Ces pays qui ont dit non à la dette

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Face à l’endettement massif qui menace différents pays du monde, dont la zone euro, peut-on dire non à la dette ?

Face à l’endettement massif qui menace différents pays du monde, dont la zone euro, peut-on dire non à la dette ?

Par Charles Sannat.

Avec l’annulation de la dette de la Tunisie par la France, le sujet revient sur le tapis : est-il possible d’annuler la dette ? Si oui, comment procéder ? Comment s’en sont sortis les pays qui ont dit non à la dette ? Pour ce faire, il est indispensable de connaître l’origine de la dette d’un pays.

La dette est un problème monétaire

La dette publique regroupe l’ensemble des dépenses (emprunts) de l’État, collectivités publiques et les organismes qui en dépendent directement (comme la Sécu et certaines entreprises publiques). À ces dépenses s’ajoutent la dette des ménages qui vivent à crédit, celle des entreprises et des établissements financiers. Si l’on fait une moyenne de toutes ces dettes par pays, le Japon endetté de 500% de son PIB arrive en tête des pays les plus endettés (source : The Economist) :

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La Grande-Bretagne arrive en tête des pays les plus endettés par ménage et par établissement financier. L’Espagne, affaiblie par la crise immobilière, arrive en tête des pays les plus endettés par entreprise. Le Japon est le pays qui a le triste record de la dette publique la plus élevée.

Dette publique par État membre de la zone euro à la fin du troisième trimestre 2012

Au 23 janvier 2013, la dette publique de la Grèce s’élevait à 301,193 milliards d’euros, soit 152,6 % du PIB. Une situation tellement grave que « les médias grecs ont été invités à se taire sur la non viabilité de la dette ». L’Italie est à 127,3%, le Portugal à 120,3% et l’Irlande à 117% selon Eurostat.

Le cas typique des États-Unis qui vivent à crédit

L’effondrement du dollar et de l’euro et comment en profiter de James Turk explique bien comment la manipulation du dollar – argent-dette par excellence – a conduit le pays à s’endetter de façon exponentielle.

Avec un gouvernement qui ne cesse de croître, des ménages qui vivent largement au-dessus de leurs moyens (à crédit), des produits dérivés financiers opaques, la dette totale des États-Unis est devenue vertigineuse. Depuis les années 70, les emprunts ne sont plus proportionnels à la richesse créée.

Qui a dit non à la dette ?

Dans certains cas, il peut y avoir annulation de dette dite odieuse, notamment lorsqu’un pays l’a héritée d’un régime dictatorial. Actuellement par exemple, il est question d’annuler la dette de la Tunisie laissée par Ben Ali. Comme l’explique ce blog, la « dette constitue, depuis la seconde moitié du 19ème siècle, la pierre angulaire de la domination étrangère en Tunisie ». C’est dit, la dette est un moyen de coercition, une façon d’asseoir sa domination quand on est créancier…

La situation de notre proche voisin irlandais ne peut que donner raison à ces propos. L’Irlande et la BCE n’arrivent pas à trouver un accord permettant au pays d’éviter de « payer chaque année un coûteux service de la dette lié à de l’argent emprunté en 2008 par Dublin pour sauver Anglo Irish Bank de la faillite ». On ne rigole pas avec les créanciers et cela en dit long sur la dette comme joug et moyen de coercition sur un pays.

Comment venir à bout de la dette ? En l’annulant, en refusant tout simplement de payer ses créanciers. C’est ce qu’a ordonné de faire – ou du moins de ne pas faire – le président de l’Équateur Rafael Correa en 2008. Le président équatorien a décrété que son pays n’honorerait pas une partie de sa dette (39% appartenant à des investisseurs étrangers) qu’il trouvait « illégitime, malhonnête et illégale ». Pour lui, ces mêmes institutions financières détentrices des obligations d’État sont en partie responsables du creusement de la dette équatorienne dans la mesure où elles spéculent sur son dos.

Contrairement à la Grèce, l’Équateur s’est auto-déclaré en défaut de paiement. Rappel des faits : en 2007 le gouvernement équatorien constitue la Commission pour l’audit complet du crédit public (CAIC) qui estima que « la dette commerciale extérieure avait servi de mécanisme illégitime et illégal de pillage entre 1976 et 2006, la dette passant de 16 millions de dollars en 1976 à 4,2 milliards en 2006, malgré un remboursement net, sur un période de trente ans, de 7,1 milliards de dollars sur le principal et les intérêts cumulés », explique l’article. Une dette jugée illégitime et donc irrecevable pour le pays.

