Impôts en hausse, pouvoir d’achat en baisse : la France sombre

La baisse du pouvoir d’achat des Français est directement imputable à la hausse des impôts, qui n’est que la partie émergée de l’intervention étatique qui coule la France. Le pays prend l’eau, et seul le retour de la liberté peut l’empêcher de sombrer.

Par Baptiste Créteur.

La France est effleurée par ce que ses dirigeants appellent déjà une « crise sans précédent » et qui n’est que le commencement d’une réelle crise. Certes, l’économie tourne déjà au ralenti, le chômage augmente de façon régulière, les déficits s’accumulent et deviennent monnaie courante. Certes, l’État a déjà lancé des mesures de sauvetage des banques et de certaines entreprises en difficulté et créé de nouveaux mécanismes – d’une stupidité sans nom au regard de la théorie économique – pour créer des emplois artificiels et lutter contre la crise. Mais pour l’instant, ce n’est pas encore une crise.

Le début de la crise, c’est maintenant : le pouvoir d’achat des Français est en baisse. La masse salariale a pourtant augmenté, de même que les prestations sociales ; ce qui plombe le pouvoir d’achat des Français, c’est l’augmentation des impôts.

L’effort sans précédent du gouvernement pour tenter de contenir le déficit public s’est en effet traduit par une hausse des impôts et des prélèvements sociaux de près de 16 milliards d’euros.

L’effort sans précédent n’a pas été fait pas le gouvernement, mais imposé aux contribuables, qui ont donc contenu le déficit public que votent systématiquement leurs représentants depuis 40 ans. Les efforts du gouvernement se seraient, eux, traduits par une réduction de la dépense publique, mais ce n’est toujours pas au programme même si le gouvernement tente de faire croire le contraire aux Français.

Le gouvernement a déjà fait part de son intention de relancer la croissance par la consommation, mais la baisse du pouvoir d’achat provoquée par les augmentations d’impôts rend tout effort en ce sens vain. La relance par l’offre, également évoquée, se traduirait elle aussi par des dépenses supplémentaires, donc par une augmentation des prélèvements qui nuirait à la capacité d’investissement des entreprises – vain également. Il va falloir se rendre à l’évidence : l’État ne peut pas relancer l’économie, et il n’a jamais pu.

La crise que nous allons traverser – les premiers nuages s’accumulent déjà à l’horizon – est la conséquence d’une incohérence fondamentale dans l’économie française, ainsi que dans toutes les économies ayant adopté le principe malheureux de l’économie mixte – i.e. l’incohérence fondamentale entre capitalisme et socialisme, entre un système qui veut que chacun jouisse des fruits de son travail et un système qui veut qu’on distribue les fruits du travail de quelques-uns.

Progressivement, l’État-providence a gagné en importance, de même que le secteur public. Petit à petit, la création de richesse n’a plus été conçue comme une réussite en tant que telle mais comme un moyen de redistribuer plus. L’initiative privée n’est plus la norme mais occupe l’espace que veut bien lui laisser un État toujours aussi attaché à la centralisation et à la planification des décisions ; on va aujourd’hui réindustrialiser la France, investir dans les petites et moyennes entreprises, accompagner les créateurs d’entreprises et les entreprises en difficulté. À aucun moment, l’individu et ses préférences, l’initiative privée et le marché ne sont évoquées autrement que comme un moindre mal.

Le poids croissant de l’État n’est pas sans conséquences – mais ses conséquences sont l’exact inverse de celles qui sont recherchées. En voulant préserver ou favoriser l’emploi, l’État en détruit – l’État public détruit l’emploi privé. En voulant sauver les entreprises en difficulté, l’État y plonge les autres en faisant peser sur elles le poids de ce sauvetage – et met en péril l’innovation en réduisant leur capacité d’investissement. En voulant sauver les banques pour éviter que les épargnants ne perdent une partie de leurs dépôts, l’État met à contribution les contribuables et leur fait perdre une partie de leur richesse. Plus récemment, il a même directement prélevé sur les dépôts bancaires pour protéger les dépôts bancaires. En voulant améliorer le sort des citoyens qui perdraient leur emploi avec une assurance-chômage publique, il accroit le coût du travail et conduit ou maintient au chômage de nombreux citoyens. En voulant améliorer les conditions de vie et le bien-être des individus, il les prive d’une partie importante de leur salaire, détériorant leurs conditions de vie et leur bien-être.

Ce qui est vrai pour les initiatives de l’État l’est aussi pour les formes d’organisation politique. Comme l’affirmait Murray Rothbard,

On a maintenant tâté de toutes les variantes de l’étatisme et elles ont toutes échoué. Partout dans le monde occidental au début du 20è siècle les chefs d’entreprise, les politiciens et intellectuels s’étaient mis à appeler de leurs vœux un « nouveau » système d’économie mixte, de domination étatique, à la place du laissez-faire relatif du siècle précédent. De nouvelles panacées, attrayantes à première vue, comme le socialisme, l’État corporatiste, l’État-Providence-Gendarme du monde, etc. ont été essayées et toutes ont manifestement échoué. Les argumentaires en faveur du socialisme et de la planification étatique apparaissent maintenant comme des plaidoyers pour un système vieilli, épuisé et raté. Que reste-t-il à essayer sinon la liberté ?

La baisse du pouvoir d’achat des Français ne fait que commencer. Le nécessaire désendettement du pays réduira le revenu disponible, et la nécessaire réduction du périmètre de l’État sera un bouleversement économique majeur, l’ensemble des champs de l’économie étant touchés, à des degrés divers d’intensité et de proximité, par l’intervention de l’État.

Mais cet ajustement, qui sera sans doute douloureux, est inéluctable, à moins que la France choisisse la direction contraire et prenne le chemin d’un collectivisme total. Un choix de ce type ne revient pas à quelques représentants, mais aux citoyens – qui, s’ils choisissent la voie collectiviste ou n’empêchent pas le gouvernement de les y précipiter, connaîtront un sort identique à tous ceux qui ont, avant eux, tenté ou subi l’expérience.

La baisse de pouvoir d’achat n’est pas liée à un marché débridé assoiffé de profit, au grand capital apatride, à l’immigration ou à la mondialisation ; les chiffres parlent d’eux-mêmes et ne désignent ni ces boucs émissaires et adversaires commodes des hommes politiques, ni aucun autre. La baisse de pouvoir d’achat est provoquée par l’accroissement des impôts, qui n’est que la partie visible d’une intervention étatique nocive pour l’économie. Que reste-t-il à essayer sinon la liberté ?

—-

L’assassinat du pouvoir d’achat