Du beurre néo-zélandais à Cuba ?

imgscan contrepoints 2013393 Cuba

Les importations de l’économie cubaine sont faites en dépit du bon sens. Pour profiter à quelques oligarques du régime communiste ?

Les importations de l’économie cubaine sont faites en dépit du bon sens. Pour profiter à quelques oligarques du régime communiste ?

Par Yoani Sánchez, depuis La Havane, Cuba.

Le poulet vient du Canada, l’étiquette du sel indique qu’il provient du Chili, le mojo créole est « made in USA » et le sucre est du Brésil. Une petite vache hollandaise est peinte sur le tetra pack de lait, le jus de citron a été préparé au Mexique et les hamburgers annoncent en grosses lettres qu’ils sont « cent pour cent bœuf d’Argentine ». Sur l’emballage du fromage, il est précisé que c’est du gouda en provenance d’Allemagne, des caractères chinois expliquent l’origine des biscuits, tandis que le riz a été cultivé dans les terres humides du Vietnam. L’étranger nous submerge !

C’est pourquoi j’ai demandé à une amie économiste pourquoi le beurre de la boutique du quartier voyageait depuis la Nouvelle Zélande. « Ne peut-on pas produire nous-mêmes un aliment aussi basique ? » et j’ai insisté : « Sinon, n’y a-t-il un endroit plus proche d’où le faire venir ? ». La jeune diplômée de l’Université de La Havane m’a répondu avec l’expression qui sert de titre à une émission humoristique : « Laisse-moi te raconter… ». Et elle m’a expliqué qu’à la fin de ses études, on l’avait affectée pour effectuer son Service Social, dans un service rattaché au Ministère de l’Industrie Alimentaire. Elle avait tout de suite noté les grosses factures de fret payées pour transporter des marchandises de pays éloignés. Le directeur lui avait alors apporté une liste de ces factures parmi lesquelles figurait le lait en poudre importé d’un lointain pays d’Océanie. L’homme s’était raclé la gorge avant de lui  expliquer : « Ne te mêle pas de ça car il paraîtrait que cette fabrique est la propriété d’un hiérarque cubain ».

Cela ne me surprendrait pas que des individus bien positionnés dans les arcanes du pouvoir de cette île possèdent sous des noms d’emprunt des industries à l’étranger. Il en résulterait qu’en plus, chose tout aussi inacceptable, on privilégierait l’importation depuis ces entreprises de préférence à d’autres plus proches et meilleur marché. Si bien qu’une partie de l’argent des coffres nationaux finirait dans les poches de quelques-uns, également nationaux, ceux-là mêmes qui décident où acheter. Comme si un habile illusionniste faisait passer sans qu’on le voit une liasse de billets de sa main gauche vers sa main droite. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles certaines marques, vraiment mauvaises et aux prix exorbitants occupent les rayons de certaines boutiques. Le vieux truc consistant à acheter à soi-même, entraînerait le pays dans des dépenses excessives qui asphyxieraient les produits nationaux de meilleure qualité et moins chers.

Je sais bien cher lecteur que ceci n’est peut-être que le fruit d’une grande paranoïa de mon amie… et de moi-même, mais j’ai l’espoir qu’un jour on saura, tout se saura.


Sur le web – Traduit par Jean-Claude Marouby