5 arguments en défense de Jérôme Cahuzac

Les arguments utilisés par les politiques pour mettre fin au scandale Cahuzac comportent une part de vérité mais n’en sont pas moins mauvais.

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5 arguments en défense de Jérôme Cahuzac

Publié le 4 avril 2013
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Les aveux de Jérôme Cahuzac donnent lieu à de nombreuses déclarations des responsables politiques de tous bords, dont certains ne manqueront pas de chercher à mettre un terme à la polémique.

Par Baptiste Créteur.

Les arguments utilisés par les politiques pour mettre fin au scandale Cahuzac seront peu nombreux ; la part de vérité qu’ils comportent ne les rendra pas moins mauvais. En voici un rapide résumé.

Argument n°1 : ça fait le jeu du FN

C’est sans doute vrai. Les affaires qui ébranlent la vie politique alimentent l’idée que les hommes politiques sont « tous des pourris », et leur prévalence au sein de l’ensemble des partis ayant déjà dirigé le pays donne aux Français l’envie de changement. Après avoir naïvement cru à une république exemplaire qui succéderait à une république des affaires, les voici de nouveau rappelés à une triste réalité : à tous les niveaux, corruption, népotisme et copinage existent, et l’argent public est au mieux mal utilisé, au pire détourné.

Changer de dirigeants n’y fait pas grand chose ; on se rappellera de Jérôme Cahuzac (sic) exhortant Nicolas Sarkozy à changer de gouvernement ou dissoudre l’Assemblée pour finalement quitter le gouvernement avant de passer aux aveux. Ce n’est ni le premier ni le dernier scandale, et tous font le jeu des partis n’ayant pas encore exercé le pouvoir.

Le même argument est régulièrement utilisé dans d’autres circonstances ; Laurent Obertone en fait les frais, avec la publication de son livre La France Orange Mécanique. Qu’on partage ses constats et ses recommandations ou non, il y a sans doute peu d’arguments aussi pauvres que « Ça fait le jeu du FN ».

L’argument est en effet éminemment fallacieux. C’est la réalité qui fait – malheureusement – le jeu du Front National, pas le fait de la décrire ou d’en parler. Mais les chroniqueurs politiques pourront en témoigner, il fonctionne presque à chaque fois.

Argument n°2 : c’est populiste

La critique des élites, par opposition au peuple, est en effet palpable lorsqu’on livre à la vindicte populaire un responsable politique, à plus forte raison s’il est membre du gouvernement. Mais cela ne serait populiste que si cette critique était infondée, alors qu’elle est ici légitime. Oui, les élites politiques françaises sont loin d’être irréprochables.

Il ne faudrait pas généraliser, bien entendu, car ce serait populiste ; mais les connivences au plus haut niveau sont nombreuses et flagrantes, entre des hommes politiques qui déclarent « Si je parlais, certains ne seraient plus ministres » (Jean-Noël Guérini) et des manifestations claires de capitalisme de copinage – l’origine des fonds du compte bancaire suisse puis singapourien de Jérôme Cahuzac serait son activité de lobbyiste, i.e. de tentative d’orientation de la décision politique en faveur d’intérêts particuliers.

Une fois de plus, ce sont les élites qui sont elles-mêmes populistes lorsqu’elles agissent en leur intérêt propre alors que le peuple qu’elles représentent les a chargé de la défense de ses intérêts.

Argument n°3 : c’est de l’acharnement

C’est vrai également ; une fois que l’information est parue, elle est sans cesse relayée et s’y ajoutent les informations nouvelles. Jérôme Cahuzac, s’il lit la presse, ne trouvera sans doute pas l’image qu’elle renvoie aujourd’hui de lui très flatteuse.

Mais rappelons qu’il a nié pendant des mois. Jérôme Cahuzac a « porté un coup très dur à la force de la parole publique » (Arnaud Montebourg), a menti (donnons-leur le bénéfice du doute) aux parlementaires, au gouvernement et aux Français, pendant des mois, allant jusqu’à déclarer :

Je ne sais pas de quoi il est question. Je n’ai jamais eu de compte en Suisse ou ailleurs. C’est ahurissant. Je poursuivrai tous ceux qui reprendront cette calomnie gravement diffamatoire et qui porte atteinte à mon honneur.

Il n’y a plus grand chose pour porter atteinte à son honneur désormais. Tous ceux qui ont repris cette calomnie gravement diffamatoire rient maintenant au nez de l’ancien ministre, qui a prétendu servir l’intérêt général et pourrait finalement être amené à le faire sous la forme de travaux d’intérêt général.

