Les débats sur l’austérité

Rigueur austérité (Crédits 401kcalculator.org, licence Creative Commons)

Les critiques des milieux politiques et médiatiques contre l’austérité nous laissent perplexes et inquiets sur la capacité de la France à se sortir de la crise.

Par Vladimir Vodarevski.

Les critiques contre l’austérité auxquelles personne ne peut échapper ces derniers temps, notamment après le vote en Italie, illustrent à nouveau le manque d’analyse et de recul des médias. D’abord car on ne peut pas qualifier la politique qui est menée aujourd’hui dans les principaux pays occidentaux de politique d’austérité. Ensuite parce que les effets des politiques de dépenses publiques, dites de « relance », engagées en d’autres temps, sont complètement oubliés. Enfin, la rhétorique employée est quelque peu inquiétante, car populiste.

S’il faut adopter le discours économique dominant, il faut considérer qu’il existe deux types de politiques économiques : austérité ou relance. La relance consiste à soutenir l’économie par la dépense publique, le déficit public, et une politique monétaire accommodante (taux d’intérêt de la banque centrale bas, crédit massif de la banque centrale aux autres banques, rachat de dette souveraine par la banque centrale). Force est de constater que la majeure partie de l’Europe, et de l’occident, mène ce type de politique. Parler d’austérité n’est donc pas approprié. Il y a des pertes d’emplois, des interrogations sur les retraites, sur la croissance, malgré ces politiques de relance, et non pas en raison de l’absence de politiques de relance.

Bien sûr, on peut penser que si ces politiques ne donnent pas les résultats escomptés, c’est qu’il faut en faire encore plus. Plus de dépenses, plus de création monétaire. C’est ainsi que la France a quémandé une relance au niveau de l’Union Européenne. Cependant, la France est la deuxième économie de la zone euro, l’Italie la troisième. L’Espagne est en difficulté. Personne ne peut soutenir la France et l’Italie. Ces pays sont trop importants dans l’Union. L’Allemagne est appelée à la rescousse. Mais elle ne peut pas soutenir la France et l’Italie. D’autre part, sa bonne gestion permet les mécanismes de soutien à la Grèce, l’Irlande, au Portugal. L’Allemagne en fait déjà beaucoup pour l’Europe. Mais elle ne peut pas soutenir l’Europe à elle seule.

L’expérience a également démontré l’échec de la politique de relance par la dépense publique. Depuis les années 1970, toutes les politiques de relance ont mené à… l’austérité! Il n’y a jamais eu d’effet de relance. Ce qui incite à la prudence. Par ailleurs, la politique de relance par la dépense publique est basée sur les théories de John Maynard Keynes, qui sont elles aussi sujet à caution (cf Keynésianisme et libéralisme, comparaison, et Monnaie, relance, économie ).

Mais les politiques de relance ne sont pas défendues par des arguments se réclamant de la logique. L’argumentation consiste à dénoncer le chômage, la baisse des revenus, les difficultés de financement des retraites, et de dire : il faut faire quelque chose. Ce quelque chose, c’est une intervention étatique, l’État ayant le pouvoir de rétablir la situation, sans effort pour les populations. Les difficultés sociales sont présentées comme des injustices, et donc l’État peut intervenir par des lois, car les injustices sont éliminées par des lois.

Pour expliquer les difficultés, on désigne des ennemis. L’Europe, et la BCE, sont mis sur le banc des accusés. Ils contraignent les pays à la rigueur ! Alors que sans l’Europe, sans la BCE, l’Irlande, l’Espagne, la Grèce, seraient contraints à des plans de rigueur bien plus drastiques. On désigne également comme cause de la crise un ennemi invisible, impersonnel : les marchés financiers. Et on prétend que c’est la dérégulation des marchés financiers qui a provoqué la crise. Mais on serait bien en peine de démontrer cette dérégulation, car les marchés financiers sont extrêmement réglementés, et car la crise provient de l’interventionnisme de la banque centrale des USA, la Fed, et des réglementations du gouvernement américain qui ont forcé les banques à prêter à des ménages peu solvables. Il serait trop long de tout réexpliquer ici. On se référera aux articles suivants : La politique économique avant et après la crise, et Éléments d’histoire économique contemporaine : sortir des poncifs.

Désigner des ennemis, proposer des solutions sans douleur, cela ressemble furieusement à du populisme. Et pourtant, personne ne relève. On accuse la BCE de la montée du populisme en Italie, plutôt que les politiciens avides de pouvoir.

Ce pays est-il foutu comme le répète H16, éditorialiste de Contrepoints ? Face à cette absence de recul, d’analyse, de la part des politiciens et des médias, on peut être découragé. Il n’y a pas de débat. Juste de la com’. Les médias répètent la com’ du gouvernement, des « milieux autorisés ». Mais, sans débat, y a-t-il démocratie ? Peut-être, finalement, est-ce la question que pose la crise : comment notre système de gouvernement peut-il faire face à une telle crise ? N’est-il pas trop gangrené par le clientélisme, l’économie de copinage, n’aliène-t-il pas certaines classes sociales par de fausses promesses ?


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