Bastiat & le président anaphorique

Pourquoi la gauche est nocive et utilise des mythes pour avancer à pas masqués.

Lettre à mes amis français : pourquoi la gauche est nocive et utilise des mythes pour avancer à pas masqués.

Par Philippe Bouchat, depuis la Belgique.

Considérations générales

Frédéric Bastiat [1] – économiste français du XIXème siècle hélas bien plus connu aux USA et au Royaume-Uni qu’en France – avait l’habitude de dire :

Quand on s’attribue le mérite de tout le bien qui arrive, on encourt la responsabilité de tout le mal qui survient. Faut-il s’étonner que le peuple ait fini par croire que le bien-être lui venait d’en haut comme une manne céleste, et qu’il tourne maintenant ses regards vers les régions du pouvoir ? Ces espérances déçues seront la fatalité de la République.

Cette phrase permet de comprendre pourquoi le fossé entre l’individu et ses représentants va toujours croissant : à force d’affirmer que le volontarisme pouvait créer les conditions du bonheur, le monde politique a fait croire aux individus qu’il suffisait de revendiquer auprès de lui pour améliorer son sort.  Or, l’expérience montre qu’il n’en est rien !  À chaque espérance succède la désillusion.

Bastiat, pour expliquer ce phénomène, opère la distinction entre l’École économiste et l’École sociétaire.

L’École sociétaire – celle de la contrainte légale et de l’argent public comme moyen – prétend réaliser le bien-être du peuple par la voie directe, en augmentant le bien-être des masses, c’est-à-dire par l’accroissement de leurs consommations tout en diminuant leur travail. Comment ? En confisquant, par la voie fiscale, toute propriété à mesure qu’elle se forme. Or, on ne travaille pas seulement pour vivre au jour le jour. Parmi les stimulants du travail, le plus puissant peut-être, c’est l’espoir d’acquérir quelque chose pour ses vieux jours, d’établir ses enfants, d’améliorer le sort de la famille. Mais si vous arrangez votre système financier de telle sorte que toute propriété soit confisquée au fur et à mesure de sa formation, alors, nul n’étant intéressé ni au travail ni à l’épargne, le capital ne se formera pas ; il décroîtra avec rapidité, si même il ne déserte pas subitement à l’étranger [2].

Au contraire, l’École économiste – celle de la Liberté – demande qu’après avoir payé au gouvernement ce qui est indispensable pour maintenir la sécurité intérieure et extérieure, pour réprimer les fraudes, les délits et les crimes, et pour subvenir aux grands travaux d’utilité nationale, le peuple garde le reste pour lui.

Les tenants de l’École sociétaire sont faciles à identifier. Les socialistes, communistes, écologistes, bref tout ce que compte la gauche en fait partie. Sur bien des aspects, la droite conservatrice en fait également partie. Hayek parlait d’ailleurs des socialistes de tous les partis pour désigner les collectivistes (Hayek parlait de « planistes ») de gauche et de droite.

Les tenants de l’École économiste sont les libéraux dans l’acception authentique du terme, classique du XVIIIème siècle, soit aujourd’hui, en France, les quelques partisans d’Alain Madelin et quelques rares cadors de la droite.

Cette large digression permet déjà de mettre en lumière le mal français (largement transposable dans d’autres pays) : le volontarisme dirigiste s’appuyant sur la contrainte légale et le recours massif à l’argent public comme moyen.

Ainsi, à titre d’exemple, quand Sarkozy propose les accords compétitivité-emploi dans les entreprises pour permettre aux salariés de directement négocier avec leur direction leurs salaires et nombre d’heures travaillées, le candidat socialiste, devenu entretemps président, rétorque que cette mesure n’est pas bonne « parce qu’elle met à mal le caractère légal du nombre d’heures travaillées ». Hollande s’affiche clairement comme étant plus « sociétaire » que Sarkozy (pour reprendre la terminologie de Bastiat).

Ne serait-ce donc que sur base de cette seule considération générale, on peut déjà en inférer que Hollande est nocif pour la République.

Mais allons plus en avant dans l’analyse.

