Le malaise du Québec envers les énergies fossiles (1/2) : les sables bitumineux et le gaz de schiste

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Le gaz de schistes et les sables bitumineux sont une opportunité économique considérable qui a fait ses preuves et ne pollue pas autant que les environnementalistes aiment à le faire croire.

Par Le Minarchiste, depuis Montréal, Québec.

Présentement, le prix international du pétrole tourne autour des $117/baril, mais le prix que nos producteurs de l’Ouest Canadien  reçoivent présentement est d’environ $30 sous ce prix. Pourquoi ? Parce que la production dans l’Ouest Canadien (sables bitumineux et « tight oil ») et dans le Dakota du Nord (Bakken) est en forte expansion, alors que la capacité des oléoducs existants est insuffisante. Les Canadiens en général, incluant les Québécois, sont perdants de cette situation. Cela nuit à la création d’emploi dans l’Ouest, car certains projets seront repoussés. Le gouvernement fédéral récolte moins de revenus de taxation. Nos placements dans les sociétés pétrolières exposées (à travers la Caisse de Dépôts notamment) ont subi une forte correction l’an passé (Canadian Natural Ressources, Baytex, Penn West, etc). En somme, le Québec ne devrait pas se réjouir de cette situation, au contraire.

Pour remédier à la situation, plusieurs projets sont sur la table. Il y a d’abord le Keystone XL de la société canadienne TransCanada, qui est présentement en attente d’un permis présidentiel de la part de Messieurs Obama et Kerry, qui, trainent les pieds, retardant le projet par le fait même. Puis, il y a le Northern Gateway d’Enbridge, qui vise à amener le pétrole d’Edmonton vers la côte Ouest pour l’exporter en Asie. Ce projet a pratiquement été abandonné par Enbridge en raison des pressions des premières nations et des environnementalistes (qui ont été financées par des intérêts américains, qui s’opposent à ce que nous exportions notre pétrole ailleurs qu’aux États-Unis et surtout pas en Chine). Voir les excellents articles (ici et ici) de Viviane Krause à cet égard.

L’autre projet d’Enbridge consiste à renverser le flux d’un pipeline existant entre Montréal et Sarnia, pour que le pétrole de l’Ouest puisse atteindre le Québec pour y être raffiné et consommé. Présentement, le Québec paie le gros prix pour son pétrole de la Mer du Nord et du Nigéria, ce qui a étouffé son industrie de raffinage. Ce projet serait donc une bonne chose pour nous (voir ceci). Les raffineries de Suncor et d’Ultramar sont prêtes à investir des millions pour moderniser leurs installations en vue d’obtenir ce pétrole Albertain moins cher. Cependant, le Parti Québécois et Équiterre s’opposent au projet par idéologie, parce que le pétrole lourd causerait un risque plus élevé de bris en requérant une plus grande pression dans l’oléoduc et parce que le pétrole des sables bitumineux est plus polluant.

Les environnementalistes ont toujours été des experts pour désinformer la population et faire de la propagande idéologique. Tout d’abord, voici ce que Enbridge indique concernant son projet et la pression dans le pipeline :

« nous proposons désormais de hausser la capacité de la canalisation 9B pour la porter de 240 000 b/j à 300 000 b/j. Cette expansion n’influe nullement sur la pression d’exploitation maximale du pipeline. L’accroissement de capacité résultera principalement du recours à un agent réducteur de résistance. L’agent réducteur de résistance, composé de polymères sans danger (présent dans la laine, l’ambre, le nylon et la silicone), sera injecté dans le pétrole brut circulant dans la canalisation 9 afin de réduire la friction. Cette technologie permet de rehausser la capacité tout en réduisant le besoin de nouvelles infrastructures et d’assurer que nous utilisons les installations en place comme nous le proposions initialement pour répondre à l’évolution des besoins de l’industrie et minimiser les incidences sur l’environnement ou pour les parties prenantes. »

D’ailleurs, à sa plus récente journée des investisseurs, Enbridge a présenté des chiffres intéressants sur sa performance en termes d’accidents. De 2002 à 2011, Enbridge a connu plus de 4 fois moins d’incidents que la moyenne de l’industrie. L’entreprise a déclaré vouloir mettre encore plus d’emphase sur cet aspect de ses opérations et, conséquemment, son budget d’investissements en prévention a augmenté significativement ($5.6 milliard en entretien de 2012 à 2016).