Pour autant, il n’y aurait rien d’étonnant à ce que le ministre en charge de la lutte contre l’évasion fiscale l’ait lui-même pratiquée ; ceux qui reprochent facilement aux hommes politiques de ne pas savoir de quoi ils parlent ne pourront qu’en être ravis.

Argument n°4 : ça décrédibilise la vie politique

C’est en partie vrai. Les hommes politiques n’ont besoin de personne pour être ridicules, si ce n’est d’électeurs leur permettant de donner libre cours à leur bêtise ; toutefois, le ridicule de leurs déclarations et de situations vulgairement comiques décrédibilise la vie politique.

Qui peut faire confiance, aujourd’hui, à un quelconque homme politique français – alors qu’un ministre a, des mois durant, nié la vérité sans ciller ? Qui peut s’empêcher de rire en entendant désormais parler d’une « république exemplaire » ?

Argument n°5 : il n’est pas conseillé de frauder le fisc, mais le niveau des prélèvements y est une forte incitation et il faudrait sans doute revoir notre fiscalité

Non, cet argument, vous ne l’entendrez pas. Pourtant, le meilleur moyen de lutter contre la fraude fiscale serait sans doute de rendre la fiscalité acceptable – aussi bien par son niveau que par ce qu’elle vise à financer, ce qui revient au même en dernière analyse.

Les individus sont relativement rationnels. Le risque que comporte l’évasion fiscale est important ; s’ils s’y adonnent pourtant, c’est qu’ils jugent qu’ils ont plus à y gagner (évitement d’impôt) qu’à y perdre (redressement probable et lourd). En réduisant le poids de la fiscalité, ou en augmentant la probabilité d’un redressement fiscal – ce à quoi s’évertuent déjà les autorités – ils feront pencher la balance en défaveur de la fraude.

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  • Une étude très sérieuse démontrait que jusqu’à 20 ou 25 %, la fraude fiscale n’existait quasi pas, et que le courbe se verticalisait au fur et à mesure de la voracité étatique.

    Pour le particuolier, c’est très simple et relève du pari de Pascal : frauder et risquer des ennuis, ou être tondu immédiatement.

    Pour les PME, que j’ai conseillé longtemps, il est clair que la marge de « noir » est une donnée du plan d’entreprise ! Nombreuses sont celles dont les projections ne passent pas s’il n’y a une marge immunisée » comme on dit poliment.

    Si Cahuzac fait le buzz, (outre qu’il a poussé côté hypocrisie), c’est parce qu’il met au grand jour une évidence : c’est le noir qui donne encore un peu d’oxygène à une France dont l’économie est étouffée scientifiquement.

    Chez Vuitton, par exemple, plus de la moitié des achats se règlent en cash !

    • 15% est le taux maximum acceptable, philosophiquement l’impôt n’est rien de plus que du vol, n’allons pas donner des arguments en sa faveur.

      • Philosophiquement, d’autres ont pensé que c’était la propriété qui était le vol. Il n’y pas de réponse claire de LA philosophie sur la nature de l’impôt ni de la propriété, ni du vol. Je suis de l’avis que l’impôt aujourd’hui répond (en partie) à des biens publics dont chacun bénéficie (routes, défense, etc). Un compromis sur 15%, s’il maximise les recettes fiscales pour financer les biens publics me va très bien en effet faut de pouvoir mettre tout le monde philosophiquement d’accord. Je serais curieux d’avoir l’étude sur les 20-25% de Mauvaise blague. Un lien?

        • La phrase « la propriété c’est le vol » est absurde, puisque par définition le vol ne peut exister que si la propriété existe.

  • Le pire est peut etre a venir en ce qui concerne Moscovici qui envoie un courrier en suisse demandant si Cahuzac avait ouvert un compte en suisse entre 2006 et 2013 peu ou prou. Alors que l’enregistrement date d’avant cette date . N’y a t il pas là une forme de complicité passive de la part de ce Ministre !!Il aurait donc fallu tout simplement demander a la Suisse si un compte avait été ouvert sans stipuler la date. D’autant que des rapports existaient depuis longtemps sur le personnage .

