5 arguments en défense de Jérôme Cahuzac

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Les arguments utilisés par les politiques pour mettre fin au scandale Cahuzac comportent une part de vérité mais n’en sont pas moins mauvais.

Les aveux de Jérôme Cahuzac donnent lieu à de nombreuses déclarations des responsables politiques de tous bords, dont certains ne manqueront pas de chercher à mettre un terme à la polémique.

Par Baptiste Créteur.

Les arguments utilisés par les politiques pour mettre fin au scandale Cahuzac seront peu nombreux ; la part de vérité qu’ils comportent ne les rendra pas moins mauvais. En voici un rapide résumé.

Argument n°1 : ça fait le jeu du FN

C’est sans doute vrai. Les affaires qui ébranlent la vie politique alimentent l’idée que les hommes politiques sont « tous des pourris », et leur prévalence au sein de l’ensemble des partis ayant déjà dirigé le pays donne aux Français l’envie de changement. Après avoir naïvement cru à une république exemplaire qui succéderait à une république des affaires, les voici de nouveau rappelés à une triste réalité : à tous les niveaux, corruption, népotisme et copinage existent, et l’argent public est au mieux mal utilisé, au pire détourné.

Changer de dirigeants n’y fait pas grand chose ; on se rappellera de Jérôme Cahuzac (sic) exhortant Nicolas Sarkozy à changer de gouvernement ou dissoudre l’Assemblée pour finalement quitter le gouvernement avant de passer aux aveux. Ce n’est ni le premier ni le dernier scandale, et tous font le jeu des partis n’ayant pas encore exercé le pouvoir.

Le même argument est régulièrement utilisé dans d’autres circonstances ; Laurent Obertone en fait les frais, avec la publication de son livre La France Orange Mécanique. Qu’on partage ses constats et ses recommandations ou non, il y a sans doute peu d’arguments aussi pauvres que « Ça fait le jeu du FN ».

L’argument est en effet éminemment fallacieux. C’est la réalité qui fait – malheureusement – le jeu du Front National, pas le fait de la décrire ou d’en parler. Mais les chroniqueurs politiques pourront en témoigner, il fonctionne presque à chaque fois.

Argument n°2 : c’est populiste

La critique des élites, par opposition au peuple, est en effet palpable lorsqu’on livre à la vindicte populaire un responsable politique, à plus forte raison s’il est membre du gouvernement. Mais cela ne serait populiste que si cette critique était infondée, alors qu’elle est ici légitime. Oui, les élites politiques françaises sont loin d’être irréprochables.

Il ne faudrait pas généraliser, bien entendu, car ce serait populiste ; mais les connivences au plus haut niveau sont nombreuses et flagrantes, entre des hommes politiques qui déclarent « Si je parlais, certains ne seraient plus ministres » (Jean-Noël Guérini) et des manifestations claires de capitalisme de copinage – l’origine des fonds du compte bancaire suisse puis singapourien de Jérôme Cahuzac serait son activité de lobbyiste, i.e. de tentative d’orientation de la décision politique en faveur d’intérêts particuliers.

Une fois de plus, ce sont les élites qui sont elles-mêmes populistes lorsqu’elles agissent en leur intérêt propre alors que le peuple qu’elles représentent les a chargé de la défense de ses intérêts.

Argument n°3 : c’est de l’acharnement

C’est vrai également ; une fois que l’information est parue, elle est sans cesse relayée et s’y ajoutent les informations nouvelles. Jérôme Cahuzac, s’il lit la presse, ne trouvera sans doute pas l’image qu’elle renvoie aujourd’hui de lui très flatteuse.

Mais rappelons qu’il a nié pendant des mois. Jérôme Cahuzac a « porté un coup très dur à la force de la parole publique » (Arnaud Montebourg), a menti (donnons-leur le bénéfice du doute) aux parlementaires, au gouvernement et aux Français, pendant des mois, allant jusqu’à déclarer :

Je ne sais pas de quoi il est question. Je n’ai jamais eu de compte en Suisse ou ailleurs. C’est ahurissant. Je poursuivrai tous ceux qui reprendront cette calomnie gravement diffamatoire et qui porte atteinte à mon honneur.

Il n’y a plus grand chose pour porter atteinte à son honneur désormais. Tous ceux qui ont repris cette calomnie gravement diffamatoire rient maintenant au nez de l’ancien ministre, qui a prétendu servir l’intérêt général et pourrait finalement être amené à le faire sous la forme de travaux d’intérêt général.

Pour autant, il n’y aurait rien d’étonnant à ce que le ministre en charge de la lutte contre l’évasion fiscale l’ait lui-même pratiquée ; ceux qui reprochent facilement aux hommes politiques de ne pas savoir de quoi ils parlent ne pourront qu’en être ravis.

Argument n°4 : ça décrédibilise la vie politique

C’est en partie vrai. Les hommes politiques n’ont besoin de personne pour être ridicules, si ce n’est d’électeurs leur permettant de donner libre cours à leur bêtise ; toutefois, le ridicule de leurs déclarations et de situations vulgairement comiques décrédibilise la vie politique.

Qui peut faire confiance, aujourd’hui, à un quelconque homme politique français – alors qu’un ministre a, des mois durant, nié la vérité sans ciller ? Qui peut s’empêcher de rire en entendant désormais parler d’une « république exemplaire » ?

Argument n°5 : il n’est pas conseillé de frauder le fisc, mais le niveau des prélèvements y est une forte incitation et il faudrait sans doute revoir notre fiscalité

Non, cet argument, vous ne l’entendrez pas. Pourtant, le meilleur moyen de lutter contre la fraude fiscale serait sans doute de rendre la fiscalité acceptable – aussi bien par son niveau que par ce qu’elle vise à financer, ce qui revient au même en dernière analyse.

Les individus sont relativement rationnels. Le risque que comporte l’évasion fiscale est important ; s’ils s’y adonnent pourtant, c’est qu’ils jugent qu’ils ont plus à y gagner (évitement d’impôt) qu’à y perdre (redressement probable et lourd). En réduisant le poids de la fiscalité, ou en augmentant la probabilité d’un redressement fiscal – ce à quoi s’évertuent déjà les autorités – ils feront pencher la balance en défaveur de la fraude.