Chypre dans l’oeil du cyclone

Avec Chypre, Les investisseurs internationaux découvrent, éberlués, les extrémités auxquelles serait prête à recourir l’Europe pour sauver ses banques.

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Chypre dans l’oeil du cyclone

Publié le 23 mars 2013
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Avec Chypre, les investisseurs internationaux découvrent, éberlués, les extrémités auxquelles serait prête à recourir l’Europe pour sauver ses banques.

Par Stéphane Montabert, depuis la Suisse.

Un avion militaire anglais livrant des billets de banque au milieu d’une île financièrement paralysée: voilà résumée en une phrase toute l’absurdité de la situation chypriote. Le pont aérien soutenant Berlin-Ouest pendant la Guerre Froide est de retour, en version économique.

Tout le monde a en mémoire le fameux plan d’aide annoncé par l’Eurogroupe le 16 mars – samedi d’un week-end de trois jours, commode pour empêcher toute fuite bancaire (sauf pour quelques-uns, bien entendu). En échange d’une aide de 10 milliards, Chypre devait trouver 5,8 autres milliards en suivant les bons conseils de l’Europe.

La mesure la plus spectaculaire revenait à taxer d’office à hauteur de 6.75% dès le premier euro tous les dépôts bancaires de l’île, et de 9.9% ceux de plus de 100 000 euros. La promesse de protection des comptes de moins de 100 000 euros décrétée par l’Europe depuis la faillite de Lehman Brothers était promptement jetée aux orties.

Cette mesure stupéfiante eut tôt fait de lancer tous les Chypriotes dans la rue. Les investisseurs internationaux découvrirent, éberlués, les extrémités auxquelles serait prête à recourir l’Europe pour sauver ses banques. Pour les curieux, voici une liste non-exhaustive des conséquences de l’option choisie.

On aurait tort de croire que la taxation des « petits » n’était là que pour le symbole ; les comptes à moins de 100’000 euros représentent 30 des 67 milliards gérés par les banques de l’île, d’après le ministre des Finances Michalis Sarris. Tous les Chypriotes ne sont pas riches, loin de là. Mais s’attaquer à l’ensemble d’une population provoque un risque d’émeute évident ; s’en prendre seulement aux gros poissons évite les troubles civils (tous les millionnaires de Chypre ne remplissent pas une rue) mais met en péril la réputation du pays auprès des investisseurs du monde entier. L’Europe choisit de faire coup double et de s’aliéner les uns et les autres.

Le « plan d’aide » ressemblait davantage à une punition qu’à une main tendue. L’Europe n’aime pas Chypre et a bien profité de la faiblesse du pays pour lui infliger pénitence. Le taux d’imposition des sociétés est trop bas, remontez-le ! Vous avez trop d’argent sale russe chez vous, taxez tout ! Quoi, comment ? Procès ? Preuves ? Présomption d’innocence ? Punition collective ? Ça concerne les Russes ? Peu importe ! Taisez-vous, vous dis-je, et taxez moi tout ça !

Jamais le terme de redressement n’a aussi bien porté son nom.

Tous les aspects du plan d’aide étaient vexatoires ; jusqu’au montant lui-même que l’Union Européenne, jamais à court d’argent pour sauver les paniers percés, n’avait pas cette fois-ci, comme par hasard. Pourquoi l’Europe ou le FMI ne pouvaient pas sortir une somme suffisante ? Parce qu’ils « tenaient » à ce que la dette publique de Nicosie ne dépasse pas 100% du PIB en 2020… La folie du planisme, encore une fois, assortie d’une bonne louche de mauvaise foi.

Pour s’en convaincre, il suffit de consulter le niveau d’endettement des pays de la zone euro. L’Italie et la Grèce ont déjà allègrement franchi le seuil des 100%, la Belgique devrait s’y atteler cette année ou la suivante. Pas en 2020. Les conditions du plan d’aide que l’Europe infligera à Bruxelles ou à Rome seront-elles similaires ? Quelle taxe frappera les comptes bancaires grecs la prochaine fois qu’Athènes quémandera une rallonge ?

Bien sûr, ce qui devait arriver arriva: pour une fois, un parlement local refusa de violer le droit de propriété. Pas un député de l’île pour accepter les exigences de Bruxelles.

Depuis, Chypre lutte. Trouver 5,8 milliards d’euros en une semaine sans spolier sa propre population, ce n’est pas évident.

Chypre est dans l’œil du cyclone.

Le gouvernement chypriote trouvera-t-il une solution ? L’Europe « s’impatiente » et Angela Merkel fait les gros yeux, mais il ne s’agit que d’effets de manche. De l’aveu même du chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jeroen Dijsselbloem, la crise à Chypre constitue un risque systémique capable de déstabiliser l’ensemble de la zone euro.

