Une partie de Monopoly qui sent le sapin : nos meilleurs vœux, Monsieur le Président

Monsieur le Président, vous souhaitez comprendre pourquoi vos solutions à la crise ne marchent pas : je vous offre une explication simple.

Pour la nouvelle année, Monsieur le Président, toute l’équipe de Contrepoints vous adresse ses meilleurs vœux et espère que vous parviendrez à exaucer le souhait que vous avez récemment formulé de comprendre pourquoi vos solutions à la crise ne fonctionnent pas. Modestement, Monsieur le Président, nous vous proposons d’ailleurs de vous aider dans cette tâche, en vous offrant une explication simple, autour d’une partie de Monopoly.

Par Baptiste Créteur.

Monsieur le Président, vous allez prochainement m’adresser vos vœux, et je viens de remarquer que je ne vous avais pas adressé de cadeau de Noël. Vous n’avez certes pas souhaité Noël aux Français, alors que c’est une si belle célébration de la bonne volonté entre les hommes, mais qu’importe. Votre appel n’est pas passé inaperçu : vous voulez comprendre pourquoi vos mesures anti-crise ne marchent pas, voici une explication qui se veut simple pour que vous et vos ministres puissiez la comprendre. Permettez-moi de vous expliquer pourquoi l’économie n’est pas un jeu de Monopoly. Peut-être cela vous aidera-t-il également à réaliser vos souhaits les plus chers, renouer avec la croissance et permettre à ceux qui le souhaitent de trouver un emploi.

Au Monopoly, les joueurs commencent tous avec la même somme au départ et doivent combiner hasard et stratégie pour être le dernier à tomber en faillite (représenter l’intégralité de l’offre en l’absence de toute demande n’est pas vraiment le genre de succès auquel un entrepreneur aspire). Ils achètent, à partir de ce capital de départ et des gains qu’ils peuvent réaliser ou obtenir par hasard, des biens immobiliers, en cherchant à disposer d’un monopole local pour augmenter les loyers. Ils peuvent mettre en valeur leurs biens en y installant maisons et hôtels, mais la valeur qu’ils génèrent est limitée : au-delà d’un potentiel initial fini (hôtels sur toutes les propriétés, gares et compagnies dans les mains du même joueur), aucune création n’est possible.

Au Monopoly, le monopole local permet d’augmenter les prix, et les joueurs n’ont aucun moyen de substituer une consommation par une autre : non seulement ils sont obligés de consommer, mais en plus ils n’ont pas le choix de leurs consommations. L’offre est limitée, et les alternatives de consommation sont inexistantes.

Dans ces conditions, les joueurs ont pour objectif de devenir le plus riche avec une richesse totale limitée : leurs objectifs individuels sont donc antagonistes et leur enrichissement passe nécessairement in fine par l’appauvrissement des autres. Ce n’est pas le cas dans une économie libre, mais c’est le cas dans l’économie de Monopoly que le collectivisme tend à instaurer.

Dans une économie capitaliste, une offre nouvelle se crée, proposant de meilleurs services pour moins cher. Plus besoin de laisser décider les dés : les consommateurs ont le choix. Inutile de dire que les propriétaires de cases sur le plateau de jeu autrefois en monopole et désormais en concurrence vous sollicitent pour que vous les protégiez : vous protégez ainsi le monopole et empêchez l’amélioration du pouvoir d’achat par l’innovation. Plus simplement, vous faites de l’économie aux possibilités infinies un plateau de jeu fini.

