mélenchon, qui se plie à l’exercice avec un peu d’humour.

Que des élus soient menteurs est devenu évident aux yeux du monde avec l’affaire Cahuzac, qui offre à la classe politique et aux médias un bouc émissaire inespéré. Surtout, elle leur donne l’occasion de lancer un grand chantier sur la moralisation de la vie politique. Mené notamment par des repris de justice et des voyous pas encore pris la main dans le sac, il sera l’occasion de grandes réformes, de plans d’action, d’une communication efficace : plus jamais élu ne s’enrichira sur le dos du contribuable, c’est promis. Il n’enrichira plus ses amis ou électeurs non plus, juré craché. En revanche, on continuera de flamber l’argent public dans des projets débiles, des mesures contre-productives et des soirées petits-fours-champagne. Et plus si affinités, si les seuls représentants des médias présents sont des copains plutôt que des stagiaires consciencieux.

Et c’est là le génie des politiciens, ou la bêtise de l’opinion, à vous de choisir : une diversion magnifiquement orchestrée, qui amène à s’interroger sur quelques millions bien ou mal acquis alors que l’État dépense chaque année allégrement des milliards d’euros. Des dizaines de milliards. Des centaines de milliards. Oui, oui.

Ces centaines de milliards, d’où viennent-elles ? De la poche des contribuables. Du fruit de leur travail, de la sueur de leur front et de l’agitation de leurs neurones. Qu’un ministre en charge de la lutte contre l’évasion fiscale fraude le fisc, c’est grave, mais rien en comparaison du gaspillage de milliards d’euros chaque année. Quelques exemples récents permettront de se rendre compte de l’incompétence crasse de ceux qui prétendent gérer l’argent des autres.

Avec l’argent public, ils font ce qu’ils reprochent aux méchants spéculateurs : ils prennent des risques. Ségolène Royal a investi dans l’entreprise Heuliez alors en faillite et à qui les subventions auront permis d’agoniser pendant à peine 3 années supplémentaires.

« C’est une prise de risque, mais, si extraordinaire que cela puisse paraître, je crois que ça va marcher. »

Eh bien non, ça n’a pas marché. Heureusement pour elle, ce n’est pas avec son argent qu’elle a pris des risques, mais avec celui du contribuable qui aurait sans doute trouvé meilleur usage aux 2,5 millions d’euros partis en fumée. Pardon, 7,5 millions, rien que ça.

Ils prennent aussi des risques lorsqu’ils s’endettent au nom du contribuable. Avec des montages financiers qui feraient frémir tous les ennemis de la finance, la Seine-Saint-Denis fait perdre près d’un milliard d’euros au contribuable local et sollicite aujourd’hui les contribuables du pays entier pour payer l’addition de sa bêtise et de son aveuglement. Contribuable qui, une fois de plus, a sans doute mieux à faire avec un milliard.

Et chaque année, l’État s’endette. En votant, depuis 40 ans, des budgets en déficit, les parlementaires font croître le montant de la dette qu’il faudra, un jour rembourser – et tout le monde a sans doute mieux à faire avec son argent que rembourser des dettes contractées il y a 40 ans par des politiciens en mal de relance et de gabegie. Mais ce n’est pas tout ; le paiement des intérêts représente désormais un poste budgétaire important – plus de 40 milliards d’euros dépensés pour rembourser les crédits à la consommation de l’État.

De ces 40 milliards d’euros par an – et le montant augmente chaque année – que les contribuables auraient-ils bien pu faire ? Investir ? Préparer leur retraite, que l’État ne pourra pas leur offrir ? Financer une éducation de qualité à leurs enfants ? Créer leur entreprise ? Améliorer leur pouvoir d’achat ? Avec 36 millions de contribuables, en moyenne chacun d’entre eux aurait pu garder plus de 1000 euros du fruit de son travail.

La première transparence à instaurer n’est peut-être pas sur les dépenses de l’État, mais sur ses recettes. Si chaque Français savait combien il paie annuellement en taxes, impôts et prélèvements divers – y compris sur chaque produit ou service consommé – nul doute qu’une grande majorité d’entre eux seraient plus sensibles à la dépense publique. L’instauration du salaire complet, pour savoir combien l’État leur prend à la source, ainsi qu’un petit récapitulatif de la contribution individuelle à l’effort étatique de dilapidation municipal, départemental, régional et national, donneraient à chacun toute la mesure du problème.

Ils exigeraient alors de tous les échelons bureaucratiques et administratifs qu’ils soient transparents sur leurs dépenses, avec des comptes-rendus réguliers, fiables et structurés, présentant des niveaux de détails variables permettant de se rendre compte de l’étendue de la gabegie, mais aussi de se demander si c’est bien au contribuable de payer les déjeuner en Corse d’un élu du Pas-de-Calais ou les déplacements festifs des élus franciliens aux Jeux Olympiques.