Considérations particulières [3]

« Moi Président ». Reprenons l’anaphore prétendument improvisée d’Hollande lors du débat TV avec l’ancien président Sarkozy. Qu’est-il arrivé depuis son accession à la magistrature suprême ?

  • Fuite des capitaux et des grosses fortunes (notamment vers la Suisse et la Belgique), ce qui entraîne une diminution des recettes fiscales et des investissements.
  • Aggravation du taux de prélèvement obligatoire global, ce qui prive les individus et les entreprises de moyens.
  • La peur du lendemain met la pression sur les dépenses : en effet, l’épargne augmente sans être consommée. L’épargne n’est donc plus un levier de croissance, ce qui signifie que, pour repartir à la hausse, la croissance devra être arrachée à l’exportation. OR le prétendu choc fiscal de 20 milliards sera octroyé, sous forme de crédit d’impôts à tous les secteurs, diminuant ainsi l’impact sur les secteurs exposés à la concurrence internationale.
  • Augmentation de la fonction publique de 61.000 unités et donc de l’endettement pour les payer (non pas sur 5 ans comme il le prétend mais pendant 40 ans !). Il convient de rappeler que, pendant l’ère de Mitterrand, le nombre de fonctionnaires a crû de 1.200.000 unités ! Quant aux RTT, elles sont passées, en moyenne, à 3 semaines, de sorte que le nombre de semaines légales de congés s’élève à 8 (5 semaines de vacances + 3 RTT) alors que la moyenne européenne est à 4 ! En outre, le ratio fonctionnaires/population active est de 12% en Allemagne et en UK, alors qu’il est de 21% en Grèce et en France, rognant ainsi le secteur privé.
  • Décision de fermer une centrale nucléaire durant son quinquennat (Fessenheim), alors que l’Autorité de sécurité nucléaire l’estime sûre, de diminuer la part du nucléaire à 50% de la production d’électricité et de confirmer le moratoire sur l’exploitation du gaz de schiste. Quand on sait que, en 2011, le déficit commercial français était de 75 milliards € (contre un excédent allemand de 121 milliards €) et que, sur ces 75 milliards, les ¾ proviennent de l’importation de produits énergétiques, la situation voulue par la gauche ne peut être décrite que comme irresponsable et nocive pour le pays !
  • Hollande n’a pas encore compris que ce n’est pas le manque de croissance qui explique la persistance du chômage, mais l’enchevêtrement de dispositifs et d’aides multiples et divers, au lieu de réformer en profondeur le marché du travail.
  • En outre, quand on est bénéficiaire du RMI/RSA, on jouit également de 12 aides financières complémentaires différentes qui, lors de la reprise d’un travail, disparaissent, ce qui rend le travail non attractif.
  • La création d’entreprises doit être stimulée, alors que 2/3 ne travaillent pas encore, pas ou plus (40,5 millions de Français sur 65 millions d’habitants). Sur le 1/3 qui travaillent (24,5 millions), seuls 18 millions travaillent dans le privé et participent donc à la création de la richesse : 18 millions sur 65 millions = 28% => 72% vivent aux dépens du privé ! Ce n’est plus suffisant à l’heure de la concurrence effrénée de la mondialisation et aux coûts croissants du vieillissement : il faudrait créer 5 millions d’emplois privés supplémentaires pour y arriver, soit aller arracher la croissance à l’étranger et donc renforcer sa place concurrentielle, accroître la compétitivité de nos entreprises. Or que fait Hollande ? Il ne touche pas aux aides des RMIstes/RSAistes ; il opère une relance keynésienne de la croissance (budgétivore) et crée de nouveaux dispositifs d’aides comme le contrat de génération. Le contraire de ce que le bon sens commande !

On le voit, Hollande et la gauche ne sont pas en mesure de diriger la France ; bien pire, ils sont nocifs pour la 5ème puissance mondiale et, par effet d’entraînement, pour l’Europe.

II faudrait que le peuple de France se réveille, mais il est vrai que la gauche excelle dans l’art des mythes à l’encontre de son rival de droite, allant même jusqu’à masquer ses propres scandales !

