François Hollande, un social-démocrate ?

Pour de nombreux commentateurs, François Hollande aurait effectué un virage social-démocrate. On se demande bien avec quelles mesures ?

Pour de nombreux commentateurs, François Hollande aurait effectué un virage social-démocrate. On se demande bien avec quelles mesures ?

Par Vladimir Vodarevski.

Selon les médias français, François Hollande mènerait désormais une politique social-démocrate, ou même « sociale libérale » parfois ! Oublions cette dernière expression qui n’a aucune signification, au contraire de la social-démocratie. Cette dernière fait notamment référence au programme des sociaux-démocrates allemands présenté à Bad Godesberg, dont la page wikipedia offre un résumé des principes. En particulier, le programme de Bad Godesberg abandonne le socialisme, pour défendre l’économie de marché, la libre initiative de l’entrepreneur, la libre concurrence. La social-démocratie reconnaît un aspect utile à la partie économique du libéralisme, dans le sens où l’économie de marché permet la création de richesses qui permettent de financer l’État. Quelles seraient donc les mesures conformes à ces principes mises en œuvre par François Hollande ?

Le rapport sur la compétitivité de l’industrie est mis en avant pour justifier ce virage social-démocrate. En quoi chercher à aider un secteur d’activité en particulier correspond-il à favoriser la libre entreprise ? Il est plutôt focalisé sur les grosses entreprises. Le choix du secteur a même un goût de soviétisme de la grande époque, ce que rejette la social-démocratie.

Le nouveau crédit d’impôt compétitivité emploi est également présenté comme une mesure social-démocrate. Là encore, en quoi une mesure en faveur des grands groupes, qui complexifie encore plus une réglementation qui l’est déjà, est-elle une mesure en faveur de la libre entreprise ? La mesure n’est même pas financée, l’État comptant sur la croissance future, et demandant aux banques de financer ce crédit d’impôt.

Enfin, l’accord entre le patronat et les syndicats est présenté comme un accord de « flexisécurité », à l’image de ce qui se fait dans les pays nordiques, exemples de social-démocratie. Alors que tout ce que propose cet accord est de sécuriser les plans sociaux, qui pouvaient être menacés par différentes voies de recours pendant plusieurs années, au détriment finalement à la fois des employeurs et des salariés. À nouveau une mesure centrée sur les grands groupes, et qui renforce même le rôle de l’État puisque celui-ci peut être amené à valider le plan. Quel rapport entre les plans sociaux validés par l’État et la flexisécurité, qui permet de licencier sans contraintes ?

Les mesures qualifiées de social-démocrates, ou même de libérales, se caractérisent ainsi par un interventionnisme en faveur des grands groupes. Rien à voir avec la promotion de la libre entreprise. Au contraire, celle-ci est pénalisée par les mesures fiscales à l’encontre de l’investissement privé dans la création et le développement d’entreprises. Alors que, par comparaison, la Suède, présentée comme un exemple de social-démocratie, a diminué le taux d’imposition du capital par rapport au taux d’imposition du travail, en 1991, pour relancer l’investissement. Et c’est dans le numéro 333 de Challenges, un magazine de gauche, que l’économiste Philippe Aghion le souligne. Le contraire de la politique fiscale française.

Pourquoi avoir qualifié ces mesures de social-démocrates, ou même libérale ? Parce que le mot compétitivité apparaissait, et parce ces mesures étaient destinées aux entreprises. Ainsi, toute politique qui prétendrait promouvoir une sorte de compétitivité, ou qui simplement s’adresserait aux entreprises, mériterait le qualificatif de libérale ! Est-ce le summum de l’ignorance de la part des médias, ou de l’idéologie ? Mais, répétés dans tous les médias, ces commentaires donnent l’idée aux Français que les socialistes ont fait un pas vers l’économie de marché, et fournissent des raisons à l’extrême-gauche du PS de faire de la surenchère.

Gageons que les prochaines mesures d’économie qui s’annoncent provoqueront le même type de commentaires. Pourtant, il n’y a là encore aucune intention d’arriver à un État moins dépensier, moins interventionniste. C’est juste le problème de l’expansion de la dette qui force à faire des économies, dont on espère que la reprise économique permettra d’y mettre fin très vite. C’est une politique d’expédients, toujours basée sur la dépense, mais le gouvernement ne peut pas dépenser autant qu’il le voudrait.

Ces commentaires sur une pseudo politique social-démocrate ou libérale de François Hollande illustrent deux phénomènes. D’une part, l’ignorance (ou l’aveuglement idéologique ?) des journalistes. Le fait qu’une politique soit officiellement en faveur des entreprises ne signifie pas que ce soit une politique en faveur de l’économie de marché. Même la social-démocratie est mal connue. C’est avant tout le rejet du socialisme. Mélenchon, le parti communiste, mais aussi Montebourg et l’aile gauche du PS sont des extrémistes pour les sociaux-démocrates. Les centristes de l’UMP sont plus sociaux-démocrates que le PS.

D’autre part, l’absence de débat en France sur la politique du gouvernement est extraordinaire. Tous les médias établis diffusent la même opinion, une pensée unique. Tous diffusent que le gouvernement a pris des mesures social-démocrates ou « social-libérales ». Il n’y a aucune pluralité. Aucun débat. Est-ce une question d’enseignement, d’idéologie ? Toujours est-il que les citoyens ne peuvent pas se faire une opinion en croisant différents commentaires, à moins d’aller sur le net, sur des sites comme Contrepoints, pour avoir le contrepied de la pensée unique. Mais combien ont-ils réellement le temps de le faire ?

Avec les médias diffusant une pensée officielle, le pays apparaît comme pris dans une chape de plomb. Que faudra-t-il pour se ressaisir ? Un effondrement total ? Que de vies gâchées en attendant.


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