Comment Hollande perd la France

François Hollande ne cesse de répéter que 2013 sera l’année de la « lutte contre le chômage » tout en créant les conditions objectives de son aggravation.

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Comment Hollande perd la France

Publié le 12 janvier 2013
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François Hollande ne cesse de répéter que 2013 sera l’année de la « lutte contre le chômage », tout en créant les conditions objectives de son aggravation.

Par Guy Sorman.

L’Espagne et la France offrent actuellement deux leçons d’économie contradictoires qui devraient s’inscrire l’une et l’autre dans les annales de cette science. Du côté espagnol, nous constatons un effort réel et clair pour restaurer les conditions de la compétitivité des entreprises. Si le gouvernement espagnol persiste, et si le peuple espagnol ne perd pas patience, l’économie espagnole devrait à terme retrouver la croissance et l’emploi. En France, c’est l’inverse qui se produit. Bien que les conditions de départ fussent bien meilleures que celles de l’Espagne, avec une dette publique moins élevée, des taux d’intérêt plus bas et une gamme d’entreprises de niveau mondial, la politique économique de François Hollande plonge le pays dans la récession et le chômage. Ce destin dramatique n’était pas nécessaire, il n’est pas l’héritage de Nicolas Sarkozy mais le témoignage d’une incompréhension totale chez les dirigeants socialistes français des principes élémentaires de l’économie réelle.

Quand Hollande fut élu, en mai 2012, certains ont cru à droite comme à gauche (dont moi-même, je l’avoue) que Hollande serait comme on le disait à l’époque le Schroeder français : celui qui, parce que de gauche, mènerait à bien les modernisations nécessaires comme la flexibilité du marché du travail et la réduction des dépenses publiques. Hélas ! Les socialistes français sont restés socialistes, du modèle le plus archaïque qui soit.

Ainsi le gouvernement s’oppose-t-il systématiquement à toute fermeture d’entreprise et à tout licenciement, interdisant de fait les innovations et les reclassements de l’investissement comme des salariés. Des entreprises dans le secteur sidérurgique et automobile sont aujourd’hui contraintes de travailler à perte et de produire des pièces détachées qui ne trouveront jamais de débouchés. Comme à la grande époque de la planification soviétique. Pour persuader des entrepreneurs de persévérer, le gouvernement d’un côté menace de nationaliser, et par ailleurs promet des subventions qui seront alimentées par un Fonds d’aide à l’industrie : ce Fonds sera financé par une augmentation de l’impôt sur la consommation. On débat beaucoup en France de l’impôt à 75% sur les revenus supérieurs à un million d’euros par an, mais celui-ci ne concernera que quelques milliers de contribuables à condition qu’ils n’aient pas encore fui vers la Belgique. On parle moins de l’augmentation à 45% du taux marginal qui affectera cette année les cadres et professions libérales et du 1% de TVA supplémentaire qui affecte les pauvres plus que les riches car les pauvres consomment plus, relativement à leurs revenus. Les socialistes, sous couvert de justice sociale et de maintien de l’emploi dans les métiers archaïques, organisent donc l’appauvrissement généralisé des consommateurs, la congélation de l’industrie et l’exil des entrepreneurs.

Et contrairement à l’Espagne, à l’Italie et à la Grèce, le gouvernement français n’a pour l’instant engagé aucune restriction des dépenses publiques. Question de culture sans doute : les socialistes savent augmenter les impôts mais ignorent comment réduire les dépenses de l’État, en grande partie parce que les syndicats de la fonction publique constituent le socle de leur électorat. En conséquence, il ne se crée plus aucun emploi privé en France et même les jeunes diplômés se trouvent au chômage : la spirale récessive est engagée comme conséquence mécanique de choix politiques. Il n’empêche que François Hollande va répéter que 2013 sera l’année de la « lutte contre le chômage » : une expression particulièrement absurde qui laisse croire que l’on peut réduire le chômage par le discours tout en créant les conditions objectives de son aggravation.