Prenons quelques exemples de mythes utilisés par la gauche qui constituent en réalité des mensonges éhontés !

1/ Les cadeaux fiscaux aux riches ? Mensonge ! La France est le seul pays à avoir maintenu l’ISF. Même des pays socialistes l’ont supprimé. En outre, les diminutions des prélèvements sur les plus hauts revenus n’a été qu’un alignement sur les autres pays, afin d’éviter l’exode fiscal.

2/ Les fermetures d’entreprises ? Mensonge ! Fidèle à la théorie schumpétérienne de la destruction créatrice, la France a certes perdu 2.000.000 d’emplois ces dernières années, mais il y a eu autant de créations d’emplois dans d’autres secteurs. Pour être correct, il faut plutôt parler de mutations d’emplois. Sait-on que 60% des emplois qui seront occupés dans 20 ans ne sont pas encore connus aujourd’hui ? En outre dans l’industrie, on est passé d’une moyenne de 20,5 emplois perdus/mois de 1980 à 2002 à une moyenne de 16 emplois perdus/mois de 2002 à 2012. Il est donc faux d’imputer une désindustrialisation à Sarkozy.

3/ La pauvreté du salariat due à la richesse des grands patrons ? Mensonge ! Les 20 plus grandes fortunes de France totalisent une fortune de 115 milliards € en 2011, alors que le patrimoine national, la richesse de tous les Français est estimée à 12.900 milliards €. La richesse des plus riches ne représentent que 0,8% de la richesse nationale.

4/ Des inégalités de salaires croissantes ? Mensonge ! L’INSEE – officine étatique de la gauche pour les statistiques économiques et sociales – affirme que le rapport entre les salaires des 10% les plus riches et ceux de 10% les plus pauvres est de 50 ; bien évidemment l’INSEE oublie de dire que les salaires des plus riches sont présentés avant impôts et redistributions sociales, alors qu’après ces prélèvements, le rapport tombe à… 3,5 ! Ce qui fait dire à l’OCDE (oh la méchante officine de droite) qu’en France les inégalités salariales ont diminué ces 10 dernières années !

Résumons-nous. Hollande et la gauche sont nocifs pour l’économie française. Ils mentent pour diaboliser leur adversaire de droite. Faut-il d’autres arguments pour vous convaincre ?

Oui, je sais, les bien-pensants de la gauche bobo, celle qui incite à manifester, en restant bien au chaud chez elle ou en faisant les fanfarons dans les médias, ces bien-pensants vont vous rétorquer, pensant avoir trouvé l’arme ultime pour vous convaincre de la pertinence de leur action : la droite et Sarkozy n’ont aucune éthique et possèdent de nombreuses casseroles !

Ce faisant, la gauche va jusqu’à oublier ses scandales qui l’empêchent de faire la morale à la droite. Quelques rappels :

  • l’affaire DSK
  • le financement occulte de la fédération PS du Nord-Pas de Calais
  • les écoutes téléphoniques de Mitterrand
  • le Rainbow Warrior
  • Emmanuelli et l’affaire URBA
  • le suicide inexpliqué de Bérégovoy
  • l’éducation de Mazarine aux frais du contribuable français
  • la zone d’ombre de Mitterrand sous Vichy

Voilà, amis Français, dîtes-vous bien que Hollande président, c’est une politique économique qui aggrave votre situation quotidienne ; Hollande président, c’est le règne des mythes mensongers ; Hollande président, c’est l’omerta sur les affaires de la gauche !

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Notes :

  1. Source : Frédéric Bastiat, « Funestes illusions », in Journal des économistes (1848) sur www.bastiat.org.
  2. Pour reprendre Sarkozy, lors de son débat contre Hollande le 2 mai 2012, « la différence entre vous et moi, c’est que moi, je veux moins de pauvres et vous moins de riches ».
  3. Source : Yves Bontaz, « Ouvriers, fonctionnaires, chômeurs… Pourquoi ils vont voter Sarkozy. Le cri d’un entrepreneur pour éviter la faillite et relancer l’économie. », Laffont Presse, mars 2012.