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Quant aux émissions de gaz à effet de serre, les sables bitumineux sont loin d’être le désastre décrit par Équiterre. Environ 70% des émissions surviennent à la consommation et non lors de la production. Les émissions du pétrole bitumineux sont comparables à celles émanant du pétrole que le Québec obtient du Nigeria. L’exploitation des sables bitumineux représente moins de 5% des GES du Canada et 0.1% des émissions mondiales. L’Alberta a d’ailleurs été le premier territoire nord-américain à légiférer les GES industriels. D’ailleurs, la quantité de CO2 émise par baril produit a diminué de 50% depuis 1990. Il n’y a donc rien d’extraordinaire au niveau des émissions polluantes des sables bitumineux (source). Saviez-vous que la qualité de l’air de Calgary, Edmonton et même Fort McMurray est bien meilleure que la plupart des villes nord-américaines? Vous pouvez suivre les mesures ici.

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Au niveau de l’eau, les producteurs Albertains ont une conduite exemplaire. Ils n’utilisent que 0.5% (en été) à 3% (en hiver) du flux de la rivière Athabasca, alors que les régulateurs leur permettent jusqu’à 5%. La consommation d’eau par baril produit est en diminution constante depuis plusieurs années et 85% de l’eau est recyclée à un niveau supérieur à ce qu’il était initialement. Le reste est réinjecté dans les puits. L’agriculture représente une bien plus grande menace pour les cours d’eau que l’industrie pétrolière.

Savez-vous ce qu’est la production in-situ? Pourtant vous devriez, puisque environ 80% des sables bitumineux seront exploités de cette façon plutôt que par des mines à ciel ouvert (voir les photos ci-bas). Pourquoi alors est-ce qu’à chaque fois que les médias nous parlent des sables bitumineux, ce sont les photos des mines de Fort McMurray que l’on voit? La production in-situ ne nécessite pas de bassins à déchets, n’implique qu’un minimum de déforestation, utilise moins d’eau et a peu d’impact sur l’environnement.

Suncor exploite les sables bitumineux depuis 1967. Depuis ce temps, ils n’ont eu un impact que sur 0.01% de la forêt boréale canadienne. Peut-on parler de déforestation majeure? Jusqu’à maintenant, Suncor a revitalisé 5.7% de ces terres, soit 1,019 hectares. Vous a-t-on déjà montré à quoi ça ressemble une mine de sables bitumineux revitalisée? Je parie que non…Les photos ci-bas proviennent d’un touriste aux alentours de Fort McMurray et sont des terres revitalisées par Suncor. C’est plutôt charmant!

Selon une étude récente du Conference Board, le tiers des retombées économiques découlant des sables bitumineux se produiront hors de l’Alberta. L’étude estime qu’entre 2012 et 2035, les sables bitumineux verseront $45 milliards au gouvernement fédéral et $34 milliards aux provinces en taxes. Selon Allison Redford, la Première Ministre de l’Alberta, l’escompte du pétrole Albertain sur le marché américain privera le gouvernement fédéral canadien de $1.2 milliards en revenus cette année seulement.

Finalement, s’opposer aux pipelines pour réduire les émissions de GES n’est pas très cohérent, puisque ceux-ci sont moins polluants que les solutions alternatives qui sont présentement adoptées par l’industrie, telles que les camions, trains et barges.