À ce seuil d’absurdité, on s’interroge : le gouvernement est-il incompétent ou prisonnier de sa base syndicale ou prépare-t-il les esprits à un revirement stratégique ? Le risque, avant même d’obtenir une réponse à ce mystère, est celui de la révolte. Le taux de chômage qui sera atteint en 2013 n’a pas de précédent historique et la société française n’est pas solidaire comme elle peut l’être en Espagne : quatre millions de chômeurs constituent donc une masse critique susceptible de descendre dans la rue pour renverser non seulement le gouvernement mais, plus encore, la démocratie dévoyée par ce gouvernement-là. Chaque jour, l’imprévisible devient, en France, plus probable.


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  • De plus , les seules petites économies de l’état seront sur les achats externes (commandes aux secteur privé ) . Imaginons -1% du PIB qui se traduiront par près de -2% , toutes choses égales par ailleurs sur l’activité productive. Tant que l’on n’agit pas sur le nombre et le salaire des politiques et de la fonction publique toute baisse du déficit se traduira par une baisse de l’activité privée , sauf rebond inimaginable des exportations.

  • « Quand Hollande fut élu, en mai 2012, certains ont cru à droite comme à gauche (dont moi-même, je l’avoue) que Hollande serait comme on le disait à l’époque le Schroeder français »
    Vraiment ? Des gens ont cru ça ?

  • Un grand article de Guy Sorman!

    • Oui si on veut. La dette privée en espagne a explosée suite aux décisions absurdes de l’état de promouvoir la construction et les énergies dites vertes à tout crin. En revanche, la dette publique espagnole même même si elle dérive dangeureusement se trouve encore très loin de celle de la France. Par ailleurs, les réformes entreprises en Espagne sont dérisoires au regard de la situation du pays, et ne produiront pratiquement aucun effets, ni sur le chômage qui se trouve à un taux astronomique notamment chez les jeunes et les anciens, ni sur la croissance économique, étroitement corrélée à la folie dépensière des hommes de l’état. L’italie , l’Espagne et l’Irelande on effectivement entrepris des mini-réformettes qui amusent la galerie et semblent toutefois rassurer les marchés financiers puisque les taux d’emprunt sont en baisse. Mais à mon avis bien plus parce que Draghi a menacé de sortir la grosse Bertha. Pour ce qui concerne la France, nous avons des socialistes dangereux plus attachés à la mise en place de leur programme qu’à l’observation de celui ci sur la vie des français. C’est à dire qu’en plus d’être notoirement incompétents, ils font preuve d’un cynisme et d’une suffisance qui vont devenir difficilement supportables pour le bon peuple, à mesure que la situation va se dégrader. C’est mon seul point d’accord avec l’auteur.

  • Globalement d’accord mais vous croyez franchement que les gens vont descendre dans la rue et renverser le gouvernement ? Cette litanie, cela fait des années que je l’entend et elle n’a aucune crédibilité. Sous Sarko, il y avait des manifs pratiquement tous les mois et des appels quasi quotidiens à la démission, à la désobéissance, à la sédition, etc. Que s’est-il passé ?

    Les seules personnes capable de foutre la pagaille, on les connait fort bien: les syndiqués rougeâtres type CGT ou Sud, une minorité de fonctionnaires, la SNCF, les routiers et l’ultra-gauche. Vous pensez vraiment qu’ils seront suivis en cas de débordement, qu’ils ont suffisamment de capital-sympathie pour que leur mouvement soit à même de renverser une démocratie ?

    Si un jour, il devait réellement y avoir de gros problèmes, ils viendraient des banlieues comme en 2005. Pour le reste, le Grand Soir, c’est quelque chose qui restera de l’ordre du fantasme.

    • Oui mais un jour tous les contribuables se retrouveront dans rue pour crier leur ras le bol d’un Etat spoliateur qui ne cesse de les plumer. Timidement se lèvent des mouvements comme « les pigeons » « les moutons » etc.. c’est un début tout à fait prometteur.

      • Je suis peut-être aveugle mais j’ai vu plus de manifestation et de mécontentement affichés pour le mariage gay que pour la sodomie fiscale à l’oeuvre.

  • Les français ne descendront dans la rue que quand ils auront, faim ou froid.
    Le panier de base est toujours plus cher, il va forcément arriver un moment où, les français ne vont plus pouvoir se nourrir normalement. Ce jour là, ils descendront dans la rue en masse, parce que leurs revendications seront les mêmes quelles que soient leurs opinions.