Plus récemment, dans le cas de la Côte d’Ivoire, c’est le principal créancier du pays, la France, qui a décidé d’annuler la dette de 3 milliards d’euros.

Parfois, c’est le pays lui-même qui décide de se mettre en défaut de paiement et s’auto-déclare inapte à payer ses dettes. C’est le cas très récent de la Russie après la crise de 1998. La Russie qui se déclarait un pays pauvre est soudain devenue un pays riche, après son « désendettement miracle ». Le petit souci c’est que la Russie a décidé de ne pas payer ses dettes, sans que ses créanciers n’aient aucun recours. La Russie serait encore en défaut de paiement sur 80 milliards de $US d’obligations souscrites avant 1917, notamment par des épargnants Français. « La Russie n’a versé que 400 millions de $US en 1999. Il est impossible de faire confiance à un pays qui fait défaut sur sa dette et refuse par la suite unilatéralement tout contact avec ses créditeurs », déclare cette investisseuse française sur un forum de « pigeonnés ».

Et puis il y a les pays qui ont fait faillite comme l’Argentine et qui sont à nouveau solvables, et dont on réclame l’argent dû, menaçant le pays de replonger dans la crise. Merci les fonds spéculatifs !

Et la Grèce ?

Avec une dette de 152,6% de son PIB et malgré les multiples plans de sauvetage, la Grèce est clairement en situation de défaut de paiement. Selon le FMI, « la dette du pays n’est pas viable sans aide accrue ». Il ne faut pas être un grand économiste pour comprendre cela. Impossible pour la troïka de laisser tomber la Grèce, même si cela coûte « les yeux de la dette », par peur d’un probable effet domino. Cette solution d’aide ne pourra hélas pas être appliquée aux poids lourds économiques en difficulté de la zone euro, désormais gangrénée par la dette. Mieux vaut laisser sombrer lentement le bateau euro ? La fin nous le dira, mais si l’argent créé ex nihilo peut en partie éponger des dettes d’État de façon artificielle, il ne pourra pas créer de croissance, ni d’économie réelle.

La fin du standard or à l’origine de la dette

Pour le Professeur d’économie Antal Fekete dans Le retour au standard or, la crise financière actuelle est causée par la fin du standard or décidé par Nixon en 1971. La fin de la monnaie reposant sur un actif tangible marque le début de l’argent fictif à volonté (la monnaie papier) et par-là même, la création de la dette infinie.

Et ce n’est pas en créant de l’argent à l’infini que l’on va générer de la croissance, comme le souligne Pierre Leconte, auteur du blog Forum monétaire de Genève. « Une politique dite « de relance » par la distribution de revenus artificiels financés par la dette publique ne les [NDLR : les agents économiques, « nous »] poussera pas à consommer, mais plutôt à économiser en prévision d’une hausse future de leurs impôts (…) ».

L’or paie toujours ses dettes, l’or paie comptant

Si l’on peut « étirer » une monnaie à l’infini et lui faire perdre de son épaisseur – de sa valeur – il n’en est pas de même pour l’or, aussi ductile soit-il ! L’or n’est pas une mesure élastique, un gramme d’or reste une unité de compte qui ne change pas, au même titre qu’un pouce ou un centimètre. Ce qui fait que, même si l’on peut à court terme manipuler son cours, on ne peut pas tricher avec les réserves d’or comme avec l’argent papier (que l’on peut créer à l’infini). Le problème est que si votre compte en banque est contaminé par de la « mauvaise dette », votre compte lui-même peut en souffrir et vos comptes libellés en devises prendre un sérieux coup (coût) dans l’aile, chose qui ne peut pas arriver avec l’or, actif tangible. Enfin, les fondamentaux de l’or sont toujours positifs, quelles que soient les périodes de prospérité ou d’austérité que le métal traverse. Face à la dette publique et aux dépenses d’État contre lesquelles il est impossible d’agir au niveau individuel, la seule solution est de déplacer son épargne dans un actif autre qu’une devise (or, immobilier, terre agricole…) et hors-circuit bancaire.


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