Le gaz de schiste

«Notre position est très claire: on veut un moratoire complet, tant sur l’exploration que sur l’exploitation du gaz de schiste. », déclarait récemment Martine Oullet, ministre du Parti Québécois. C’est de cette façon que le moratoire implicite sur le gaz de schiste au Québec, et plus spécifiquement sur la fracturation hydraulique, est devenu un moratoire explicite. Pourtant, au Québec, 30% du gaz qu’on consomme vient de gisements non conventionnels (et donc exploités par fracturation hydraulique) de l’ouest canadien. Pourquoi une telle peur, alors que des dizaines de milliers de fracturations ont déjà été effectuées en Amérique du Nord et ce depuis des décennies, sans aucun incident majeur ?

Le film de Josh Fox, Gasland, a réussi à faire peur au gens à ce sujet à l’aide de mensonges, d’exagérations et de sensationnisme. Peu importe votre opinion, il est de votre devoir de visionner le film Thruthland, qui démolit complètement les affirmations de Josh Fox dans Gasland. Voici quelques faits qu’il est important de connaître à propos du gaz de schiste.

Premièrement, la fracturation n’est pas seulement utilisée dans l’industrie énergétique. Elle est aussi utilisée pour forer des puits aquifères et pour exploiter la géothermie. Par ailleurs, ce n’est pas une nouvelle technologie ; elle est utilisée depuis des décennies. C’est le raffinement de cette technologie et de son utilisation en combinaison avec le forage horizontal qui fait en sorte que la méthode est devenue plus rentable et par conséquent plus répandue. Autrement dit, l’évolution de cette technologie nous a ouvert un tout nouveau pan de ressources énergétiques fossiles ; nous sommes passés d’une situation où l’Amérique du Nord faisait face à une pénurie imminente de gaz naturel à une situation où nous gérons présentement des surplus.

Deuxièmement, la crainte envers les « produits chimiques » injectés dans le puits est fortement exagérée. En moyenne, l’eau et le sable représentent 99.5% de la solution injectée dans le puits, alors que les autres produits ne représentent que 0.5%, dont la plus importante composante est un agent émulsifiant nommé guar, un produit naturel qui est utilisé pour faire de la crème glacée. D’ailleurs, la guar a fait l’objet d’une pénurie en 2012!

Troisièmement, la fracturation ne fait pas en sorte de rendre l’eau potable inflammable. Beaucoup de nappes phréatiques sont naturellement saturées de gaz biogéniques. Dans le film Gasland, Fox montre que des résidents du Colorado (les Markhams et les McCLures) arrivent à faire flamber l’eau de leur robinet de cuisine et blâme la fracturation, laquelle aurait pollué la nappe phréatique environnante. Les autorités régulatrices du Colorado ont émis un communiqué à cet égard indiquant que : « le puits montré dans Gasland contenait du gaz biogénique qui n’était pas lié aux activités de fracturation dans les environs (…) les occurrences de méthane dans les charbons de la formation Laramie ont été bien documentées. » D’ailleurs, au cours d’une conférence de presse, Josh Fox a avoué aux journalistes qu’il était fréquent de voir l’eau de puits artésiens flamber dans la région même avant que les activités de fracturation ne débutent dans les environs, et ce depuis plusieurs décennies. Le gaz biogénique était présent naturellement dans leurs puits artésien! Malgré cela, cette image de robinet enflammé a réussi à effrayer la population partout dans le monde, même en Europe et au Québec.

Les opérations de fracturation hydraulique sont menées à des profondeurs de 2,000 à 3,000 mètres. La surveillance microsismique de ces fracturations indique qu’elles ne vont pas au-delà de 300 à 400 mètres au total. Il est donc virtuellement impossible que la fracturation hydraulique crée des fissures qui s’étendent sur de nombreux kilomètres dans des roches imperméables pour atteindre les aquifères d’eau douce qui sont situés à des profondeurs d’environ 100 mètres. Le seul moyen pour qu’une nappe phréatique soit touchée consisterait à ce que le boîtier de ciment qui entoure le tuyau de forage se brise ainsi que le tuyau lui-même, exactement à la profondeur de l’aquifère. Après des dizaines de milliers de puits fracturés jusqu’à présent, ce genre d’incident ne s’est pas produit souvent. Il s’agit d’un risque réel, mais pas suffisamment probable pour justifier une crainte viscérale envers la fracturation.

