Les biocarburants : une prise de conscience tardive

Depuis quelques années les critiques à l’égard des politiques favorisant la production de biocarburants se sont faites de plus en plus nombreuses.

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Les biocarburants : une prise de conscience tardive

Publié le 2 février 2013
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Depuis quelques années, les critiques à l’égard des politiques favorisant la production de biocarburants se sont faites de plus en plus nombreuses.

Par Marian Eabrasu.
Un article de l’Institut économique Molinari.

Après des dizaines d’années de politiques favorables, les biocarburants reçoivent désormais une presse défavorable. La décision politique dans le cadre du Grenelle de l’environnent de parler d’agro-carburants à la place des biocarburants précédemment invoqués est symptomatique de la disgrâce de ce produit, ancienne  vache sacrée des environnementalistes pour reprendre les mots de Michal L. Rosenoer, un analyste de l’association Les Amis de la Terre.

En remplaçant le préfixe bio, chargé dans l’imaginaire de nombreuses personnes de connotations positives, et désormais uniquement réservé aux produits issus de l’agriculture sans pesticides, on souhaite signifier que les biocarburants ne possèdent pas les vertus environnementales qui leur avaient longtemps été attribuées. En effet, depuis quelques années, les critiques à l’égard des politiques favorisant la production de biocarburants se sont faites de plus en plus nombreuses. Le grand public commence à prendre conscience de leurs effets néfastes sur le plan social autant qu’environnemental.

Par biocarburants ou agro-carburants on fait principalement référence à deux types de produits. D’un côté, le biodiesel (appelé aussi biogazole) est un carburant biodégradable pour les moteurs à allumage par compression, qui peut être fabriqué à partir de différentes espèces végétales oléifères comme le jatropha, le palmier à huile, le tournesol, le colza, ou encore le ricin. Le bioéthanol (en mesure de remplacer partiellement ou totalement l’essence) est quant à lui obtenu par fermentation de sucres à partir de différentes plantes comme la canne à sucre, le maïs, la betterave ou encore le blé.

À ces deux types de carburants s’ajoutent les biocarburants dits de deuxième génération (comme l’éthanol cellulosique, fabriqué à partir de déchets agricoles et ligneux comme la paille de blé, la canne à sucre ou encore le maïs) et de troisième génération (comme l’algocarburant, obtenu à partir d’algues et qui, pour l’heure, reste peu compétitif compte tenu de son prix dissuasif, aux alentours de 10 euros hors taxes par litre de combustible).

Les principaux producteurs d’éthanol sont actuellement les États-Unis, le Brésil et la Chine, tandis que les principaux producteurs de biodiesel sont issus de l’Union européenne (85 % de la production mondiale) : l’Allemagne (53 % de la production européenne), la France (16 % de la production européenne) et l’Italie (12 % de la production européenne). En termes globaux, presque la moitié de la production globale de biocarburants vient des États-Unis (éthanol à partir du maïs), 25 % du Brésil (éthanol à partir du sucre de canne) et 18 % de l’Union européenne (biodiesel à partir du colza).

Une prise de conscience a eu lieu avec les crises alimentaires de 2008, lorsque l’indice des prix des denrées alimentaires réalisé par la FAO (l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) a augmenté de 139 à 219 (entre février 2007 et février 2008), reflétant une augmentation significative dans la plupart des pays des prix du blé, du maïs et du soja. La même année, l’Agence européenne de l’environnement produisait un rapport soulignant la pression exercée sur les terres agricoles et les sources d’eau. L’augmentation des terres agricoles contribue en effet à la déforestation (ce qui en fin de compte rend le bilan carbone des biocarburants beaucoup plus mitigé) et diminue les nappes phréatiques.

Les effets de la production des biocarburants sont certainement complexes, voire impossibles à décrire en détails dans la mesure où personne ne saurait reproduire exactement les choix des entrepreneurs et des consommateurs si la production des biocarburants était plus faible. Il est toutefois certain que cette augmentation artificiellement stimulée dans les années 1990 et 2000 a sensiblement modifié la structure de production agricole.

