Racisme anti-blanc (3) : négation universitaire du phénomène

imgscan contrepoints 2224 racisme anti-blanc

Quelle est la réalité du racisme anti-blanc ? N’est-il qu’une réaction à un racisme préalable ?

Quelle est la réalité du racisme anti-blanc ? N’est-il qu’une réaction à un racisme préalable ?

Par Domi.

En utilisant récemment l’expression « racisme anti-blanc », Jean-François Copé a suscité un grand nombre de commentaires. Pour les uns, il dénonçait un phénomène impossible à nier. Pour les autres, l’expression risquait de minimiser le « vrai racisme », celui dont les blancs sont les auteurs, voire de le justifier.

Un article du Monde, écrit par Élise Vincent (week-end du 27 octobre, supplément culture et idées) faisant le point sur cette question, le phénomène sera décrit en commentant cet article.

Pour cela, deux méthodes de mesure de l’importance du racisme anti-blanc seront utilisées :

  • à partir du ressenti des victimes supposées (premier article),
  • en nous intéressant à la négation du racisme anti-blanc par l’université (articles 2, 3 et 4).

Selon Le Monde, parmi les chercheurs spécialistes du sujet, seul Pierre-André Taguieff reconnaît l’existence d’un racisme anti-blanc de nature comparable au racisme venant des blancs.

Les arguments des chercheurs niant la réalité/la signification du racisme anti-blanc ont été regroupés en trois catégories :

  • Le racisme anti-blanc n’est pas du racisme car il n’y a pas d’idéologie derrière (article 2),
  • Le racisme anti-blanc n’est pas du racisme car il s’agit tout au plus d’une réaction à un racisme préalable (article 3, le présent article),
  • Le racisme anti-blanc n’est pas du racisme car il ne s’agit pas d’un système de domination économique (article 4, dernier article).

L’auteur de l’article original utilise fréquemment la technique consistant à former des phrases traduisant la pensée des universitaires qu’elle a interrogés en précisant avec des guillemets quels mots viennent de leur bouche. Pour ne pas utiliser une double série de guillemets je les emploierai pour la phrase issue de l’article et soulignerai les mots utilisés par les universitaires.

Je supposerai pour le reste que la journaliste a correctement traduit la pensée des universitaires qu’elle tente d’exprimer et a fait une synthèse juste de la doctrine universitaire dans ce domaine.

Le racisme de réaction

Christelle Hammel (coauteur d’une étude non finalisée sur le racisme) :

 Il peut s’agir dans beaucoup de cas d’un « racisme de réaction ».

Elle ajoute :

En France ce n’est pas pareil de dire sale blanc car sale blanc peut vouloir dire « sale raciste ».

Christine Delphy (sociologue et directrice de recherche émérite au CNRS) :

Les chansons virulentes des rappeurs, accusés d’être racistes contre les « natifs » n’expriment donc que révolte et exaspération.

L’argument utilisé « il ne s’agit pas de racisme puisqu’il s’agit d’une réaction à un racisme préalable » ne nous parait pas solide.

Tout d’abord, les deux notions ne sont nullement incompatibles et il est possible de réagir de manière raciste à du racisme. Une personne présumant le racisme de toute personne appartenant à un groupe ethnique donné serait elle-même raciste. Un juif, dont les parents seraient morts en déportation pendant la guerre et qui vouerait une haine systématique à tous les Allemands, serait objectivement xénophobe et la difficulté à apprécier la gravité de son comportement ne changerait pas sa qualification. Un crime reste un crime même si son auteur bénéficie de circonstances atténuantes.

Ensuite, il est douteux que ces sociologues aient correctement mis en évidence les intentions des auteurs de tels propos. Quittons ici la question de la qualification de racisme pour la question de la gravité des différents racismes sur le plan des intentions.

L’interprétation qui se dégage du discours des auteurs cités est que  les réactions agressives de certaines personnes issues des minorités, réactions caractérisées par le « sentiment » de défendre leurs droits face au racisme, différeraient du racisme « traditionnel ». Cela impliquerait que le raciste traditionnel n’ait pas le sentiment d’être dans son droit. Pourtant, bien des argumentaires hostiles à l’immigration qui seraient vus comme racistes par Mme Delphy ou Hammel consistent à justifier le bon droit des Français dans leur hostilité aux immigrés. De manière générale, il est difficile de concevoir des revendications politiques dont l’auteur perçoit clairement qu’elles ne sont pas justifiées.

Entre ces deux catégories d’action, celles dont l’auteur croit à tort à son bon droit et celles dont l’auteur comprend qu’elles ne sont pas justifiées, il en existe d’autres.

Ainsi d’une personne niant radicalement l’existence de toute forme de morale ou droit.

De même, la distinction précédente est inapplicable aux violences que les dealers, chefs de gangs ou chefs mafieux exercent à l’encontre de leurs concurrents. Les criminels sont alors dans une logique animale du type, « c’est lui ou moi » ou « tuer ou être tué », réaction émotionnelle qui est le pendant de la rationalisation précédente et qu’il n’est pas possible de ranger dans l’une des catégories évoquées plus haut.

Les sentiments associés à cette dernière attitude sont cependant assez proches de celui qui rationalise et justifie son hostilité. La perception d’un conflit d’intérêt produit des stéréotypes qui constituent pour celui qui les adopte le début d’une justification.

Il me semble que les différentes formes de racismes sont à situer entre la réaction du criminel face à un concurrent et la rationalisation argumentée qui peut l’accompagner. Le racisme anti-blanc diffère-t-il vraiment sur ce point ?

Une dernière objection pourrait être formulée. Si la manière dont les racistes de tout bord justifient leurs sentiments est comparable, au moins l’agression subie au départ par les minorités est réelle. Si les rappeurs qui crient leur haine de la France et leur public sont racistes, n’est-il pas vrai que ce racisme a été causé par le racisme des Français ?

Néanmoins, nous n’entrerons pas dans un débat insoluble consistant à savoir quel racisme pourrait être à l’origine de l’autre.

Nous pouvons nous demander si le racisme subi par les minorités (incontestable) est vraiment la cause de l’agressivité de certains de leurs membres.

Il existe des arguments en ce sens mais également en sens inverse. Les jeunes asiatiques dont le niveau de racisme ressenti est assez proche des jeunes noirs (53% déclarent avoir été victimes d’au moins un acte raciste contre 60%) réagissent de manière différente à des contraintes proches. Cela ne signifie pas que le racisme subi ne favorise une réaction agressive mais une telle explication reste insuffisante.

—-
À suivre ici.

Lire aussi :