Que reste-t-il du modèle français ?

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Le modèle français, qui repose sur une intervention de l’État dans les secteurs économiques, sociaux et politiques, s’effrite. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

Par Jean-Baptiste Noé.

Après avoir vu les origines du modèle économique et social français, nous allons désormais voir dans quelles mesures celui-ci subsiste actuellement. Si nous reprenons les cinq catégories caractéristiques énoncées, nous constatons que ce modèle s’est largement effrité.

1/ L’État entrepreneur

Le processus nationalisateur de 1946 a trouvé son terme dans les vagues de privatisations menées au début des années 1980. Chose piquante, c’est un gouvernement socialo-communiste qui a nationalisé, et c’est un gouvernement socialo-communiste qui a privatisé, celui de Pierre Mauroy. Cela a d’ailleurs scellé la fin du Parti communiste et de l’illusion socialiste en France. Rares sont aujourd’hui les entreprises encore nationalisées, même GDF et La Poste ont des capitaux ou un statut privé. Ne demeure que l’Éducation nationale, nationalisée par Jules Ferry dans les années 1880 et qui demeure entre les mains de l’État pour des motifs plus idéologiques que de réalité économique.

2/ L’État planificateur

Le commissariat au Plan est tombé en désuétude. L’État essaye toujours d’ordonner, de planifier, mais plutôt dans un souci de prévoyance et de prospective. Il n’y a plus d’ardente nécessité du Plan, comme dans les années 1950.

3/ L’État protecteur

C’est ici que le modèle de 1946 reste le plus prégnant. Le monopole de la Sécurité sociale a du mal à disparaître, en dépit des directives de l’Union européennes. L’assurance chômage est encore aux mains de l’État, alors qu’elle ne témoigne guère d’une grande efficacité. La classe politique est largement adepte de ce modèle social, qui conjugue pourtant inefficacité économique, gouffre budgétaire, inégalité sociale et inefficacité médicale. On dit que les Français y tiennent. Est-ce vraiment certain ? S’ils connaissaient le coût réel de la protection sociale, et ce que cela leur coûte en terme de prélèvement, il n’est pas sûr qu’ils continuent à y adhérer. Les jours de ce modèle sont comptés, notamment en raison de ses déficits chroniques.

4/ L’État logeur

Là aussi le modèle continue, et se renforce même, avec la loi SRU qui impose 20% de logements sociaux dans les communes. C’est complètement inefficace, cela ne permet pas de loger les Français ni même de contribuer à maintenir des prix bas. La seule raison de cette permanence est des raisons politiques. La gauche estime que les habitants des HLM votent pour elle, d’où sa volonté d’imposer 20% de logements sociaux, afin de s’assurer, dans chaque commune, un électorat captif. La lutte contre la pauvreté est souvent associée à l’entretien de cette pauvreté.

5/ L’État aménageur du territoire

Nous sommes loin, là aussi, des temps bénis de la DATAR. C’est que les conditions politiques sont largement différentes. Nous ne sortons plus de quatre années de guerre dévastatrice, et les infrastructures françaises sont désormais efficientes et modernes. Les entreprises de gestion des autoroutes ont été privatisées, Veolia transport fait concurrence à la SNCF, et même l’acheminement électrique n’est plus le monopole d’EDF. L’État continue de guider l’action d’aménagement du territoire, mais de loin.

Quant au statut des fonctionnaires, s’il demeure en place, il a lui aussi fortement évolué. En posant la question de la pertinence de ce statut, de son efficacité économique, en posant comme règle le non-remplacement des fonctionnaires, et même en assurant l’embauche de certains fonctionnaires sous contrat de droit privé, le mythe de la fonction publique a été largement écorné. Il reste encore un long travail à parcourir pour s’en défaire, mais c’est une certaine vision de la fonction publique qui a disparu.

Le modèle social français édifié en 1946 n’existe donc plus, dans ses structures et dans ses manifestations. Celui-ci a été largement défait à partir des années 1980, ce qui a permis à la France de connaître une modernisation sans précédent de son économie, et à ses entreprises de partir à la conquête du monde. Les Français se sont plus enrichis entre 1980 et 2010 qu’entre 1945 et 1975. Ce qui demeure du modèle français c’est davantage une idée qu’une réalité. L’idée que l’État doit intervenir dans la vie économique, que celui-ci doit protéger les populations, qu’il peut prendre part au développement. Le large déficit du pays sera peut-être bénéfique sur ce point. Il oblige en effet l’État à faire d’importantes économies. Or il ne sera pas toujours possible de limiter les dépenses à la marge. Les économies, pour être vraiment efficaces, devront se faire dans les postes qui génèrent le plus de dépenses, à savoir l’Éducation nationale et la Sécurité sociale. La mise en place du chèque scolaire et la fin du monopole de la sécu sont les deux dernières mesures à prendre pour enterrer un modèle obsolète, et une vision de l’État erronée, c’est-à-dire le passage d’un État providence à un État subsidiaire.

A lire : Qu’est-ce que le modèle français ?

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