Et c’est ce combat qu’il faut mener. Le patrimoine des élus, qui certes sont rémunérés, nourris, logés et blanchis par les contribuables, n’a aucune sorte d’importance en comparaison du monstre étatique. Si on veut faire maigrir le Léviathan avant qu’il n’engloutisse le soleil, il faut d’abord le peser et savoir quelle quantité d’énergie, d’effort, de travail des Français il ingurgite.

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  • Et si on commençait, comme je l’ai déjà suggéré, de rendre obligatoire sur tous les documents émis par les organismes publics et les sociétés ou associations privées recevant des subventions (presse en premier, bien évidemment) la mention claire et précise du montant total alloué annuellement. C’est très simple à faire et cela ferait prendre conscience à chacun que que Libération (au hasard) a reçu en 2010 plus 14 millions d’aide directe, du bon argent « contributif » donc.

    • Cela n’est pas un problème de vision, de cerveau ou de je ne sais quoi. L’Etat Français c’est ça : http://fr.wikipedia.org/wiki/Alcoolodépendance
      Une maladie recurente que l’on soigne à la dépense publique. Même Keynes n’était pas bête : c’est consciemment qu’il nous a mis dans cette merde. Comme tous les alcoolo on espère que demain sera mieux qu’aujoud’hui…..faut pas rêver !

  • Je vous signale que le coût total, tous postes de dépenses confondus, du monde politique français (plus de 300000 personnes impliquées de près ou de loin dans la politique française) est de 15 milliards d’euros par an, y compris les retraites et dépenses de fonctionnement variées de l’immobilier exclusivement réservé aux politiciens. Si vous considérez que c’est négligeable, il faut alors m’expliquer quels sont vos ordres de grandeurs.

  • J’ai trouvé cette information dans un quotidien en ligne suisse il y a déjà plusieurs mois, Le Temps ou la Tribune de Genève, je ne me souviens plus …

  • @Hermodore:
    L’open data de la totalité des institutions étatiques paraît en effet essentielle, tant la presse française, exponentiellement subventionnée, est devenue un puissant outil de propagande, permettant à l’état de justifier la moindre de ses actions , occultant habillement la spoliation qu’elles entrainent inévitablement.
    La presse manuscrite nationale serait donc la dernière à tirer profit de de la publication des données des comptes publiques, ne devant sa survie qu’à un système actuel, qui soutient les acteurs des secteurs obsolètes, en spoliant ceux des activités innovantes.

    Ainsi, dans un autre registre, après la mort de Tatcher, nos journaux ont insisté sur le fait quelle ait choisi de ne plus soutenir le secteur minier, oubliant volontairement que c’était la une condition sin e qua non au regain de compétitivité de la Grande Bretagne, et que ces destructions d’emplois non productifs ont permis à dautres secteurs de prosépérer et d’employer à leurs tours de manière durable et indépendante de toute aide publique, donc à coût 0 pour le contribuable.

    Tous les voyants sont aux rouges, les nouvelles augmentations des prélèvement obligatoires allant accéler la fuite des capitaux, et des investisseurs qui auraient pu permettre à nos irréductibles entrepreneurs d’innover pour faire face à une concurrence de plus plus forte, tous secteurs confondus.

    Les français doivent donc non seulement prendre conscience du fait qu’ils sont légalement spoliés de plus de la moitié du fruit de leur (parfois encore heureusement) dur labeur, mais que l’état l’utilise de manière irresponsable, pour sans se soucier aucunement de la rentabilité, ni même de l’utilité de ses investissements.

    Par conséquent, seuls les les « pure players de l’information en ligne » comme Contrepoints pourront contribuer, preuves issues à l’open data à l’appui à révéler les disfonctionnement flagrants des intistitutions et la gestion irresponsables leurs comptes, l’irresponsabilité et l’irrationalité de leurs choix d’investissement.

    Néanmoins, cette information doit être banalisée afin de pouvoir susciter l’attention du plus grand nombre, sans quoi elle ne pourra permettre de lutter contre les montées inéluctables des mouvements extrêmistes, en premier lieu celui de l’extrême gauche, grande gagnante de ce nivellement par le bas stratégiquement souhaité par notre régime actuel. Celui ci se rapproche donc ainsi dangeureusement du totalitarisme, seul condition possible pour l’application de mesures socialistes.

  • Ah, bon…ils n’ont pas les mêmes contraintes que nous. Perso, je pisse de travers : ma banque le sait, le fisc le sait. Dés lors, on peut s’interroger sur l’utilité d’une oligation qui ne va pas être respectée et est déjà détournée. Le vrai problème est le système qui permet d’enrichir ces gos porcs de ministres et autres escrocs. La politique des fonctionnaires avec des poignées d’argent gratuit pour se payer des putes, n’encourage pas la raison et le respect des valeurs. Quand je lis que Dati à fait faire 2 enquetes pour 120 000 euros juste pour connaitre son « image »…je me dis que ce système est du foutage de gueule.

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