Que reste-t-il du modèle français ?

Le modèle français, qui repose sur une forte intervention de l’État dans tous les secteurs, s'effrite. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ?
Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
imgscan contrepoints 2013510 modèle social

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Que reste-t-il du modèle français ?

Publié le 22 mars 2013
- A +

Le modèle français, qui repose sur une intervention de l’État dans les secteurs économiques, sociaux et politiques, s’effrite. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

Par Jean-Baptiste Noé.

Après avoir vu les origines du modèle économique et social français, nous allons désormais voir dans quelles mesures celui-ci subsiste actuellement. Si nous reprenons les cinq catégories caractéristiques énoncées, nous constatons que ce modèle s’est largement effrité.

1/ L’État entrepreneur

Le processus nationalisateur de 1946 a trouvé son terme dans les vagues de privatisations menées au début des années 1980. Chose piquante, c’est un gouvernement socialo-communiste qui a nationalisé, et c’est un gouvernement socialo-communiste qui a privatisé, celui de Pierre Mauroy. Cela a d’ailleurs scellé la fin du Parti communiste et de l’illusion socialiste en France. Rares sont aujourd’hui les entreprises encore nationalisées, même GDF et La Poste ont des capitaux ou un statut privé. Ne demeure que l’Éducation nationale, nationalisée par Jules Ferry dans les années 1880 et qui demeure entre les mains de l’État pour des motifs plus idéologiques que de réalité économique.

2/ L’État planificateur

Le commissariat au Plan est tombé en désuétude. L’État essaye toujours d’ordonner, de planifier, mais plutôt dans un souci de prévoyance et de prospective. Il n’y a plus d’ardente nécessité du Plan, comme dans les années 1950.

3/ L’État protecteur

C’est ici que le modèle de 1946 reste le plus prégnant. Le monopole de la Sécurité sociale a du mal à disparaître, en dépit des directives de l’Union européennes. L’assurance chômage est encore aux mains de l’État, alors qu’elle ne témoigne guère d’une grande efficacité. La classe politique est largement adepte de ce modèle social, qui conjugue pourtant inefficacité économique, gouffre budgétaire, inégalité sociale et inefficacité médicale. On dit que les Français y tiennent. Est-ce vraiment certain ? S’ils connaissaient le coût réel de la protection sociale, et ce que cela leur coûte en terme de prélèvement, il n’est pas sûr qu’ils continuent à y adhérer. Les jours de ce modèle sont comptés, notamment en raison de ses déficits chroniques.

4/ L’État logeur

Là aussi le modèle continue, et se renforce même, avec la loi SRU qui impose 20% de logements sociaux dans les communes. C’est complètement inefficace, cela ne permet pas de loger les Français ni même de contribuer à maintenir des prix bas. La seule raison de cette permanence est des raisons politiques. La gauche estime que les habitants des HLM votent pour elle, d’où sa volonté d’imposer 20% de logements sociaux, afin de s’assurer, dans chaque commune, un électorat captif. La lutte contre la pauvreté est souvent associée à l’entretien de cette pauvreté.

5/ L’État aménageur du territoire

Nous sommes loin, là aussi, des temps bénis de la DATAR. C’est que les conditions politiques sont largement différentes. Nous ne sortons plus de quatre années de guerre dévastatrice, et les infrastructures françaises sont désormais efficientes et modernes. Les entreprises de gestion des autoroutes ont été privatisées, Veolia transport fait concurrence à la SNCF, et même l’acheminement électrique n’est plus le monopole d’EDF. L’État continue de guider l’action d’aménagement du territoire, mais de loin.

Quant au statut des fonctionnaires, s’il demeure en place, il a lui aussi fortement évolué. En posant la question de la pertinence de ce statut, de son efficacité économique, en posant comme règle le non-remplacement des fonctionnaires, et même en assurant l’embauche de certains fonctionnaires sous contrat de droit privé, le mythe de la fonction publique a été largement écorné. Il reste encore un long travail à parcourir pour s’en défaire, mais c’est une certaine vision de la fonction publique qui a disparu.

