Hollande rejette une Europe de la prospérité sans fin

François Hollande profite d’une visite à Athènes pour rappeler qu’il n’a rien compris à l’économie et appelle de ses vœux une Europe de l’endettement sans fin.

François Hollande profite d’une visite à Athènes pour rappeler qu’il n’a rien compris à l’économie et appelle de ses vœux une Europe de l’endettement sans fin.

Par Baptiste Créteur.

En visite en Grèce, Hollande rejette une Europe de l’austérité sans fin. Le sophisme nouveau est arrivé : l’austérité serait nécessairement un cercle vicieux, plongeant le pays dans une récession sans fin. C’est le nouveau credo keynésien des hommes politiques français, qui imaginaient sans doute qu’il suffisait de réduire de quelques millions d’euros la dépense publique pour assainir la situation économique d’un pays où l’État s’endette depuis des décennies et joue un rôle prédominant dans l’économie, au détriment de l’économie en elle-même – l’État ne produisant rien, il se contente de redistribuer ce que d’autres ont produit et de dépenser l’argent qu’il ne leur a pas encore prélevé.

Alors que l’État s’endette massivement, il arrose l’économie– sélectivement mais sans discernement –  d’argent gratuit emprunté sur les marchés, sans que plus de richesse ne soit créée pour autant. Lorsque l’économie vit à crédit, on dépense ce que l’on produit et ce que l’on emprunte. La situation devient moins amusante lorsqu’on ne peut plus emprunter aussi facilement, et qu’on ne dépense donc que ce que l’on produit. Et il arrive même un moment où on dépense moins que ce que l’on produit, la différence partant en remboursement de la dette.

L’austérité n’est donc pas un retour immédiat à l’équilibre et à la croissance ; l’ajustement est plus ou moins violent et plus ou moins long mais est d’autant plus grand que la dette était importante. En rejetant une austérité « sans fin » – comprendre une austérité qui ne s’arrêterait pas avant l’actuel quinquennat – il prône en réalité la poursuite de l’endettement. Mais de la même façon que l’austérité n’est pas sans fin et que l’économie une fois assainie repart sur des bases saines, l’endettement n’est pas sans fin : il arrive nécessairement un moment où plus personne ne veut prêter à un État déjà trop endetté pour qu’on puisse apporter le moindre crédit à sa capacité de remboursement.

«En Grèce les sacrifices demandés à la population ont été plus douloureux qu’ailleurs. L’assainissement des finances publiques est nécessaire mais ne peut suffire», a ajouté François Hollande, dont la visite précèdera une nouvelle grève générale mercredi contre la rigueur. «C’est pourquoi des mesures de soutien à la croissance sont indispensables (…) Je refuse une Europe qui condamnerait les pays à une austérité sans fin», insiste-t-il.

Les mesures de soutien à la croissance soutiennent toujours l’endettement, plus rarement la croissance ; et si elles la soutiennent, elles ne la soutiennent que pendant un temps, avant de la détruire par la nécessité de rembourser. L’assainissement des finances publiques est une nécessité que le gouvernement ne semble pas avoir lui-même intégrée ; il ne peut suffire, certes, car l’État n’a jamais financé l’économie – la croissance est toujours et partout générée par les individus et les entreprises. La croissance qu’un État peut générer n’est qu’artificielle et inférieure à celle que l’économie aurait générée d’elle-même en l’absence d’interférence étatique, c’est-à-dire si on avait laissé les individus faire leurs choix librement.

François Hollande s’inscrit en faux contre une «division entre une Europe du nord et du sud». «Chaque État doit contribuer à la compétitivité et à la croissance, par la gestion rigoureuse de ses comptes publics et par des réformes. Chaque État doit également savoir qu’une solidarité existe», souligne-t-il.

S’inscrire en faux contre une division entre Europe du Nord et Europe du Sud serait une erreur ; il faut distinguer en Europe pays responsables et irresponsables, distinction bien plus pertinente aujourd’hui. Le meilleur moyen pour l’État de contribuer à la compétitivité et à la croissance, c’est de laisser faire l’économie ; le meilleur moyen d’aider les pays aujourd’hui en difficulté en Europe, c’est de ne pas les aider pour qu’ils mènent aujourd’hui les efforts qui s’imposent plutôt que repousser l’échéance et en avoir de plus importants à mener demain.

Il appelle les entrepreneurs français à «saisir toutes les opportunités» offertes dans un pays en récession pour la sixième année consécutive, se languissant d’investissements. Hollande discerne aussi une «responsabilité» européenne dans la percée néonazie en Grèce. «La meilleure façon de combattre ces tentations, c’est d’être intraitable dans la lutte contre le racisme, mais d’être aussi déterminé pour retrouver de la croissance», relève-t-il.

Les entrepreneurs français saisissent déjà toutes les opportunités en Grèce : aucune. De la même façon qu’ils ont déjà saisi l’absence de plus en plus marquée d’opportunités en France. Ailleurs dans le monde, les opportunités existent, et les innovations sont nombreuses ; en France, l’innovation est avant tout fiscale et l’État et les syndicats luttent tant bien que mal contre le progrès.

La meilleure façon de combattre les tentations totalitaires, c’est certainement de ne pas donner à l’État des prérogatives toujours plus amples ; par chance, c’est aussi le meilleur moyen de renouer avec la croissance – mais, malheureusement, c’est tout l’inverse de ce que prône et applique le gouvernement français.

Le porte-parole du gouvernement grec, Simos Kedikoglou, a du coup exprimé sa colère contre un appel à la grève mardi de la centrale syndicale des journalistes, y voyant une «tentative de faire disparaître» la visite de François Hollande.

La solidarité de François Hollande envers la Grèce permet aussi de découvrir des traits communs aux pays dont l’avenir n’est pas rose : en Grèce comme en France, certaines informations sont sciemment omises par les médias.

Plutôt qu’une austérité sans fin, François Hollande aimerait voir en Europe une prospérité sans fond en imaginant que la réalité peut se plier à ses désirs et que la dépense publique est la solution à une crise générée par un excès de dépense publique. Malheureusement pour lui, la réalité gagne toujours ; malheureusement pour les Français, ils auront droit à plus d’État et plus d’autorité au lieu de moins d’État et plus d’austérité.