Canada : le cul-de-sac pétrolier

Puit de pétrole (Crédits : Flcelloguy, GFDL)

L’extraction du gaz de schiste, dont on ne veut pas entendre parler en France, rendra en toute vraisemblance les États-Unis autosuffisants en pétrole, ce qui n’est pas sans conséquences pour le Canada, exportateur d’or noir.

Par David Descôteaux, depuis Montréal, Québec.

Il se passera quoi quand les Américains n’auront plus besoin de notre pétrole ?

C’est la question qui apparaît sur la dernière couverture du magazine Canadian Business. Et elle a de quoi inquiéter.

Grâce entre autres à de meilleures techniques d’extraction du pétrole et du gaz de schiste, les États-Unis connaissent un boom énergétique. Certains parlaient de la fin du pétrole — du « peak oil » — il n’y a pas si longtemps, aujourd’hui des experts prédisent plutôt que les Américains deviendront autosuffisants en matière d’énergie. L’Agence internationale de l’énergie affirme que d’ici 2020, les États-Unis produiront plus de pétrole que l’Arabie Saoudite. Et seront autosuffisants dès 2035, peut-on lire dans le Canadian Business. Seulement en 2012, la production de pétrole a augmenté de 750 000 barils par jour. La plus forte hausse annuelle de l’histoire.

L’Alberta dans le rouge

L’impact pour le Canada ? Le pays exporte plus de 90 milliards de dollars en gaz et pétrole au sud de la frontière. Il faut donc trouver d’autres débouchés, et vite. L’industrie lorgne du côté de l’Asie, mais cela implique la construction d’infrastructures comme des pipelines et des terminaux, qui permettront d’exporter cette matière première vers l’Asie.

Cette semaine, on apprenait que le ministre des Finances de l’Alberta veut éliminer 500 postes de gestionnaires dans la fonction publique d’ici trois ans. Les revenus provenant des ressources naturelles ont chuté. Environ 2,4 milliards $ moins élevés que prévu. L’Alberta prévoit un déficit de près de 4 milliards $ cette année.

L’Alberta, qui tire près de la moitié de ses revenus du secteur énergétique, a vu le prix de son pétrole descendre autour de 50 $ US le baril, selon Alison Redford, première ministre de l’Alberta, citée dans l’article. C’est environ la moitié du prix de référence (le Brent). À ce prix, plusieurs opérateurs ne font pas leurs frais, et pourraient cesser leurs activités.

Le Québec y perdra

Le Québec ne sera pas épargné. Des revenus moins élevés que prévu provenant des ressources risquent de grandement affecter le budget du gouvernement fédéral. Notamment par une baisse des revenus provenant de l’impôt des entreprises. Le ministre des Finances Jim Flaherty aura bien des difficultés à respecter sa promesse d’équilibre budgétaire. Il prévoit déjà un déficit de 26 milliards $ cette année.

La « révolution du schiste » aux États-Unis aura aussi un impact sur les milliards $ que reçoivent plusieurs provinces — dont le Québec — grâce à la péréquation. On peut critiquer le pétrole « sale » des sables bitumineux. Mais l’argent qu’il nous procure, lui, n’a pas d’odeur…

Bref, c’est le Canada au complet qui risque de devoir se serrer la ceinture plus que prévu. Avec le dégonflement de la bulle immobilière, voilà une autre tuile qui menace l’économie canadienne. Et dont les répercussions se feront sentir jusqu’ici.


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