Votations suisses du 3 mars : bilan de ces votes attendus

Les Suisses devaient se prononcer ce dimanche lors de plusieurs votations très attendues. Quels en ont été les résultats ?

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Votations suisses du 3 mars : bilan de ces votes attendus

Publié le 4 mars 2013
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Les Suisses devaient se prononcer ce dimanche lors de plusieurs votations très attendues. Quels en ont été les résultats ?

Par Stéphane Montabert, depuis la Suisse.

L’insoutenable suspense est terminé. Voyons ce que les urnes ont délivré comme message hier soir.

Initiative contre les rémunérations abusives (évoquée sur Contrepoints et ici): Thomas Minder peut se réjouir, il a réussi son pari avec constance et opiniâtreté. Il s’agit certes d’un changement symbolique, mais porteur, ramenant enfin le contrôle des rémunérations des managers – qui ne sont que des employés – aux actionnaires, les véritables propriétaires de l’entreprise.

À une gauche avide de s’approprier la victoire de M. Minder, je ferai miens les propos fort pertinents de Paul Dembinski, professeur d’économie, sur la campagne :

C’est avec un certain dégoût que j’ai entendu M. Levrat tenter de récupérer une éventuelle victoire de Minder dimanche. Seul le PS a entendu souffler le vent de justice sociale… Salaires minimums, ratio 1 : 12 des rémunérations, mais ce n’est absolument pas de cela dont il s’agit. L’initiative Minder ne porte pas en elle le germe de l’étatisation de l’économie dont rêve le PS.

Ce qui ne l’empêchera pas d’essayer, naturellement.

Loi sur l’Aménagement du Territoire (évoquée ici): nouvelle loi anti-valaisanne, nouvelle strate bureaucratique et nouvelle planification centralisée venue d’en haut… Triple échec pour la liberté, mais victoire nette des propriétaires fonciers et des plus riches contre les locataires et les familles désireuses d’accéder à la propriété. Il est évident que la LAT devra forcer une réduction des terrains constructibles pour avoir le moindre sens ; elle poussera donc naturellement les prix des terrains vers le haut selon le principe de l’offre et de la demande.

Entre l’initiative Weber et la LAT, deux objets chéris par Doris Leuthard, les Valaisans doivent avoir des aigreurs d’estomac en repensant à leur vote PDC aux élections fédérales… La gauche et l’ASLOCA peuvent sabler le champagne dans leur lutte chimérique contre l’ennemi de classe, le bourgeois, le propriétaire ; ce faisant, ils oublient qu’un primo-accédant (quelqu’un qui accède pour la première fois à la propriété) est aussi un individu qui libère un logement loué pour quelqu’un d’autre.

Les citoyens suisses devront désormais prendre leurs responsabilités dans l’évolution des prix immobiliers.

Article Constitutionnel sur la Famille (évoqué ici): rejetée d’une courte majorité de canton alors que la majorité du peuple était acquise, c’est incontestablement la bonne surprise du week-end. Personnellement, je n’aurais jamais cru à son rejet. N’importe quelle politique associée au mot-clef magique « famille » passe habituellement comme une lettre à la poste, pour désastreuse soit-elle. La recette n’a pas fonctionné pour l’initiative du PDC. L’action de l’UDC a largement contribué à rompre le consensus autour du projet du parti de centre-gauche.

C’est évidemment le mieux qui puisse arriver aux familles de classe moyenne. Elles ne se verront pas privées par l’impôt de ressources ponctionnées au nom de structures étatiques d’accueil dont elles seront exclues, sachant qu’il y aura toujours plus nécessiteux pour leur passer devant.

Le Oui massif des cantons romand et tessinois montre qu’ici, le peuple est mûr pour ce genre d’aventure désastreuse. Il ne tient qu’aux partisans de l’idée de mettre en place des initiative cantonales pour accomplir localement ce qu’ils ont échoué à imposer au niveau fédéral. Mais il n’est pas sûr que les adeptes de l’étatisation des enfants tentent leur chance à une échelle plus petite, car les comparaisons de coût et de fiscalité entre cantons rendront l’arnaque évidente aux yeux de tous.

D’une courte tête, les cantons alémaniques ont mis le holà à l’extension de l’État-providence, pour le moment.

Les trois objets fédéraux du week-end n’étaient pas les seules raisons pour les citoyens de se déplacer aux urnes. Voici une sélection de thèmes cantonaux qui me semblent significatifs :

Berne dit non à la sortie du nucléaire : ni l’initiative pour l’électricité renouvelable ni même le contre-projet du gouvernement n’eurent la grâce des électeurs. Un sondage récent annonçait que l’Effet Fukushima n’avait pas duré chez les Suisses, nous en avons désormais une preuve concrète.

Le Jura se dote d’un salaire minimum : contre l’avis du gouvernement et du parlement, le canton du Jura accepte avec une majorité assez franche (54,2%) le principe d’un salaire minimum. Celui-ci concernera uniquement les branches économiques et les entreprises non signataires d’une convention collective de travail (CCT). De plus, le montant variera selon le salaire national médian du secteur à l’échelle suisse : de beaux maux de tête en perspective pour traduire la volonté populaire en loi, et une intéressante comparaison à établir dans quelques années entre le taux de chômage jurassien et celui de ses voisins.

Genève dit oui à la fusion des caisses publiques (évoquée ici) : les Genevois ont donc accepté de créer une nouvelle caisse de pension publique probablement « too big to fail » tout en augmentant très légèrement les contributions des fonctionnaires. Du point de vue de l’assainissement des régimes publics de retraite, le changement est si léger qu’il ressemble furieusement à du sur-place.