    • Le problème c’est qu’ils vont demander au gouvernement de les aider en taxer les riches et en régulant les marchers ect. La plus part des gens ne comprennent pas qu’il faudrait moins de gouvernement pour les aider pas plus.

  • Tout est dit dans le dernier § – il faudra le ressortir d’ici quelques mois… pas plus, ça va aller vite.

    • En particulier, le chômage n’est pas réparti de façon homogène. malgré les efforts désespérés et coûteux du gouvernement, les jeunes en particulier ceux issues des banlieues sont touchés de plein fouet par la crise. Mollande-Zayrault ne touchant que les conséquences et non les causes, il ne pourront rien y changer de fondamental. Un chômage au delà de 11% voudra donc dire que ces catégories seront touchés à largement plus de 30% par le chômage. cela peut alors créé des foyers de rébellion. Si ces foyers se structurent, des débordements sont bien possibles de façon régulière. la manifestation même spontanée ne sera probablement pas leur genre. Il faudra plutôt s’attendre à des raids de pillage, qui seront en tout point similaire en esprit à la prise de la Bastille …

  • Je crois que la grande fiabilité de la France vient de l’incroyable faible résistance des français à l’impôt. Les français paient tres bien et assez facilement leurs impôts. Si un mouvement organisé laissait entendre qu’ils envisagent de ne plus le faire, si nos prêteurs exterieurs avait un doute, ils se retireraient. Le bateau est plein d’eau mais il flotte encore. Pour lui donner la gite nécessaire, il faudrait peut être bouger de manière coordonnée. Par exemple, que se passerait il si le même mois les français recuperaient leur livret A?
    S’ ils le deplacaient sur un autre support? Ou si mecontents des accords signés par les clowns sociaux, les patrons pigeons ou non licencient l’intégralité des salaries du prives au 1er mars?
    Ok, je sais qu’on est en France et que cela se finira sans doute par du sang. Je propose la prise de Bercy avec quelques têtes sur des piques et un bel incendie on pourrait appeler cela le printemps fiscal et ce serait super telegenique.
    Bon en attendant je retourne bosser parce que dois payer le solde d’IS, l’URSSAF, j’en passe et des meilleurs alors bonne soirée.

    • il suffit de faire la grève de la TVA et autre TIPP …. = freiner au maximum sa consommation suffisamment longtemps

      mais je crois qu’il ne faut pas rêver . Les français sont encore trop nombreux à croire qu’ils ont plus à gagner à la conservation du système qu’à sa destruction .
      ceux qui ne le croient plus s’en vont voir ailleurs

    • Je vous rejoint la dessus « Merci » tous les jours ou je bosse j’entends
      des »on ne peut rien faire c ‘est comme cela », « on paye toujours plus et ce n’est jamais assez..mais que voulez vous, on paye depuis toujours »
      Donc pour le français de base Payer pour toute t n’importe quoi c est normal et en plus il vous dira qu’on ne peut rien y changer..alors pourquoi l’état se priverait il?
      Il faudra attendre que les ventres crient famine pour que les français bougent…et encore j’ai des doutes.

  • D’un autre point de vue, on peut se dire que justement, c’est parce qu’Hollande va dans le mur qu’il faut l’y encourager.

    Si Hollande fait de la rigueur, les socialauds n’auront aucun mal pour accuser la rigueur plutôt que le socialisme d’être à l’origine des difficultés.
    Tant que les Français ne seront pas confrontés à la faillite totale du socialisme, ils y croiront.

  • …. y en a marre les pauvres votent ou votaient comme les autres avant de devenir vraiment pauvres! et si ils votent pour des gens qui leur enfonce la tête sous l’eau…. ben faut qu’ils assument.
    Quand on voit tout ces gens qui sont contre toute réforme des retraites pour les plus nantis (régimes spéciaux) alors que c’est eux qui paient !.
    Demander la suppression du statut de la fonction publique ou l’obligation de la démission des fonctionnaires qui se présentent à une élection et tout les français (presque) seront dans la rue pour soutenir ceux qui mettent le pays dans le gouffre
    De plus, les vrais pauvres doivent surement recevoir plus qu’ils ne versent (par subvention ou dispense de payer loyer,électricité, eau ,etc…)

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