    • J’ai cru comprendre que c’est un délai de prescription imposé par la législation helvétique (8 ans), ce qui est tout à fait possible.
      Ce qui est plus embêtant, c’est que, sachant que les comptes sont numérotés et non nominaux, la réponse serait obligatoirement négative (Cahuzac, sait pas. Compte n°XXXYYYZZZ, oui ou non)…
      Ceci dit, l’UBS n’est plus un parangon du secret bancaire helvète depuis déjà quelques temps, et personne ne me fera croire que les services de l’État (sec. intérieure, RG, etc., qui ont leurs vies propre) n’ai pas fait une note — sans valeur juridique puisqu’illégale, mais au moins informative — depuis déjà un certain temps au moins à Taubira, Mosco, Vals et Mou Ier, voire même bien avant la nomination des ministre pour Mou Ier. Sinon, nous somme le plus nul des États du monde, ces officines étant le B.A.-BA de tout exécutif qui se respecte et nous aurions les dirigeants les plus débiles du monde « civilisé » (dernier point qui est fort possible, par contre).

      En résumé : on nous prend *vraiment* pour des c..s !

  • Un politicien vit avec l’argent des autres, parler de prélévement obligatoire trop eleves pour les entreprises et les salariés oui mais pas pour les fonctionnaires ou les politiques, dautant plus que ce sont ces derniers qui décident de la fiscalité. Vous connaissez le chat qui se mord la queue…

  • Malheureusement seul le dernier argument est valable.
    Mais tout le problème vient du fait que ces gens prônent(-erons) toujours plus d »impôts.
    Tout en se gavant.

  • Rien à voir avec Cahusac (tout est dit dans l’article) mais on apprend dans Atlantico que la future mairesse de Paris, Anne Hidalgo, est déjà à la retraite depuis 1 an et elle n’a que 53 ans. Je les trouve très « patriotes » très solidaires, les socialos.

  • No 6 : il cache la foret. Une petite fraude loin d’être à l’échelle du déficit de la France.

  • quand les  » petits  » fraudent , qu’ils se font un peu de black , l’argent gagné à la sueur de leur front repart dans l’économie , car cet argent permet d’arrondir leur difficile fin de mois ; quand ce sont les plus riches qui fraudent , l’argent fout le camp à pétaouchnok , et on n’en revoit plus la couleur ;s’il n’y avait pas cet argent tiré du travail au noir , beaucoup de pays seraient encore plus dans la mouise ;

    • marie: « quand ce sont les plus riches qui fraudent , l’argent fout le camp à pétaouchnok »

      Les riches finissent bien par le dépenser cet argent, en maison, immeubles, entreprises, investissements, consommation (art, vêtements, décorations, voitures)

      Par contre si toute entreprise devient désavantageuse et confiscatoire à cause de l’état, là oui il fout le camps définitivement mais le riche aussi.

  • Argument n°1 : ça fait le jeu du FN
    Cet argument est insupportable car avec la posture morale que l’on se donne extérieurement, on est prêt en fait à toutes les saloperies.

  • Cela n’empêche que tout homme politique peut être mis en cause et poursuivi par la justice…
    http://www.magtuttifrutti.com/article-mensonge-politique-quand-la-democratie-fonctionne-116807498.html

  • Le dernier argument c’est bien un truc de libéraux. Seulement, si Cahuzac a planqué son fric c’est probablement pour essayer de le blanchir. Ce n’était pas pour échapper à l’impot je pense.

    Et aujourd’hui personne ne défend Cahuzac. Les arguments sont donnés pour que ça ne dégénère pas en politiques-bashing selon moi.

  • Conclusion: il n’aurait plus que 0.6 Moi sur les 15Mio qu’il avait fraudé…

    En gros, vu qu’il s’est appauvrit (ou qu’il l’a bien planqué), on va avoir pitié…

  • Argument N°1: Le socialisme a toujours fait le lit du fascisme, ce ne sont pas ceux qui critiquent qui font gonfler l’électorat mais leurs propres agissements.
    Dixit Léo Ferré: Le socialisme est l’antichambre du fascisme.
    Le terme ‘populiste » pour désigner l’extrème droite n’a aucun sens, le populisme de gauche style Mélanchon & co, et même PS est beaucoup plus dangereux, on en aura le résultat final sous peu.
    Pour mémoire c’est Miterrand qui a remis en selle le FN, c’est vrai qu’il leur devait bien ça, depuis Pétain.
    Cibler les « riches » comme Adolf ciblait les juifs, je ne vois pas la différence, même technique même but et presque même résultat => la fuite reste la solution la plus sure.

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