Nidwald confirme ses forfaits fiscaux : rompant la dynamique que la gauche souhaitait instaurer, l’initiative « Pour l’abolition des privilèges fiscaux pour les riches étrangers » lancée par la Jeunesse socialiste locale est sèchement rejetée par 68,6% des voix.

Pas de Jeux Olympiques d’hiver dans les Grisons : 54% des votants rejettent le projet. Les communes de Davos et St-Moritz l’avaient approuvé, mais le reste du canton n’a pas suivi. Les commentateurs se succèdent sur les ondes de la télévision suisse pour se lamenter du manque de « vision » et « d’envergure » des citoyens locaux. Apparemment, la défense du paysage et du patrimoine peut passer à la poubelle s’ils doivent être sacrifiés pour des jeux olympiques d’hiver 2022, sans parler du volet financier.

Oskar Freysinger en pôle-position pour le Conseil d’État valaisan : le saviésien UDC arrive en tête du premier tour pour l’élection au Conseil d’État – non seulement loin devant son adversaire Christian Varone, mais même devant les sortants. S’il est trop tôt pour crier victoire, l’UDC semble mieux placée que jamais pour entrer au Conseil d’État valaisan.

Voilà, c’est tout pour cette rapide analyse. Nul doute que je n’ai couvert qu’une fraction des objets électoraux soumis au vote ce week-end – le signe indubitable d’une démocratie vivante – mais les résultats ne me semblent pas trop mauvais dans l’ensemble.


Sur le web.

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  • Le Valais n’a pas à appliquer cette loi liberticide ! Nous l’avons refusée à 80.6% (alors que le reste du pays l’a acceptée) et nous ne sommes pas les esclaves des autres confédérés.

    Je vais me battre pour qu’on refuse cette saloperie bureaucratique et scélérate. Dégoûté de ce résultat !

    • Moi aussi. C’est la deuxième fois en moins d’une année que le Valais se retrouve soumis au diktat de Berne et des autres cantons, alors que le secteur de la construction est une nécessité pour cette région.

  • Bonne et mauvaise surprise. Moins bonne que je ne l’espérais en glissant mon vote mais bien moins pire que dans les républiques bananières.

  • Ceci corrobore les propos d’un ami étranger qui résumait très bien la situation : tout ce qui parle français amène la m … »

    La Wallonie va moins bien que la Flandre, le Québec est la province la plus fiscalisée du continent nord-américain, (avec 50 % d’adultes illettrés), la Suisse romande se lance dansdes aventures stupides, etc?

    Hasard ? A bien y réfléchir, non ! Les idées françaises, les plus sottes du monde, percolent sournoisement …

    Pour la votation visant à fixer des règles salariales aux entreprises,
    c’est évidemment une belle idiotie !

    D’abord, un parachute doré ou un salaire mirifique, c’est le transfert d’un capital de société (peu taxé) vers un particulier (bien plus contributeur). Donc, c’est bon pour l’etat.

    Ensuite, les entreprises que cette disposition indispose, auront vite fait de déménager leur siège social.

    • Mauvaise langue.: « tout ce qui parle français amène la m … »

      En tout cas je pense que les peuples sont loin de fonctionner la même chose. Tout le sud matriarcal latin est sinistré.

      La chance des romands ce sont les suisse-toto ! (allemand)

  • À noter qu’aux Grisons, c’était la droite (UDC + PLR) qui soutenait l’engagement aux JO et la gauche (PS + Verts) qui la combattait… 

    Preuve en est qu’en Suisse, la gauche peut parfois être plus libérale que les partis soi-disant libéraux…

  • merci en tout cas pour cette explication de texte(s). Vu par les média français officiel, les suisses ont voté pour des salaires maximum, par exemple, et comme je ne leur accorde aucune confiance mais que je ne peux pas non plus supposer que tous ce qu’ils disent est faux (même les pires menteurs disent plus souvent la vérité que des mensonges), j’attendais une vrai info, alors merci …

  • Je pense effectivement que c’est le bon sens que de faire fixer les rémunération des membres du conseil d’administration par l’AG des actionnaires plutôt que par le conseil d’administration lui-même !

    Mais l’initiative contre les rémunérations abusives est quand même mauvaises :
    -elle interdit certaines formes de rémunération même avec l’accord de l’AG
    -c’est plutôt aux statuts de chaque entreprise de fixer ce genre de détail
    -même en admettant qu’une loi se justifie cela n’a en tout cas rien à faire dans une constitution ! Je sais bien qu’on ne peut pas changer la loi par une initiative en Suisse (contrairement à la constitution) mais ce n’est pas une raison pour mettre n’importe quoi dans la loi fondamentale.

    • Par rapport aux points que vous soulevez:

      1. Apparemment, M. Minder a conçu son initiative de façon à couper l’herbe sous le pied de certains individus qui auraient sans hésité contourné la loi avec des rémunérations annexes. Chaque interdiction (embauche par une filiale, etc.) correspond malheureusement à un exemple concret.

      2. Encore faut-il qu’elle exerce convenablement cette responsabilité ; ainsi, l’obligation faite aux fonds de pension de participer aux AG va dans le bon sens.

      3. L’initiative fédérale ne permet pas de juste changer une loi. C’est parfois dommage, parfois pas si mal, car n’oublions pas qu’une loi peut être retouchée sans autre par le Parlement.

      Il y a des critiques valides de l’initiative Minder, mais l’un dans l’autre elle va tout de même largement dans le sens des actionnaires (=propriétaires).

  • un grand coup de LAT qui va droit ou il faut.

    • On a l’impression qu’il y a une scission sur le sujet entre libéraux, comme il y a une différence entre liberté utilitariste et responsable.

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