Najat Vallaud-Belkacem : parité imposée et égalité réelle

La parité forcée promue obstinément par Najat Vallaud-Belkacem foule aux pieds les droits individuels.

Chaque Français devrait avoir honte de son pays et de son histoire. Non pas de son passé colonial, dont elle se repent sans cesse, ou de son passé collaborationniste, dont elle ne se repend jamais. Pas plus que de son incompréhension totale de l’histoire, qui veut qu’on puisse oublier les racines socialistes du nazisme et se revendiquer ouvertement et avec fierté du socialisme ou du communisme. Chaque Français devrait avoir honte de se revendiquer du pays des droits de l’homme.

Heureusement, la majorité socialiste au pouvoir compte résoudre le grand mal qui nous ronge ; il dispose pour cela d’un ministère des droits des femmes, à la tête duquel il a placé, dans un souci de parité, sa porte-bonne parole Najat Vallaud-Belkacem. L’égalité entre hommes et femmes est en marche. Au pas de course, vers le progrès, les lendemains qui chantent et le grand bond en avant de la parité. Dans le monde de demain, hommes et femmes seront égaux pour de vrai, grâce à la parité imposée.

Pour lutter contre des inégalités qui n’ont que trop duré et commencent très tôt, il est nécessaire de sensibiliser mais, surtout, d’éduquer. Cela commence très tôt, avant même l’école maternelle – pardon, la première école, ne laissons pas perdurer cet infâme cliché sexiste – dans les crèches et se poursuit jusqu’à l’université.

En France, les hommes naissent libres et égaux… sauf les femmes. Ne nous habituons pas aux inégalités entre les femmes et les hommes.

À la façon d’un régime totalitaire, la France d’aujourd’hui fait d’abord passer le changement de la société par l’éducation des générations futures avant de déployer la rééducation pour les générations présentes et les récalcitrants. L’enjeu est de taille ; les enfants ont, dès la plus tendre enfance, intégré les clichés et stéréotypes contre lesquels il faut lutter, et donnent des définitions consternantes pour père et mère.

Et comme tout régime totalitaire, la France d’aujourd’hui corrige, nettoie, épure. Le dictionnaire collaboratif créé par des enfants a d’ores et déjà été corrigé par un Comité opportun, chargé de la révision, de la relecture et de la réécriture. Toute ressemblance avec un roman de science fiction est évidemment fortuite.

Au-delà du vocabulaire, c’est l’ensemble des interactions qu’il faut revoir, et ça commence dès la crèche. Un instructif rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales donne toute la mesure de l’ampleur des changements à venir.

Les observations menées donnent souvent des résultats déjà connus : les filles sont moins stimulées et moins encouragées dans les activités collectives, leurs apparences et leurs émotions au contraire sont l’objet de plus d’attention de la part des adultes. Elles participent également moins à des jeux qui favorisent le déplacement et la logique mathématique, comme la construction, les cubes, le sable ou l’escalade.

Pour les auteurs, les vêtements et leurs couleurs jouent aussi un rôle dans la construction des rôles sociaux. Ils rappellent que «le bleu ne correspond à la couleur des garçons que depuis la fin des années 70» et jugent que «c’est l’avènement de la poupée Barbie en 1959 qui a contribué à ancrer de son côté, la dictature du rose dans les esprits». Ils regrettent également que «les vêtements féminins pour les très jeunes enfants, comme les robes et les jupes, sont peu propices à l’apprentissage de la marche, voire de l’exploration à quatre pattes».

Les vêtements et les couleurs devront être remplacés ; aux jupes et robes se substitueront les pantalons, au bleu et au rose se substituera une couleur neutre et identique pour tous les sexes. C’est en uniforme gris que les enfants joueront – quelles que soient leurs aspirations – aux mêmes jeux et seront consolés par des hommes et des femmes en proportions égales, qui leur liront à cet effet, par alternance, tantôt des histoires de prince charmant, tantôt des histoires de princesse charmante.

L’une des questions est aussi la place des hommes dans l’univers de la petite enfance. Ils représentent en moyenne 1% des effectifs, notamment, pour les auteurs, parce que les métiers sont trop conçus sur la base du «paradigme de l’amour maternel». La rémunération et la valorisation de ces professions sont aussi des freins.

Les hommes ne semblent pas souhaiter travailler dans l’univers de la petite enfance, mais qu’à cela ne tienne : la grande cause nationale de la lutte contre les inégalités entre hommes et femmes ne va tout de même pas buter sur des considérations aussi bassement égoïstes que les préférences individuelles.