Les monopoles ne sont pas toujours dangereux : tant qu’ils peuvent être remis en question par de potentiels concurrents, ils ne posent pas de problème et la position monopolistique récompense le meilleur. Dans le cas des moteurs de recherche, Google est en quasi-monopole, mais ne fait pas payer ceux qui cherchent. Il ne fait pas non plus payer ceux qui sont cherchés. Il n’impose aucunement de payer pour être référencé : on peut choisir d’être en concurrence avec les autres sites sur le référencement naturel, ou de payer pour apparaître dans les premiers résultats – cette fois encore, en concurrence avec d’autres puisque les mots-clés sont vendus aux enchères. Et tout le monde peut devenir le concurrent de Google ; ce n’est pas simple, parce que Google est très bon et gratuit, mais ça n’en est pas moins possible. Au passage, Monsieur le Président, j’aimerais vous aider à comprendre que taxer Google pour un service de référencement qu’il rend gratuitement à la presse française va le pousser à leur demander de payer pour ce service, et ils quémanderont auprès de vous encore plus de subventions – soit parce qu’ils devront se priver de revenus en ligne, soit parce qu’ils devront payer Google pour continuer à en disposer. En ces temps difficiles, je vous invite, Monsieur le Président, à faire des économies en signant cette pétition pour la fin des subventions à la presse.

Donc, Monsieur le Président, l’économie libre n’est pas un jeu de Monopoly : dans une économie libre, on crée de la richesse chaque jour en innovant, créant, produisant. Les prémices de votre raisonnement collectiviste pourraient se justifier dans un jeu de Monopoly : mieux vaut s’assurer que toute la richesse ne sera pas dans les mains d’un seul ou de quelques-uns, transformant les autres en perpétuelles vaches à lait. Mais votre raisonnement est mauvais : les mesures que vous prenez par crainte que l’économie libre soit une partie de Monopoly la transforment en partie de Monopoly. Vous instituez des monopoles sur de nombreux secteurs, subventionnez les mauvais avec la richesse que vous prélevez aux bons – aussi bien au sein d’un secteur qu’entre les secteurs – et entravez le processus de destruction créatrice, empêchant ainsi la création de richesse. L’économie devient alors un jeu de Monopoly, en pire : le pouvoir de certains joueurs est illimité puisqu’ils peuvent avoir recours à la force.

Monsieur le Président, je suis certain que vous en êtes aussi attristé que moi : non seulement une économie potentiellement libre (donc plus productive et plus juste) se transforme petit à petit en partie de Monopoly, mais en plus, certains trichent. Ils contraignent les autres joueurs à financer leurs projets, détournent des fonds, utilisent l’argent dont ils spolient les autres joueurs pour leur plaisir personnel. Je ne voudrais pas donner foi à des rumeurs ou des articles de journaux subventionnés, mais j’ai le sentiment qu’en plus de favoriser le capitalisme de copinage qui entrave l’économie, donner beaucoup de pouvoir à l’État comme c’est le cas actuellement fait perdre le sens des réalités à certains, qui versent des subventions aux associations qui leur bénéficient directement ou des rémunérations et primes élevées à leurs collaborateurs et à eux-mêmes tout en exigeant des sacrifices de ceux qui les financent par l’impôt.

Monsieur le Président, j’espère vous avoir aidé à comprendre que vos solutions à la crise ne marchent pas parce que l’intervention de l’État dans l’économie la transforme en une mauvaise partie de Monopoly. Ça ne marche pas parce que vos solutions à des problèmes fictifs reviennent à faire naître ces problèmes et en entretenir les causes.

Si vous avez besoin de comprendre autre chose, vous pouvez vous adresser à la rédaction de Contrepoints, qui transmettra. Vous comprendrez que je ne vous offre pas le plateau de jeu qui vous permettrait de jouer au Monopoly avec vos amis : je ne voudrais pas que vous y preniez goût. Si vous décidez de faire un cadeau aux Français – mais ça m’étonnerait, puisque vous ne leur avez pas souhaité un joyeux Noël et avez plutôt tendance à leur demander des sacrifices – offrez leur une vraie économie dans laquelle tous puissent prospérer en fonction de leurs aptitudes et non de leur proximité avec le pouvoir, dans laquelle ils échangeraient valeur contre valeur plutôt que faveur contre faveur, dans laquelle ils vivraient ensemble sur la base du consentement mutuel plutôt que de la contrainte. Non seulement ils seront plus heureux, mais vous aurez, en plus, moins de travail – à l’inverse des Français, qui pourraient en trouver un. Non pas que le travail se partage, comme vous semblez le penser, mais parce que, comme je vous l’ai dit, l’intervention de l’État dans l’économie est un fléau, et vous êtes le chef de l’État.