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Pourtant, le gaz de schiste aurait beaucoup de bienfaits pour le Québec. Tout d’abord, nous pourrions utiliser le gaz de schiste pour redémarrer la centrale électrique de Bécancourt, qui nous coûte plus de $150 million par année même si elle n’est pas en opération. Ce serait plus intelligent que de détruire la nature pour développer un projet coûteux comme la Romaine ou la Seigneurie de Beaupré.

En fait, la production de gaz naturel au Québec diminuerait les émissions des GES. Les Québécois consomment environ 200 milliards de pieds cube de gaz naturel par année qui est entièrement transporté depuis l’Ouest canadien. En produisant le gaz localement, la majorité des émissions associées au transport seraient éliminées. Ainsi, 440 000 tonnes d’émissions seraient éliminées au Canada (selon Questerre). D’autre part, en remplaçant les combustibles comme le mazout par du gaz naturel, nous pourrions encore plus réduire les émissions de GES et la pollution atmosphérique.

L’autre avantage indéniable serait la création d’emplois de bonne qualité. Ces emplois ne se retrouveraient pas seulement dans l’industrie énergétique, mais bien dans l’ensemble de l’économie québécoise. Nous pouvons observer l’effet que le boom énergétique a eu sur les économies du Dakota du Nord et du Texas. La création d’emploi dans les secteurs non-reliés aux ressources naturelles y a été beaucoup plus forte que la moyenne nationale des États-Unis (notez que dans les graphiques ci-bas produits par la firme ISI, la catégorie « mining » inclut l’industrie énergétique). Le même phénomène a été observé dans d’autres états associés au boum du gaz de schiste tels que la Louisiane, l’Oklahoma et le Wyoming. Aux États-Unis, le salaire moyen des gens qui travaillent dans l’industrie du gaz est de 76 910$/an contre 50 398$/an pour la moyenne nationale; ce sont donc des emplois de qualité. À Williston, au Dakota du Nord, les employés de Wal-Mart commencent à $17/heure et le magasin manque d’employés!

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Grâce à la révolution du schiste qui s’abat présentement sur les États-Unis, le prix du gaz naturel y a fortement chuté, ce qui constitue un bénéfice tangible pour les consommateurs, mais aussi pour l’économie. Le gaz se transige présentement à $3 aux États-Unis comparativement à $10-12 outre-mer. Donc beaucoup d’entreprises bâtissent ou déménagent des usines aux États-Unis pour en profiter, ce qui crée des emplois et de la richesse pour les Américains. En voici quelques exemples :

  • L’entreprise brésilienne Santana planifie construire une usine aux États-Unis plutôt qu’au Mexique car les prix de l’électricité y sont 30% moins cher grâce au gaz de schiste.
  • Huntsman, une autre entreprise de textile, en fera de même.
  • L’entreprise Methanex va déménager une deuxième usine de méthanol du Chili vers les États-Unis, en Lousianne, parce que son principal intrant, le gaz naturel, y est moins cher..
  • Les entreprises de produits chimiques Dow et Shell (et une dizaine d’autres incluant Dyno Nobel et Exxon) augmentent leur capacité de production aux États-Unis en raison du faible coût du gaz.
  • US Steel et Vallourec bâtissent de nouvelles usines de tuyau d’acier en Ohio pour subvenir à la demande de l’industrie gazière.
  • Norfolk Southern, une entreprise ferroviaire, agrandi ses opérations en Ohio ce qui créera 270 emplois.

Alors, est-ce que les Américains sont parfaitement stupides ou est-ce que ce sont plutôt les écolos Québécois et Français qui sont en train de nous faire manquer le bateau?

Il n’y a pas que les environnementalistes et les politiciens réactionnaires qui sont troublés par la révolution du gaz de schiste en Amérique du Nord. Récemment, nous apprenions (ici) que le film anti-fracturation de Matt Damon, « Promised Land », a été financé par des intérêts arabes, soit Abu Dhabi et les Émirats Arabes Unis…

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