Élus : un début de transparence n’occultera pas l’opacité des affaires

Une centaine de députés et sénateurs ont rendu publique l’allocation de leur enveloppe parlementaire. Une transparence tardive sur des dépenses difficilement justifiables qui encouragent le clientélisme.

Une centaine de députés et sénateurs ont rendu publique l’allocation de leur enveloppe parlementaire. Une transparence tardive sur des dépenses difficilement justifiables qui encouragent le clientélisme.

Par Baptiste Créteur.

De plus en plus de parlementaires rendent publique l’allocation de leur enveloppe parlementaire, notamment en la communiquant à Libération.

Ce n’est pas encore un raz-de-marée mais cela commence à faire plus d’un dixième. Une centaine de parlementaires ont déjà fait parvenir à Libération le détail de l’utilisation de leur réserve parlementaire, cette enveloppe dont disposent les députés et sénateurs pour financer associations ou projets. Lors du lancement de notre carte, il n’y avait que cinq noms.

La publication de la façon dont les parlementaires dépensent l’argent du contribuable représente un progrès dont on ne peut que se réjouir. Mais elle survient tardivement ; jusqu’à présent, rares étaient ceux qui justifiaient leurs dépenses, et il est étonnant que la publication de ces informations ne soit pas obligatoire.

Il est plus étonnant encore que subsistent des enveloppes allouées aux parlementaires pour financer des associations et projets de manière discrétionnaire sans avoir de comptes à rendre à ceux qui les financent. On connait l’intégrité des représentants du peuple français aux différents échelons administratifs, qui ne lésinent pas à la dépense et mènent grand train avec l’argent du contribuable, écopent de peines avec sursis lorsque sont mises au jour des pratiques éminemment douteuses, et font des cadeaux à leurs pairs. On connait aussi l’éthique intraitable des parlementaires, qui ont refusé que soient modifiées les conditions de leur retraite et la fiscalité de leurs indemnités et rémunérations alors qu’ils votaient ces évolutions pour les Français qu’ils sont censés représenter.

Compte tenu des avantages dont ils disposent par ailleurs et de la capacité qu’ils ont à user des moyens colossaux mis à leur disposition pour acheter leur électorat, il est donc surprenant qu’il n’ait pas déjà été exigé des parlementaires une transparence systématique sur l’utilisation des fonds mis à leur disposition. Ce raisonnement peut être étendu notamment aux syndicats qui, plutôt que d’être soumis à une saine transparence, viennent d’être amnistiés pour différentes affaires d’abus de confiance et de blanchiment.

La plus grande transparence est pourtant requise des contribuables, qui doivent divulguer autant d’informations que l’État le juge nécessaire pour estimer avec précision de quelle somme il pourra les délester et user des moyens de paiement les plus commodes pour lui simplifier la tâche. Les services du Trésor Public ont un talent indéniable pour s’assurer, avec tact et délicatesse, que les sommes « dues » leur seront bel et bien versées – même si certains semblent étrangement parvenir à passer à travers les mailles du filet.

La transparence est en France une notion à sens unique ; l’État est en droit d’exiger à peu près toute information qu’il juge nécessaire pour déterminer quelle part des fruits du travail des citoyens lui revient, sans être tenu de fournir en retour une information précise et fiable sur l’utilisation qu’il fait de cet argent. Et les Français en redemandent.

Les nombreuses affaires qui maculent la vie politique française n’enlèvent rien à la confiance et à la sympathie que les Français ont pour ceux qui les dirigent ou les ont dirigé. La mise en examen d’un président sortant déclencherait sans nul doute un scandale dans nombre d’autres pays, mais c’est en France un sujet de discussion et de plaisanterie sans grandes conséquences ; 60% des Français estiment qu’être mis en examen pour abus de confiance – s’ajoutant à des soupçons dans d’autres affaires, comme, au hasard, Karachi et Clearstream – ne compromet pas l’avenir politique.

De même, les Français n’expriment pas leur révolte quand la mairie de leur capitale paie l’amende d’un ancien maire condamné pour une sombre affaire d’emplois fictifs destinés au financement d’un parti politique, ni quand sont nommés dans diverses instances de la vie politique française – dont la primature – des repris de justice après des promesses contraires du président nouvellement élu.

L’opposition des Français à une baisse des dépenses publiques tient à leur inculture économique qui, grâce aux hommes politiques qui continuent à le leur marteler, sont convaincus que la dépense publique favorise la croissance et que l’emploi public contribue à réduire le chômage. Afin d’aider nos dirigeants à faire accepter aux Français la saine et inéluctable réduction du périmètre de l’État, le meilleur conseil qu’on puisse leur donner est de traquer la corruption et le gaspillage avant de traquer les exilés fiscaux et expatriés ; de chercher à savoir où va l’argent public avant de chercher à en obtenir plus ; de faire preuve d’exemplarité et d’intégrité avant de vanter leurs médiocres résultats.