Sauver l’industrie ? Vraiment ?

Quelques mesures pourraient sauver l’industrie française. Mais ne comptez pas sur ce gouvernement pour les appliquer.

Dans une intéressante question posée sur son blog, l’Hérétique cherche à savoir quelles pourraient être les mesures que prendrait un ministre fraîchement nommé à l’Industrie et dont Bercy dépendrait, notamment si celui-ci était libéral pur sucre. Cité dans la liste de ceux dont il voudrait lire la proposition de réponse, je me vois contraint — mais heureux — d’y réfléchir. Je croque donc un champi hallucinogène et je réponds.

champis qui font rirePlaçons nous donc dans l’hypothèse où un ministre solidement libéral et très légèrement inconscient prendrait la place de Moscovici. Il faut bien comprendre que le postulat de base est particulièrement couillu puisque le libéralisme n’a effectivement jamais été tenté en France sur les quarante dernières années, à la parenthèse microscopique, peut-être, de la période Madelin qui fut révolue très vite (on pouffe d’ailleurs à l’idée des baveux gauchistes qui voient l’ultra, le néo ou le turbolibéralisme partout dans la confusion mentale qui préside à ce qui passe pour leurs réflexions et on aimerait qu’ils nous expliquent, s’ils en ont encore les moyens, comment tout le monde peut avoir un discours dominant anti-libéral et voir du libéralisme partout…) Et le postulat va plus loin puisqu’il suppose que ce libéral arriverait à la place d’un Moscovici dont tout indique pourtant qu’il va continuer à glandouiller à Bercy encore de longs mois, pendant que la tempête fera rage. Mais baste, ce n’est pas grave : moyennant quelques psychotropes puissants, poussons l’hypothèse au bout.

Eh bien en réalité, j’ai déjà répondu dans un précédent billet à la question posée : les mesures urgentes à prendre, pour sauver ce qui peut l’être, sont résumées ici, et le titre rappelle que ces mesures ne seront de toutes façons jamais appliquées, la France ayant déjà choisi sa destinée confirmée par les médiocres borborygmes évasifs de Hollande à la présidence.

Et si l’on se concentre sur les mesures immédiates à appliquer dans ce pays de momies, contentons-nous des premières évoquées dans le billet : une libéralisation des domaines les plus encroûtés et une refonte des codes du travail et de la fiscalité.

La libéralisation devra porter sur un maximum de domaines, à commencer par les transports comme l’explique fort bien Vincent Bénard dans un récent billet. Les habituels gauchistes, perdus dans les dédales complexes de leurs pensées foutraques, m’objecteront que cette libéralisation va être horrible car mettre à mal le service public. L’usager des transports collectivistes français sera alors prié d’imaginer pire transports que ceux qui existent actuellement (grèves, retards, services pourris, maintenance foireuse, tarifs prohibitifs ou ridicules et surtout payés par tous les contribuables, qu’ils prennent les transports ou pas). L’usager sera prié de s’accrocher au système existant en refusant catégoriquement l’apparition de taxis libres, plus nombreux et moins chers, de transports de bus et de cars simples et peu coûteux pour des destinations standard actuellement peu ou pas desservies par une SNCF en déficit chronique de tout sauf d’ennuis mécaniques. L’usager, notamment francilien, sera prié de continuer à partir en retard pour arriver à une heure inconnue sur des transports qui puent, sont sales et remplis de resquilleurs, avec le sourire, merci. Et l’usager devra alors imaginer que cette libéralisation sera – évidemment – une malédiction.

Si on libéralise les transports, on devra le faire pour l’énergie, avec, pour rire, une autorisation d’exploitation des gaz de schistes, histoire de faire des trous abominables et très très polluants au milieu de nulle part, ce qui provoquera l’abomination des emplois, la catastrophe de l’indépendance énergétique, l’ignominie d’une expérience exportable dans le monde, bref, l’horreur d’une baisse du chômage. Corrine Lepage s’en fout, elle, elle a déjà un job douillet bien au chaud (et ce n’est pas elle qui paye la facture de chauffage).

Taxis démotivants

Dans la foulée, la libéralisation de toutes les professions protégées fera bien évidemment grincer des millions de quenottes. Mais en réjouiront des dizaines de millions d’autres.

Et puis tant qu’on y est, on devra aussi libéraliser les couvertures sociales (santé, emploi, retraite). Attention : il ne s’agit pas ici de dire « Allez, zou, on supprime la Sécurité Sociale. » Que nenni. Il s’agit simplement de permettre à chaque individu de choisir lui-même s’il reste affilié à l’ensemble des usines à gaz collectivistes vouées à la faillite branches de notre système que le monde nous envie (mais se garde bien de copier) ou si au contraire, il préfère cotiser, directement, à telle ou telle entreprise d’assurance privée dont la gestion interne permet un minimum de pérennité sous peine de carafer. On peut même envisager que les patrons versent alors aux individus qui le décident, directement, leur salaire complet. Les autres salariés (les solidaires, les gentils, les « de gauche » avec le cœur sur la main), bien évidemment, sont libres de rester exactement comme en l’état actuel et d’abonder généreusement au tonneau des Danaïdes aux caisses habituelles.

