La dette américaine sera-t-elle réduite ?

La dette américaine avoisine 17 000 milliards de dollars. Alors que l’administration Obama tergiverse et accentue le déficit, plusieurs plans ont été élaborés par des élus républicains

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La dette américaine sera-t-elle réduite ?

Publié le 28 mars 2013
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La dette américaine avoisine 17 000 milliards de dollars. Alors que l’administration Obama tergiverse et accentue le déficit, plusieurs plans ont été élaborés par des élus républicains

Par Lucas Heslot.
Un article du Bulletin d’Amérique.

Les questions budgétaires divisent l’Amérique. Certes, depuis 2011, de minces coupes dans les dépenses ont été mises en œuvre, mais cela reste insuffisant à contrecarrer l’augmentation du poids de l’Etat, devenu un boulet à la cheville des producteurs. Ces coupes révèlent cependant une austérité de plus en plus incontournable —et nécessaire, si l’on ne veut pas sacrifier la croissance à long terme—, et les voix de quelques républicains commencent à se faire entendre.

Paul Ryan, l’équilibre budgétaire en dix ans

Le républicain Paul Ryan, colistier de Mitt Romney aux élections présidentielles de 2012 et membre de la chambre des représentants, a proposé aux sénateurs un plan de réformes ramenant le budget à l’équilibre d’ici 2023 (voir le PDF), grâce notamment à la refonte des programmes Medicare/Medicaid et à l’abrogation de l’Obamacare. Malgré cette bonne volonté affichée, le plan Ryan présente de nombreux défauts, échouant à établir un consensus dans un sénat à majorité démocrate.

Premièrement, le plan prévoit une croissance de 3% par an. Une prédiction très optimiste ayant peu de chances de se réaliser, remettant potentiellement en question toute la crédibilité de son agenda. Deuxièmement, ses concessions déplaisent à de nombreux républicains, notamment l’acceptation des 600 milliards de hausses d’impôts héritées du fiscal-cliff, et le fait que les dépenses fédérales ne soient pas à proprement parler réduites, mais seulement ralenties.

Malgré cela, le plan Ryan refuse toute augmentation d’impôts dans les prochaines années, et inclut une réforme fiscale « pro-croissance » qui réduirait les taux tout en élargissant l’assiette. Cela représente 1 000 milliards de taxes en moins sur 10 ans que la politique d’Obama. Alors que les acteurs de l’économie ont besoin de stabilité, ces points ne sont pas négligeables et s’inscrivent dans un ensemble apportant direction, cohérence et clarté que le sénat échoue à apporter depuis 5 ans.

Ces mesures viennent aussi en opposition au projet des démocrates, tout juste adopté par le sénat, qui augmente tout simplement les impôts plutôt que de réfléchir à une réduction des dépenses. Toutefois, à trop vouloir contenter tout le monde, Paul Ryan risque bien de ne contenter personne, et des visions beaucoup plus radicales et déterminées émergent.

Un plan de réforme radical : Rand Paul

Rand Paul, fils du désormais célèbre Ron Paul, sénateur républicain et libertarien, a présenté son plan de rigueur ce mois-ci au Sénat (voir le PDF). Au programme : réforme des programmes fédéraux, suppression pure et simple de ministères comme l’éducation, le commerce ou l’énergie, instauration d’une flat tax — baisse des taux d’impositions, élargissement de l’assiette fiscale et suppression de la progressivité de l’impôt—, privatisations, réforme des réglementations pour libérer le commerce et même gel des aides internationales. Ainsi l’équilibre serait atteint en seulement cinq ans, arrivant même à un excédent de 17 milliards en 2018. La dépense fédérale serait ramenée à 19% du PIB, et la dette serait déjà réduite de 1 800 milliards dans dix ans.

Malgré le rejet de son plan par le Sénat, Rand Paul devrait être pris très au sérieux. Après s’être fait remarqué pour avoir remboursé 600.000 $ d’économies sur son budget de Sénateur au Trésor américain et après avoir prononcé un discours dit de « piraterie parlementaire » [filibuster] de 13 heures à la chambre haute pour attirer l’attention du public sur l’utilisation de drones sur le territoire américain, Paul est arrivé en tête du « vote de paille » de l’édition 2013 de la très populaire Conférence conservatrice (CPAC 2013). Il fait aujourd’hui figure de favori du mouvement conservateur pour la présidentielle de 2016. Celui-ci a récemment déclaré sur Fox News être « intéressé » par une éventuelle candidature: « j’ai toujours dit avoir envie de participer au débat national ».

En attendant 2016

Indéniablement, la politique américaine ne cesse de se polariser. La mésentente entre républicains et démocrates autour de la réduction du déficit laisse intact le poids de l’État fédéral et met en péril la croissance de l’économie américaine — et mondiale. Les prochaines échéances électorales refléteront deux visions profondément antagonistes, l’une interventionniste et dépensière, et l’autre libérale-conservatrice.

Pourtant, l’Amérique ne peut s’offrir le luxe de fuir l’urgence, la dette US ayant dépassée 100% du PIB, et la dépense publique en drainant 41%. Or, la première commence à peser durablement sur la croissance au-delà de 90%, et la deuxième perd sérieusement de son efficacité au-delà de 40% (à voir, les études Growth in A Time of Debt et The Effectiveness and Efficiency of Public Spending).

Des pistes sont à étudier, comme la possibilité de tailler dans des programmes inefficaces car contre-productifs : les subventions à l’agriculture, à l’énergie, à l’immobilier ou à l’éducation représentent 116 milliards de dollars par an, et feraient économiser plus de 1 000 milliards sur dix ans. Les privatisations de secteurs publics comme la poste, le contrôle du trafic aérien ou les transports ferroviaires (Amtrak) sont aussi des pistes à envisager – d’autant plus qu’elles ont été réalisées avec succès en Nouvelle-Zélande, en Allemagne ou au Canada.

À long terme, une bonne chose à faire serait d’imposer au Congrès de supprimer chaque année les programmes fédéraux inutiles et de restructurer ceux restants, ce qui permettrait de faire des économies durables et de pallier à l’augmentation quasi inéluctable de la dépense publique. Il est aussi nécessaire d’ouvrir un débat national sur le rôle de l’État, comme l’ont fait les conservateurs en 1996 pour aboutir à la réforme de l’État-providence.

Les travaux de parlementaires comme Paul Ryan et Rand Paul vont dans le bon sens et sont de grandes avancées dans la crise budgétaire que traverse les États-Unis. Ils dévoilent l’état d’esprit des Républicains ainsi que leurs priorités, et montrent que le parti prend la mesure de ses responsabilités pour les décennies à venir.


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