Annuler la dette publique ?

Qui blâmer pour l’ampleur de notre dette ? L’alliance perverse des politiciens avec les groupes d’intérêt.

Qui blâmer pour l’ampleur de notre dette ? L’alliance perverse des politiciens avec les groupes d’intérêt.

Par David Descôteaux, depuis Montréal, Québec.

La capacité des Québécois à trouver des boucs émissaires m’impressionne. Surtout quand vient le temps de justifier notre dette publique.

La dette due à la corruption et la collusion devrait être estimée et annulée, suggère un professeur du Collège André-Grasset dans le magazine À Babord. Son idée a été reprise dans le Devoir, chez Dutrizac, et même dans le journal Argent.

Question : ceux qui ont prêté l’argent pour que politiciens et bureaucrates gagnent des faveurs et achètent des votes sont-ils des criminels ? Non. C’est vous et moi. Les gestionnaires de fonds de pension. La Caisse de dépôt. Pourquoi faire payer les prêteurs ? Faisons payer les politiciens et mafieux qui s’en sont mis plein les poches !

Dette légitime

Il y a sûrement, comme l’avance le professeur, une part de la dette qui est légitime (qui profite à tous les citoyens), et une autre qui ne l’est pas. Mais qui décide de la « bonne » dette et de la « mauvaise » dette ? On s’entend que payer trop cher pour nos routes est de la mauvaise dette. Mais la collusion reste une goutte d’eau dans l’océan de gaspillage du gouvernement. Et que faire des politiciens qui achètent des votes en octroyant des faveurs aux lobbys de toute sorte ? Les syndicats, cadres de la fonction publique, ou grosses entreprises qui quémandent constamment des subventions ou des hausses de salaire au détriment de l’équilibre budgétaire, c’est de la bonne dette ? Cette partie de la dette ne profite pas à tous les citoyens. Plutôt aux groupes organisés qui font le plus de bruit…

On se le doit à nous-mêmes ?

Et si nous devons une partie de la dette à nous-mêmes, est-ce moins grave ?

On peut espérer que les créanciers soient plus cléments s’ils sont en majeure partie Québécois, un peu comme au Japon. Mais il ne faudrait pas surestimer la fibre patriotique des épargnants. La plupart se préoccupent avant tout du rendement. Un gestionnaire de portefeuille doit veiller à l’intérêt de ses clients, pas du gouvernement québécois. C’est aussi ce que devrait — idéalement — faire la Caisse de dépôt avec l’argent de notre retraite.

D’ailleurs, on ne doit pas cette portion de la dette à « nous-mêmes ». Le « nous » est composé de personnes différentes. Ceux qui reçoivent les services du gouvernement ne sont pas toujours ceux qui détiennent les obligations. Et même si la dette était entièrement détenue par des Québécois, nous laisserions quand même un fardeau à la génération suivante. Celle-ci payera deux fois : une fois pour rembourser la dette que nous contractons pour un service donné, et une deuxième fois pour se payer elle aussi le service en question. À moins que cette génération emprunte à nouveau, de façon à léguer le fardeau à la génération qui la suivra… Une sorte de report perpétuel de la facture — avec intérêts croissants — à la génération qui nous suit. Beau modèle de société !

Qui blâmer pour l’ampleur de notre dette ? L’alliance perverse des politiciens avec les groupes d’intérêt. Dont les mafieux, oui. Mais aussi, la plupart des électeurs. Qui portent ce beau monde au pouvoir, et qui cautionnent un gouvernement qui vit au-dessus de ses moyens.


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