Le modèle social français édifié en 1946 n’existe donc plus, dans ses structures et dans ses manifestations. Celui-ci a été largement défait à partir des années 1980, ce qui a permis à la France de connaître une modernisation sans précédent de son économie, et à ses entreprises de partir à la conquête du monde. Les Français se sont plus enrichis entre 1980 et 2010 qu’entre 1945 et 1975. Ce qui demeure du modèle français c’est davantage une idée qu’une réalité. L’idée que l’État doit intervenir dans la vie économique, que celui-ci doit protéger les populations, qu’il peut prendre part au développement. Le large déficit du pays sera peut-être bénéfique sur ce point. Il oblige en effet l’État à faire d’importantes économies. Or il ne sera pas toujours possible de limiter les dépenses à la marge. Les économies, pour être vraiment efficaces, devront se faire dans les postes qui génèrent le plus de dépenses, à savoir l’Éducation nationale et la Sécurité sociale. La mise en place du chèque scolaire et la fin du monopole de la sécu sont les deux dernières mesures à prendre pour enterrer un modèle obsolète, et une vision de l’État erronée, c’est-à-dire le passage d’un État providence à un État subsidiaire.

A lire : Qu’est-ce que le modèle français ?

Sur le web

Voir les commentaires (3)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (3)
  • « Le large déficit du pays sera peut-être bénéfique sur ce point. Il oblige en effet l’État à faire d’importantes économies. »

    Bien avant de maigrir l’état au abois parasite tous les secteurs de l’économie les détruisant les un après les autres dans une vaine tentative pour se maintenir. Et une fois l’effondrement de l’état réellement commencé l’économie qui est devenue captive de l’état part avec.

    Un bénéfice ? non je ne vois pas.

  • depuis trente ans, je vois plutot autour de moi, une main-mise de l’etat et des collectivitées territoiriales , de plus en plus pregnante, a la foi sur les differents secteurs de l’economie, mais aussi sur les esprits: plus personne ne fait rien s’il n’a pas a la foi:
    -une subvension qui lui permet de payer une partie de son projet
    – une autorisation des represantant de l’etat lui disant qu’il a bien le droit de le faire.
    il n’y a pratiquement que pour faire un enfant, que les francais se passe encore de la deuxième.
    recement, un copain de classe, eleveur laitier, s’est suicidé car sa ferme allait etre mis en liquidation a la suite d’un imbroglio reglementaire: l’administration l’a obligé a construire une deuxième stabulation a coté de la première, car son frère ( ex associé ) habitait une maison a coté de la première. alors que dans l’interval,son frère lui avait revendu la maison. kafka sur loire !!! je ne crois pas que l’on pouvait voir une tel gabegie, trente ans en arrière.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Je lisais hier dans Le Monde une enquête assez larmoyante sur la vie pas si rose que ça des femmes enceintes et des futures mères. On nous y expliquait que face au récit convenu de la maternité forcément heureuse, la parole des femmes se libère de plus en plus pour témoigner d’un envers du décor essentiellement constitué de souffrance, déprime, vergetures et isolement. Là n’est pas le thème central de mon article du jour, mais j’y trouve néanmoins un parfait exemple de ce que je veux vous dire.

Car après une longue série de complainte... Poursuivre la lecture

Yves Guyot prend la parole lors d'une cérémonie exceptionnelle à la Sorbonne en hommage à Frédéric Passy. Fin mai 1912, la société d'Économie politique célèbre en effet ses 70 ans. 2022 marque donc le 180e anniversaire de cette vénérable société savante, foyer de l'école libérale française.

En ces temps de démagogie électorale et de règne d'économistes atterrants, adeptes du keynésianisme ou du marxisme, le discours d'Yves Guyot reste d'une étonnante actualité.

En voici quelques extraits significatifs.

 

Le dange... Poursuivre la lecture

Par Johan Rivalland.

Le libéralisme est décidément une notion bien floue et très mal perçue par une grande partie des Français, nourris dès le plus jeune âge aux mamelles de l’État et qui sont persuadés, à tort puisqu’on le leur fait croire en permanence, que le libéralisme serait je ne sais quelle force occulte organisée qui les plongerait dans une sorte d’océan où ils se noieraient sans que personne leur vienne en aide. D’où la justification de l’interventionnisme et de l’État-providence, sans lesquels nous serions sans doute perdus.... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles