Racisme anti-blanc (1) : le ressenti des victimes

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Quelle est la réalité du racisme anti-blanc ? Quelle est son importance ?

Quelle est la réalité du racisme anti-blanc ? Quelle est son importance ?

Par Domi.

En utilisant récemment l’expression « racisme anti-blanc », Jean-François Copé a suscité un grand nombre de commentaires. Pour les uns il dénonçait un phénomène impossible à nier. Pour les autres l’expression risquait de minimiser le « vrai racisme », celui dont les blancs sont les auteurs, voire de le justifier.

Un article du Monde, écrit par Élise Vincent (week-end du 27 octobre, supplément culture et idées) faisant le point sur cette question, le phénomène sera décrit en commentant cet article.

Pour cela, deux méthodes de mesure de l’importance du racisme anti-blanc seront utilisées :

  • à partir du ressenti des victimes supposées (le présent article),
  • en nous intéressant à la négation du racisme anti-blanc par l’université (trois articles à paraître),

Selon une étude non finalisée sur le racisme, conduite sous l’égide de l’Ined, à partir de l’enquête Teo (trajectoire et origine) datant de 2002 et au cours de laquelle 22000 personnes ont été interrogées, 16% des blancs se sont déclarées victimes au moins une fois dans leur vie de racisme (25% de ceux habitants les quartiers populaires, 14% de ceux qui sont extérieurs à ces quartiers).

Que vaut ce chiffre en comparaison des autres formes de racismes ? Est-il important dans l’absolu ?

Comparaison des différentes formes de racisme

Le sondage précisait  également la proportion des personnes originaires d’Afrique noire (50% pour la première génération et 60% pour leurs enfants) et d’Asie du sud-est (35% pour la première génération et 53% pour les enfants) victimes de racisme. Selon Le Monde, les chercheurs en concluent presque unanimement que le racisme anti-blanc est « sans commune mesure » avec ce que subissent les membres des « minorités ».

Pourtant ce n’est pas la seule conclusion à tirer de ces chiffres dans le cadre d’une comparaison des différents racismes.

Admettons que les personnes victimes d’au moins un acte raciste selon le sondage aient toutes été victimes d’un seul acte raciste. Estimons au vu des données précédentes à 50% la proportion des personnes issues des minorités (non européennes) ayant été victimes d’un acte raciste au cours de leur existence. Acceptons que l’ensemble de ces personnes représentent 15% de la population française. Dans ce cas on peut calculer que le racisme anti-minorité a représenté rapporté à la population totale 7,5 cas pour 100 habitants (50% de 15%). Rapporté à la population a priori responsable de ce racisme (la majorité blanche), cela a représenté 7,5 actes de racismes pour 85 personnes soit 8,8 actes pour cent personnes blanches.

Le racisme anti-blanc a représenté de son côté 13,6 actes pour une population globale de cent personnes (16% de 85%). En le rapportant au nombre d’auteurs, issus des minorités, cela équivaut à 13,6 actes pour 15 personnes soit 90,7 actes racistes commis par cent personnes en moyenne.

En conclusion les cas de racisme issus des minorités seraient près de deux fois plus importants que celui provenant de la population majoritaire. Individuellement, les membres des minorités seraient plus de trois fois plus souvent victimes de racisme mais en seraient plus de dix fois plus souvent les auteurs.

Bien sûr un certain nombre des hypothèses admises précédemment sont critiquables. Ainsi la population des victimes comprend des personnes en vie et en France au moment du sondage. À l’inverse, une partie de la population des auteurs a pu décéder, quitter le pays. De même, les différentes catégories ethniques n’ont pas le même âge moyen. Ces éléments ont néanmoins très peu de chances de modifier substantiellement les données qui précédent.

L’hypothèse retenue précédemment dont les conséquences pourraient être les plus importantes sur les conclusions finales est celle qui fait comme si chaque victime ne l’avait été que d’un acte raciste durant toute son existence. À l’évidence, au moins une partie l’aura été de plusieurs. La question est de savoir s’il y a une différence entre blancs et minorités à cet égard. Comme le taux de victime des minorités est bien supérieur, il est presque certains que celles-ci ont subi en moyenne davantage d’actes racistes. Au point de remettre en cause les conclusions précédentes ? Il y a de quoi en douter.

Importance du racisme anti-blanc

On ne réagira pas de la même manière si l’on considère la proportion de blancs victimes d’actes racistes ou la proportion d’actes racistes anti-blanc du fait des minorités.

Le nombre de victimes

Observer que 84% des blancs n’ont été à aucun moment de leur vie victime d’aucun acte raciste invite à relativiser l’importance du racisme anti-blanc. Pour les 16% qui restent, il est probable que la plupart l’ont été d’un acte isolé n’ayant pas entrainé davantage de conséquences (simples insultes). Il reste une petite minorité, dont il est difficile de connaitre l’importance, ayant subi un harcèlement ou une agression unique d’une extrême gravité.

Tout le problème est de donner la juste mesure d’un phénomène faible statistiquement mais dont les conséquences peuvent être graves dans certains cas particuliers.

Une raison de reconsidérer le racisme anti-blanc en dehors de faits divers susceptibles de retenir l’attention est l’importance des réactions qu’il peut susciter sous la forme d’un racisme en retour.

Selon le politologue Pascal Perrineau, le Front National (représentatif d’un fort rejet des minorités) fait ses meilleurs scores dans les départements où les immigrés sont en plus grand nombre. Faut-il y voir seulement la conséquence de la xénophobie des autochtones ou pour partie un racisme en retour, favorisé par le racisme des immigrés ? Bien sûr, si elle était avérée une telle relation entre les racismes peut exister dans les deux sens, le racisme présent dans la société française pouvant favoriser le racisme parmi les minorités.

Aussi, il faut comprendre que le nombre des faits de racismes ne doit pas être exagéré, même ceux subis par les minorités, mais qu’un engrenage de l’hostilité entre les « communautés » reste possible comme le suggèrent les scores électoraux de Marine Le Pen.

Racisme anti-blanc parmi les membres des minorités

Si le racisme anti-blanc est réellement plus fort en proportion parmi les personnes issues des minorités, mérite-t-il d’être dénoncé publiquement ?

Ceux qui s’y opposent répondront que s’intéresser à la proportion d’actes racistes au sein d’une communauté n’offre qu’un point de vue sur la réalité. Ils ajouteront que traiter le racisme à l’échelon de l’individu est seul pertinent alors qu’insister sur une proportion plus ou moins grande de personnes racistes au sein de telle ou telle communauté risquera de stigmatiser les personnes non racistes des communautés où le racisme est le plus fort. Cependant, si le racisme prospère au sein d’une communauté, en faire prendre conscience à tous ses membres, même ceux qui ne le sont pas, n’est-il pas le moyen de le faire cesser ?

C’est là avoir confiance dans la relation entre progrès et énonciation de la vérité. Pourtant, il s’agit d’un domaine où cette énonciation est particulièrement susceptible d’avoir des conséquences défavorables. Alors que la version optimiste verra les minorités prendre conscience des excès du racisme anti-blanc et les blancs mieux se défendre contre lui (en ne donnant pas de fausses excuses à ceux qui en sont les responsables directs), un pessimiste craindra de voir les blancs justifier leur racisme par cet argument et les minorités mises en cause réagir par davantage d’hostilité à l’encontre des blancs.

Pour ma part, si je crois que le thème doit être enserré dans d’étroites limites (relevant de la responsabilité de ceux qui le traitent), en revanche, je ne vois pas en quoi la négation pure et simple du racisme anti-blanc amènerait quelques conséquences positives que ce soit. C’est également le cas de la négation universitaire du phénomène.

À suivre ici