Pour donner une petite idée de ce que cela donnerait, j’ai réalisé un petit tableau qui montre salaire net, salaire brut (charges salariales incluses, donc) et salaire superbrut, i.e. le coût employeur. Vous me pardonnerez l’exactitude moyenne des chiffres (il peut y avoir quelques euros en plus ou en moins en fonction des innombrables paramètres qui déterminent la feuille de paye et le coût patronal d’un salarié, magie d’un code du travail et de la fiscalité de plusieurs milliers d’articles illisibles). Ça donne ceci :

salaires nets, bruts, superbruts

Ce qui veut dire qu’un smicard toucherait, s’il désire sortir de la Sécu, un salaire d’un peu plus de 1900 euros. Avec ces 860 euros supplémentaires, il peut alors, s’il le désire, s’assurer chez une société privée. En allant voir ce qui existe, comme IHI, DKV ou Amariz, on sait déjà que les rangs de prix tournent à 4000€ par an (334 euros par mois) pour une couverture supérieure à l’actuelle Sécurité sociale. L’ouverture de la concurrence sur un tel marché provoquerait inévitablement l’entrée sur le marché de très gros assureurs existants (notamment les actuelles complémentaires santé, bien positionnées) qui feront encore baisser ce tarif.

Avec les 500 euros restants, le Smicard peut alors choisir de mettre un peu de côté dans une infernale retraite par capitalisation, ou une assurance chômage, ou les deux. Il peut aussi choisir, notamment en début de carrière, de dépenser cet argent ou en faire autre chose (épargne pour un logement, etc…) Cela fait tout de même 6000 euros de plus à la fin de l’année, ce qui, pour un Smicard ou n’importe qui de normal, est loin d’être négligeable. Les retombées de ce nouveau pouvoir d’achat sont donc difficilement calculables, mais on imagine assez mal que la liberté retrouvée se traduirait exclusivement par un marasme économique (et il n’y a que nos habituels humanistes forcenés de gauche qui y trouveront à redire : l’égalité ne se conçoit que dans le malheur, hein).

Et les autres salariés bénéficieraient eux aussi d’une légère amélioration de leur sort. On peut comprendre qu’avec 7.000 à 20.000 euros de plus par an, les classes moyennes, martyrisées par Sarkozy puis Hollande, retrouveraient certainement le goût de la consommation de façon autrement plus efficace qu’avec une pluie d’impôt suivie du brouillard diaphane de redistribution passagère servi comme excuse au matraquage fiscal.

Au passage, ces libéralisations ne coûtent pas un rond à l’État, du contraire même puisque les soultes et autres transferts monstrueux des impôts vers les comptes sociaux disparaîtraient d’office.
Et qu'on ne me sorte pas les chouinements sur une éventuelle faillite consécutive de la SNCF ou de la Sécu : soit on considère que ces entités sont géniales (et dans ce cas, elles n'auront pas de problèmes à conserver des clients), soit, gérées par les syndicats, elles feront fuir les usagés et se retrouveront cul nu. Dans ce cas, l'humaniste de gauche ne peut évidemment pas souhaiter faire perdurer ces entités si mal gérées puisqu'il a le bien collectif à cœur, et qu'une faillite par fuite de clients signifie à l'évidence que le collectif ne veut plus de ces vieux coucous pourris.

Et puisque nous évoquions les impôpotames, il semble évident qu’une diminution franche des taxes (comme ce qu’a récemment décidé Genève, en Suisse), permettrait d’améliorer grandement la trésorerie générale des Français et de leurs entreprises. L’effet Laffer suite à l’instauration d’une flat tax, par exemple, permettra même, si le taux de cette flat tax est correctement calculée (je l’estime à 15%, à la grosse louche) de conserver l’Etat à flot. La simplification drastique du code fiscal s’ensuivant permettra aussi aux entreprises et aux particuliers de sortir de la spirale stupide d’incertitude fiscale dans laquelle tout le monde baigne en France actuellement.

Ces quelques mesures provoqueraient, pour le coup, un vrai choc (et pas que de compétitivité). Ce choc serait d’ailleurs d’autant plus fort qu’il impacterait toute la société française dans ses scléroses, ses vices et ses corruptions fondamentales, et provoquerait plus que probablement de vastes mouvements sociaux des parasites qui ne vivent qu’avec l’Etat et ses subsides comme horizon. Le passage par de nombreux référendums semblerait la seule voie possible pour faire passer ces quelques mesures simples, mais … Mais …

Mais l’effet des champis rigolos s’estompe. Il faut revenir à la réalité : la France est un vieux pays. Sa population vieillit, doucement. Les jeunes, aussi nombreux soient-ils, sont déjà vieux dans leurs têtes et, gavés d’égalitarisme, entouré du cocon douillet et abêtissant de l’EdNat, ne voudront jamais entendre parler de ces nouveautés qui représentent un si grand risque. Les vieux savent ce qu’ils ont à perdre (sans pouvoir imaginer ce qu’ils ont à gagner). Et les ni-vieux ni-jeunes sont, de toute façon, bien trop occupés à pédaler pour faire tourner la machine qu’ils ne s’intéresseront à la déchéance française que lorsque les pédaliers sur lesquels ils poussent tomberont en morceaux. Personne ne voudra de ces réformes. Personne ne voudra changer, et tout le monde voudra même plus de ce qui n’a démontré que sa capacité de nuisance et d’échec…

Dès lors, en un mot comme en cent, ministre libéral ou pas à la tête de l’économie, ce pays est foutu.
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