Il est crucial de comprendre que ce qui est nuisible n’est pas le produit en tant que tel, mais les politiques ayant encouragé une surproduction détournant ainsi des ressources alimentaires et des terrains qui auraient pu être utilisés à d’autres fins.


Sur le web. Publié initialement par 24hGold.

Essence, biocarburants et régions.

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  • Bien comprendre qu’on paye pour, avec une comme résultat un baisse du pouvoir d’achat :

    http://www.contrepoints.org/2011/03/10/16431-hausse-de-lessence-biocarburants-et-regions

  • C’est une aberration de cultiver pour fabriquer un carburant. Par contre recycler les déchets ménagers peut être doublement utile (épluchures, légumes, viande etc…). Inventé au départ dans « retour dans le futur », ce procédé est utilisé pour fabriquer du méthane et les résidus sont ensuite utilisés comme engrais par les agriculteurs. On pourrais souhaité le retour des plantations de chanvre dont la matière première est valorisable jusqu’à la dernière miette. Et enfin continuer sur la recherche de méthodes complémentaires de créer du carburant bio : les fabriques de papier recyclent les déchets en carburants (Suède) et crée du bon diesel ! Il y a un site BMW qui utilise des émanations de méthane d’un ancienne décharge pour fournir les besoins énergétiques de son site. Il existe une tonne d’exemple qui prouve que l’on peut concilier écologie et économie. Le seul frein est la bonne volonté, ni l’intelligence, ni l’argent, ni le manque de matière première. Et je ne pense pas que cela soit un problème de politique rouge/vert/bleu. Nous sommes tous égaux lorsqu’il s’agit de progrès pouvant apporter un plus à l’humain : qualité de vie, progrès technique, recherche, respect de l’environnement. La recherche sur les OGM devrait aussi être développée afin de ne pas se faire larguer par les autres pays. En gros tout reste à faire et la seule limitation que l’on peut trouver c’est les préjugés quant à l’intérêt économique de la chose. Avons nous une croissance économique qu’il faut continuer à booster façon socialiste ou alors pouvons nous penser un système plus qualitatif centré sur la recherche et le développement, l’investissement et le progrès humain et économique à la fois…ou peut être que l’on en a plus les moyens ! à voir….

    • c’est non seulement une aberration, mais c’est surtout non rentable sans subventions: l’exemple de l’ethanol a base de mais au USA, et un cas d’ecole.
      pour cultiver du mais, il faut enormement … de petrole !! le mais est en effet exigent en travail du sol, en engrai azoté, et en transport ( faible valeur au kg en comparaison avec des oleagineux , ou des proteagineux, et souvent recolté tres humide ! ). trois activité, qui exigent beaucoup d’energie fossile. cultiver du mais pour faire du carburant, c’est le serpent qui ce mord la queue: le bilan energetique est catastrophique.
      seules les plantes perennes ( canne a sucre, palmier a huile) peuvent pretendre produire du carburant a un cout competitif .
      une solution de compromis pourrait etre l’agroforesterie: les chinois ont plantés depuis 30 ans, un arbre remarquable, sur des millions d’hectare: le paulownia. ce dernier pousse trs vite et est compatible avec les culture annuel, jusqu’a une certaine densité ( il fait peu de concurence, et ses feuilles font un fourrage et un engrai vert excelent ) . les grumes sont exploitable au bout de 10 ans, par l’industrie, et les houppiers peuvent faire une source de biomasse pour d’eventuels carburants de 2ieme generation.
      le système peut etre reproduit sous les tropiques, avec des palmiers a huile intercalés avec des cultures annuelles ( mais, soja …) ainsi, il y a une plus faible concurence entre les cultures alimentaire et energetique.
      en france, les lobby cerealiers s’echinent a promouvoir l’ethanol de betterave, et le diester issu du colza et du tournesol, culture dont les prix se sont envoler l’année dernière.

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