Infaillibilité du marché et régulation étatique

Quand l’État intervient directement pour soutenir un secteur économique, il n'est pas régulateur, il est interventionniste. Cet excès de l’État mérite régulation.

Quand l’État intervient directement pour soutenir un secteur économique, il n’est pas régulateur, il est interventionniste. C’est cet excès de l’État qui mériterait régulation.

Par Vladimir Vodarevski.

L’État est présenté comme nécessaire pour tempérer les excès du marché. Ce dernier étant considéré comme étant « dérégulé ». A contrario, l’expression « infaillibilité » des marchés est parfois employée par ceux qui s’opposent à la régulation par l’État.

Le débat est cependant faussé par le vocabulaire. En effet, le marché ne prétend pas à l’infaillibilité. Il est juste un mode de régulation. D’autre part, l’opposition entre l’État et le marché n’est pas systématique. Le marché peut donner une place à l’État. En outre, l’action de l’État, en dehors du marché, n’est pas régulatrice, et appellerait à être régulée justement. L’absence de régulation de l’action de l’État pose par ailleurs la question des buts poursuivis par ce dernier.

Le terme infaillibilité ne correspond pas au fonctionnement de l’économie de marché. Il suppose qu’est atteint un équilibre qui conviendrait à tous. Or, le marché est un processus. Il n’est jamais en équilibre. Il tend vers l’équilibre, mais ce dernier est continuellement perturbé par les actions de chacun.

Le marché est le processus par lequel chacun est libre de proposer un produit ou un service à autrui, à un certain prix. Ensuite, le prix s’ajuste en fonction du succès du produit ou du service. Si un secteur d’activité a du succès, d’autres protagonistes entrent dans ce secteur. A contrario, si un secteur est en perte, les acteurs se retirent.

Le marché est ainsi un processus de régulation, basé sur le responsabilité : chacun est responsable de ses pertes. Ce qui limite les excès. Chacun est prudent sachant qu’un échec entraîne des pertes.

Le fonctionnement du marché nécessite des règles. Il est évident que le non respect de la propriété privée entraîne des déséquilibres. Le vol, la violence, la force pourraient permettre à ceux qui utilisent ces moyens d’acquérir des richesses au détriment d’autrui. Il faut donc un mécanisme pour faire respecter les règles. C’est là que l’État peut agir, en tant qu’appareil de contrainte et de répression, pour reprendre l’expression de Ludwig von Mises. L’État détient le pouvoir de faire respecter des règles. C’est là son pouvoir de régulation, dans le libéralisme.

Par conséquent, l’opposition entre État régulateur et marché n’a pas cours. Dans le cadre du processus de marché, l’État fait respecter les règles qui permettent la régulation. L’opposition existe dans le cadre des théories anarcho-capitalistes, ces dernières s’opposant à l’existence d’un État. Cependant, elles ne s’opposent pas à l’existence de règles ainsi que d’un appareil visant à les faire respecter, qui serait en l’occurrence privé.

L’État peut donc être régulateur dans le cadre du marché, en faisant respecter les règles de fonctionnement du marché. Mais quand l’État intervient directement pour, par exemple, soutenir un secteur économique, il n’est pas régulateur. Il est interventionniste. Et, en l’occurrence, son interventionnisme n’est pas régulé. Les excès de l’État ne sont pas stoppés.

Ainsi, la crise actuelle a pour origine l’interventionnisme de l’État américain et de la Federal Reserve, la banque centrale des États-Unis d’Amérique. Ces deux organismes ont encouragé le crédit. Le gouvernement US a encouragé le crédit hypothécaire, en faisant racheter des prêts accordés à des personnes peu solvables par deux organismes qu’il contrôle, Fanie Mae et Freddy Mac. Il a, de plus, promulgué une loi forçant les banques à prêter sans considération de solvabilité. La Fed, quant à elle, a maintenu les taux d’intérêt bas pour soutenir le crédit. Le résultat a été une croissance du secteur immobilier, qui a créé beaucoup d’emploi. L’emploi a entraîné à son tour la croissance, et a soutenu l’économie. Ce mouvement d’euphorie s’est cependant terminé par une crise.

Cet enchaînement n’a été possible que grâce au pouvoir sans limite, non régulé, de l’État. Aucun garde-fou n’existe actuellement à l’action de l’État.

Se pose également la question des buts de l’État. Ceux qui soutiennent que l’État doit réguler les hypothétiques excès du marché ont une vision très idéaliste de l’État : celui-ci suivrait l’intérêt général. Les libéraux ont une vision plus réaliste de l’être humain. Celui-ci poursuit son propre intérêt, ce qui vaut également pour les politiciens qui nous gouvernent. Ce qui a été développé par l’école des choix publics. L’action de l’État vise donc les objectifs des politiciens qui nous gouvernent : leur réélection, leur clientélisme, une croissance à très court terme. Rien qui concerne l’intérêt général.

En conclusion, la régulation est une notion intégrée au fonctionnement du marché, et qui n’exclut par forcément l’État, mais dans le cadre du marché. Il n’y a donc pas d’opposition marché/régulation, ni forcément marché/État (excepté dans le cas des anarcho-capitalistes). En revanche, quand l’État intervient directement dans l’économie, se pose la question de la régulation de son action et de ses objectifs.

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