Le FEMENisme est-il un féminisme ?

Le combat FEMEN est paradoxal et tente de nous faire prendre des vessies gauloises pour des lanternes ukrainiennes.

Le combat FEMEN est paradoxal et tente de nous faire prendre des vessies gauloises pour des lanternes ukrainiennes.

Par Drieu Godefridi.

Invité par Frédéric Taddéï à l’émission Ce soir ou jamais (France 2) qu’il consacrait vendredi 8 mars à l’actualité du féminisme et des violences subies par les femmes, j’ai été confronté à Inna Chevtchenko, cofondatrice des FEMEN, aujourd’hui exilée en France, pays dans lequel elle a repris son combat pour la liberté des femmes.

Comme beaucoup, j’ai admiré le combat de Mademoiselle Chevtchenko et de ses amies contre le régime autoritaire et corrompu qui sévit en Ukraine. Comme tant d’autres, j’étais émerveillé par l’héroïsme authentique des trois « Pussy Riot » qui ont affronté, virtuellement seules, le redoutable appareil répressif de la Fédération de Russie, en ne réclamant que le droit de penser et de critiquer librement le gouvernement de M. Poutine.

Il semble malheureusement avoir échappé à Inna Chevtchenko et ses amies que la situation de la France n’est pas celle de la Russie. Que les libertés publiques, en France, sont autrement garanties qu’elles ne le sont en Ukraine. Qu’il n’existe, en France, aucun équivalent du délit de « hooliganisme verbal » sur la base duquel le pouvoir moscovite a embastillé les trois jeunes Russes. Que M. Hollande se fait quotidiennement traiter de tous les noms dans la presse et sur les réseaux sociaux sans que personne ne soit inquiété, et même que la moitié des parlementaires sont payés pour cela. Qu’en allant se dépoitrailler à Notre-Dame, elle ne risque qu’une angine.

C’est tout le paradoxe du combat FEMEN, pour la liberté d’opinion et d’expression en Ukraine ou en Russie, mais contre la liberté d’exprimer les opinions qui ne leur conviennent pas, en France.

Les FEMEN justifient leurs actions en bord de Seine par le fait que la société française resterait foncièrement patriarcale. Qualifier de patriarcale une société dans laquelle les femmes ont acquis la plus totale égalité des droits, conquis leur autonomie financière, sont à l’origine de 80% des demandes de divorce après s’être appropriées chacun des aspects de la procréation (avoir des enfants ou pas, si oui combien ? J’avorte !), n’est possible qu’en subsumant au concept de patriarcat des réalités à ce point antinomiques, qu’il se vide de tout sens utile.

Au vrai, les FEMEN se sont mises, en France, au service d’intérêts plus particuliers que la cause des femmes : les revendications de la communauté homosexuelle. Ce qui est respectable, à condition de le dire, et ne pas tenter de nous faire prendre des vessies gauloises pour des lanternes ukrainiennes.

Un discours aussi confus ne serait écouté par personne s’il n’était agrémenté de ces poitrines peinturlurées dont les FEMEN ont fait leur marque de fabrique. Idée de génie ! Qui les a conduites, en l’espace d’un an, à faire de FEMEN une marque planétaire. Gageons toutefois qu’à force d’élargir sans cesse le champ de leurs compétences matérielles et territoriales, les FEMEN détruiront leur « marque » aussi rapidement qu’elles l’ont bâtie. Tant pis pour celles qui continuent à lutter avec courage contre les régimes authentiquement autoritaires et liberticides. Ces femmes-là méritent notre aide, notre respect, mieux : notre amour !


Drieu Godefridi est l’auteur de De la violence de genre à la négation du droit, qui vient de paraître aux éditions Texquis (1er mars 2013, genre-et-droit.com).

Lire aussi : « De la violence de genre à la négation du droit » de Drieu Godefridi

• Drieu Godefridi, De la violence de genre à la négation du droit, Texquis, 2013, 160 pages. Achat sur amazon.