Pas plus celles des hommes que celles des femmes, d’ailleurs – l’égalité, jusqu’au bout. Qu’elles le veuillent ou non, elles doivent créer plus d’entreprises, elles doivent s’orienter vers toutes les professions, en particulier si elles peuvent ainsi favoriser la grande cause nationale de la parité. Laissons la porte-parole du gouvernement nous expliquer en quoi les femmes doivent devenir présidentes d’université.

Mais le monde de l’université, lui, est resté trop longtemps à l’écart de ces avancées : aucune mesure n’avait jamais été prise pour faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes. Un îlot au sein de la société en quelque sorte, où les femmes ne sont que 24% des professeurs et 8% des membres de direction, alors qu’elles sont largement majoritaires parmi les étudiantes.

[…] les efforts pour imposer la parité en politique n’ont pas permis d’atteindre cet objectif dans l’université. Au rythme auquel on va aujourd’hui, si on laisse faire, il faudrait attendre 2068 pour avoir la parité chez les professeurs d’université et 2075 avant que les écoles d’ingénieurs aient autant d’étudiantes que d’étudiants !
Et encore, rien n’est sûr : la position des femmes à des postes de directions dans les universités et les laboratoires a même régressé : le nombre de femmes présidentes d’universités est passé de 16% à 8% entre 2008 et 2012!

Quand on impose les choses, ça marche ; si on les laisse faire, hommes et femmes font ce qui leur plait, et le résultat n’est jamais acquis. Comment accepter cet état de fait – pardon, cette régression ignoble qui a vu la proportion de femmes présidentes d’université divisée par deux entre 2008 et 2012 ?

Les président(e)s d’universités sont élus par le Conseil d’Administration de l’université parmi les enseignants-chercheurs, chercheurs, professeurs ou maîtres de conférences, associés ou invités, ou tous autres personnels assimilés. Pour parvenir à une parité parfaite – aussi belle, lisse, uniforme, sans rien qui dépasse que quand on l’impose – il faudrait qu’un vote exprimant les préférences de chacun des votants sélectionne, parmi certains intervenants ayant choisi de l’être par choix personnel, un nombre égal d’hommes et de femmes. En bref, cela n’arrivera jamais, à moins qu’on ne l’impose. Et c’est justement ce qu’il va se passer.

C’est pourquoi dès le Comité interministériel du 30 novembre dernier, nous avons pris des engagements très forts avec la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Geneviève Fioraso, pour notamment assurer la parité au sein des instances universitaires.

La parité au sein des instances universitaires sera assurée – comprendre imposée, comme la ministre l’explique elle-même :

Il fait de la parité une priorité a tous les niveaux de représentation, locaux et nationaux, et il impose la présentation de listes paritaires aux élections des différents conseils des universités, ainsi que dans les instances nationales […] C’est là un véritable tournant. Car c’est ainsi que nous pourrons agir sur les représentations et dépasser le plafond de verre en incitant les jeunes filles à poursuivre les carrières scientifiques auxquelles leur niveau académique les destine naturellement.

Les jeunes filles qui persévéreraient dans la poursuite de carrières autres que scientifiques pourraient bientôt se voir ce choix imposé. De même que la parité pourrait être imposée dans les entreprises et les tâches ménagères. C’est ainsi que nous atteindrons cette parité qui n’a que trop attendu.

C’est bien l’université et la recherche qui doivent montrer, de nouveau, le chemin du progrès pour notre société.

Car la parité est le progrès. Ce progrès que les individus n’ont pas choisi, il faudra le leur imposer. De la crèche à l’université, tout sera revu, relu, réécrit. Les vêtements, couleurs, carrières, élections ne reflèteront plus les préférences individuelles mais le progrès.

Une fois le ministère des droits des femmes réinstallé par la gauche, il n’y avait pas de temps à perdre. Car l’illusion – parfois de bonne foi – que l’essentiel des droits sont acquis pour les femmes ne doit pas masquer une réalité qui a la peau dure et qui est quotidiennement vécue par une grande majorité des femmes dans notre pays : l’égalité de droits est encore loin d’être synonyme aujourd’hui d’une égalité réelle.

L’égalité de droits n’est pas synonyme d’égalité réelle. Ce qu’affirme madame Vallaud-Belkacem, c’est que son objectif – celui du progrès – est l’égalité réelle, quitte à sacrifier l’égalité de droits. Et ce qu’elle affirme au sujet de la parité s’appliquera dans tous les domaines de la vie ; c’est vers l’égalité réelle que nous nous dirigeons, ce progrès si désirable qui donne aux individus des droits différents, ce progrès collectif qui méprise la volonté individuelle, ce progrès collectif qui aplanit, efface les différences, efface les aspérités et élimine celles qui refuseraient d’être effacées.

Mais c’est le progrès ; et nous y entrons la tête haute.

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Oh oui, Najat Vallaud-Belkacem, punis moi