Hollande en Grèce : visite tragi-comique

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Le président François Hollande doit se rendre en Grèce ce mardi pour porter « un message de confiance et de soutien », un message de « solidarité » contre « l’austérité sans fin ». Mais cette visite a un côté tragi-comique.

Le président François Hollande doit se rendre en Grèce ce mardi pour porter « un message de confiance et de soutien », un message de « solidarité » contre « l’austérité sans fin ». Mais cette visite a un côté tragi-comique.

Par Emmanuel Martin.

Le président François Hollande doit se rendre en Grèce ce mardi pour porter « un message de confiance et de soutien », un message de « solidarité » contre « l’austérité sans fin ». Après l’accueil très houleux de la chancelière allemande à Athènes l’automne dernier, la venue du Président hollande augure au contraire de sincères accolades avec les « amis grecs » au milieu de discours sur la croissance et la solidarité. Pourtant, cette visite a un petit goût de tragi-comique.

En premier lieu, notons que le président français n’a pas exactement réussi à convaincre ses camarades européens de dépenser plus, avec, pour la première fois  un projet de budget de l’UE en baisse pour les 6 prochaines années – une bonne chose en réalité. Mais on voit qu’à un certain niveau, la solidarité – la plus facile, c’est-à-dire celle avec « l’argent des autres » – passe de plus en plus mal.

En outre, M. Hollande n’a pas réussi non plus à stimuler la croissance française. L’économie française s’est contractée de 0,3% au dernier trimestre et a stagné l’an dernier. En fait, la très optimiste prévision de croissance 2013 du gouvernement français, à 0,8%, est sur le point d’être révisée à la baisse, surtout après la critique de la Cour des comptes la semaine dernière. (Et comme cette noble institution l’a rappelé encore, il faut réduire les dépenses publiques aujourd’hui – adieu la « relance » donc.)

Ensuite, le discours de François Hollande contre l’austérité prête franchement à sourire puisqu’il a premièrement lui-même engagé une politique d’austérité, et a, deuxièmement, choisi au surplus la mauvaise austérité – exactement comme en Grèce. En effet, comme la Cour des comptes, encore elle, l’a récemment rappelé, l’effort de redressement des comptes publics en France a été effectué essentiellement en appuyant sur la pédale de l’augmentation des prélèvements (aux trois quarts) plutôt que par la baisse de la dépense publique (notamment par des réformes d’efficacité dans le fonctionnement de l’État au sens large) : magnifique stratégie pour tuer la croissance en réalité.

Aujourd’hui, la France fait partie de la « Task force » censée aider la Grèce à devenir plus compétitive et à réformer ses administrations. L’ironie ici est que la France est loin d’être en mesure de donner des leçons en la matière tant elle s’est montrée incapable de générer de la compétitivité et d’initier des réformes sérieuses, durables et efficaces de son administration.

On évoque les liens particuliers entre les deux pays. Effectivement : voilà deux pays constituant, à des degrés différents il est vrai, des « démocraties dysfonctionnelles » dans lesquelles le contrôle de la dépense publique tient de la bonne blague. La France est en bonne voie pour jouer elle-même une tragédie grecque.

Mais, Paris jouant à mots couverts la carte de la germanophobie pour bien se distancier de la visite catastrophique de Mme Merkel, la belle stratégie des  « gentils Français contre les méchants Allemands » permettra sans doute à François Hollande de reconstituer un bloc anti-austérité (comprendre pro-dépense publique) et pro-solidarité (comprendre « solidaires avec l’argent des autres »), notamment après ce qui semble s’apparenter dans l’esprit de beaucoup à l’alliance du nouvel « axe du mal » de l’austérité entre Berlin et Londres lors des discussions sur le budget européen en début de mois.

Aujourd’hui la bonne nouvelle, parait-il, est que la Grèce « respectera » son objectif de déficit budgétaire, avec 4,3% au lieu de 5,5% pour 2013. Comme chaque annonce optimiste a été presque systématiquement contredite par la réalité dans cette tragique histoire grecque, il est difficile d’accorder le moindre crédit à cette « nouvelle ».

La Grèce est encore et toujours prisonnière à la fois de l’inefficacité de ses politiciens souvent corrompus et des technocrates de l’UE.

Le peuple grec a besoin qu’on l’aide à faire le ménage dans le copinage, le clientélisme et la politique politicienne et démagogue qui caractérisent ses institutions politiques. Cela signifie ainsi une austérité qui toucherait en premier un État, une classe politicienne et une bureaucratie pléthoriques et inefficaces plutôt que le peuple. Ce dernier a besoin qu’on ouvre les marchés rigides du pays – en particulier le marché du travail où les syndicats s’apparentent parfois à des mafias (un peu, d’ailleurs, comme dans une certaine ville « grecque »… du Sud de la France).

Les « diktats » européens se sont focalisés sur la réduction des déficits en augmentant les impôts bien davantage que sur la libération de l’économie (rappelons que la Grèce est le pays le moins économiquement libre de tous les pays de l’OCDE). Et, bien sûr, le peuple grec est tenu de demeurer dans la zone euro, quand une solution serait d’introduire graduellement la concurrence monétaire ou des  « monnaies complémentaires » afin d’aider les Grecs (et pas qu’eux, d’ailleurs) à progressivement sortir du carcan de l’Euro.

En réalité, pour une bonne part, une stratégie dont les français auraient aussi bien besoin.