Chypre sera sauvée, parce qu’il le faut. Non pour Chypre, mais pour le secteur bancaire européen et ses liens incestueux avec la dette publique européenne.

De belles ramettes de billets neufs prendront donc sous peu la route de l’île, au moins électroniquement. Tout est maintenant question de détails ; personne ne veut perdre la face. Quitte à émettre des hypothèses, je suis quasiment persuadé que l’Europe obtiendra une forme de taxe, même symbolique, de certains comptes bancaires chypriotes – c’est son dada, et la garantie de ruiner pour de bon la réputation du pays auprès de ses clients. Bruxelles y tient. En échange, l’Europe et le FMI pourraient desserrer quelque peu les cordons de leur bourse et concéder une aide supérieure aux dix milliards prévus… À moins qu’un montage financier étrange ne permette comme par hasard de boucler les discussions au dernier moment.

Tout finira « bien » à Chypre ce week-end.

Mais ce n’est que le commencement.

Les élites incompétentes de l’Europe ne comprennent pas qu’avec leur animosité à l’égard de Chypre, elles viennent de creuser leur propre tombe.

La réputation institutionnelle de l’Europe est ruinée. Même si toute éventualité d’un prélèvement bancaire était finalement écartée, elle aura été à deux doigts de se concrétiser. Elle est dans les cartons. Elle ressortira forcément un jour ou l’autre, à l’égard d’un pays de la zone Euro. Espagne, Portugal, Italie, Grèce, Irlande ? Chypre une seconde fois, peut-être ? Comment le savoir ? L’Europe s’enfonce toujours plus dans la crise économique et passe son temps à embellir les chiffres.

Que fera le Chypriote moyen ? Dès qu’il le pourra, il retirera tous ses avoirs bancaires en liquide et transfèrera le reste à l’étranger. Chypre s’apprête donc à instaurer un contrôle des capitaux pour éviter un bank run dès la réouverture des agences. Il durera probablement pour des années. Cela condamne évidemment le destin du secteur financier de l’île ; personne ne vient confier son argent à une institution qui empêche son propriétaire de le retirer librement.

Mais ailleurs en Europe, d’autres individus contemplent ce qui s’est passé en Europe et prennent déjà les devants, bien qu’ils soient dans d’autres pays. Ils ne se laisseront pas avoir par une décision surprise de l’Eurogroupe pour bloquer leur compte, fut-elle annoncée aux médias un samedi.

Dans toute l’Europe la méfiance règne désormais, et la méfiance est un épouvantail à investisseurs.

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  • Les comptes dont les dépôts sont supérieurs a 100000 Euros devraient se voir taxe à 15 %, selon le site de La Tribune.

    Source : http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20130322trib000755588/chypre-vers-une-taxe-a-15-sur-les-depots-au-dela-de-100.000-euros.html

  • D’après certaines sources, c’est le gouvernement chypriote lui-même qui a exigé de taxer les comptes avec moins de 100000 euros, contre l’avis des négociateurs européens. Alors, qui dit vrai ?

  • Deux remarques suite à la crise bancaire chypriote.

    La première concerne le pouvoir de contrôle et de sanction des banques qui a été attribué à la BCE. Etant donné les liens entre banques et Etats dans chaque pays, ce pouvoir apparait éminemment politique. Confié à la BCE, cela politise un peu plus la gestion de l’euro et affaiblit ce qui lui restait d’indépendance.

    Il aurait fallu séparer le pouvoir de gestion de la monnaie du pouvoir de sanction des banques et confier ce dernier à une organisation indépendante de la BCE.

    La seconde est la démonstration du danger systémique que fait constamment peser sur les populations le monopole monétaire, peu importe la monnaie en question. Parce que nous partageons la même monnaie qu’une banque en faillite, nous sommes tous solidaires de ses fautes. Si chaque banque était contrainte d’émettre sa propre monnaie, une banque ne pourrait pas représenter un risque systémique pour l’ensemble de l’économie : elle s’effondrerait bien avant, sans même que nous nous en apercevions.

    La concurrence monétaire n’est pas seulement supérieure au monopole monétaire en théorie : elle devrait être obligatoire en pratique.

  • « Cela condamne évidemment le destin du secteur financier de l’île »
    Je crois qu’il s’est condamné tout seul le secteur financier, sinon il n’aurait pas besoin de 10 milliards, soit 650 milliards rapportés à la population française (et encore 10 Mds, ce n’est qu’un début).
    Autant qu’il explose maintenant, ça coutera moins cher au contribuable européen que je suis.

  • Suisse chypre 0-0 tout est dit !

  • Les commentaires sont fermés.

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