Plaidoyer contre l’appartenance à l’UE

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Les europhiles sont tellement habitués à rabâcher la nécessité économique de l’adhésion à l’UE qu’ils ne prennent plus le temps d’en questionner les présupposés.

Les europhiles sont tellement habitués à rabâcher la nécessité économique de l’adhésion à l’UE qu’ils ne prennent plus le temps d’en questionner les présupposés.

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume Uni.

Il existe souvent un décalage en politique. Les experts rabâchent continuellement les mêmes statistiques obsolètes depuis des années. Même lorsque la réalité les rattrape, ils sont lents à ajuster leur vision du monde.

Combien de fois, par exemple, entendons-nous des politiciens et des journalistes clamer « la moitié de nos exportations » (ou même « la majorité de nos exportations ») vont à l’UE ?

Je ne suis pas sûr que cette statistique ait été entièrement vraie. Les données ont été trafiquées en deux sens.

Premièrement, il existe ce que les économistes nomment « l’effet Rotterdam » : de nombreuses exportations anglaises destinées aux marchés non-européens sont acheminées via Anvers et Rotterdam, comptées dans le nombre brut d’exportations à l’Union Européenne, « exportations britanniques en République d’Irlande » contient en réalité de nombreuses marchandises étrangères envoyées par bateau via Belfast.

Quoi qu’il en soit, l’UE ne représente, somme toute, qu’une minorité de nos échanges. Le « Treasury Pink Book », l’OCDE, la Commission Européenne : tout ceci place les chiffres en dessous de 50%. Les derniers chiffres officiels, publiés par l’Office National des Statistiques au 11 Septembre, montre que l’UE ne représente plus que 43,6% de nos exportations, le chiffre le plus bas depuis que le système de mesure actuel a commencé en 1988.

Peu importe un point de pourcentage par-ci par-là, en revanche. La tendance est irréfutable. Chaque continent dans le monde est en croissance hormis l’Europe. Nos exportations vers l’UE ont diminué de 7,3% dans les trois derniers mois pour lesquels nous avons des données, tandis que nos exportations dans le reste du monde ont augmenté de 13,3%.

Où donc ces faits sont-ils reflétés dans la pensée officielle ? Pour la majorité de l’institution, notre appartenance à l’UE est une donnée, un fait autour duquel d’autres politiques doivent être ajustées. Les principaux partis, ensemble avec le TUC (syndicats, NdT), le CBI (MEDEF britannique, NdT) et la BBC, sont tellement habitués à rabâcher la nécessité économique de l’adhésion à l’UE qu’ils ne prennent plus le temps de questionner leur hypothèse.

Comme la plupart des politiques héritées, l’adhésion a l’UE a eu une logique. Au début des années 70, quand nous avons fait notre troisième demande d’adhésion – celle qui finalement réussirait – la CEE semblait effectivement offrir des perspectives attirantes. Entre 1945 et 1974, l’Europe de l’Ouest avait dépassé non seulement la Grande-Bretagne et le Commonwealth mais également les États-Unis.

Après coup, on peut comprendre comment cela a pu arriver. La Seconde Guerre Mondiale avait détruit les infrastructures en Europe, mais avait laissé un lieu où une main-d’œuvre industrielle et éduquée voulait entamer sans relâche l’effort de reconstruction. Il y a eu migration de masse – entre les pays, alors que les populations se déplaçaient de la campagne aux villes, du littoral méditerranéen aux mines de charbons et installations sidérurgiques du nord, et des anciennes colonies jusqu’en Europe. L’Europe a également bénéficié de $12milliards d’Aide Marshall, qui se sont ajoutées aux $13 milliards déboursés entre 1948 et 1952, et par les garanties militaires américaines, qui ont libéré les budgets de la défense pour une utilisation civile.

Tout ceci, comme je le disais, est clair après coup. Ça ne l’était pas à cette époque. Les spécialistes britanniques n’arrivaient pas à comprendre pourquoi ils étaient dépassés par des nations qui avaient souffert bien pire qu’eux entre 1940 et 1945. Ils ne voyaient pas qu’ils avaient terminé la guerre avec une incommensurable dette, bien plus importante que n’importe lequel de leurs voisins. Ils n’ont jamais compris que la volonté des gouvernements successifs de baisser la dette par inflation a enrayé notre compétitivité et notre productivité, créant ainsi le « mal britannique ». Au lieu de ça, ils ont estimé que la raison pour laquelle ces astucieux continentaux allaient bien était grâce au marché commun.

En l’occurrence, le timing de la Grande-Bretagne aurait pu difficilement plus mal tomber. Nous avons rejoint la CEE en 1973, à la toute fin de la Wirtschaftswunder de l’Europe. Les derniers sursauts de croissance se sont arrêtés en 1974 avec le choc pétrolier et n’ont jamais redémarré proprement. En 1973, l’année de notre adhésion, l’Europe de l’Ouest (définie dans ce but comme les 15 États membres de l’UE avant la vague d’élargissement de 2004) représentait 38% du PIB mondial. Aujourd’hui, ce chiffre est ramené à 24% et en 2020 il sera de 15%.

Ce n’est pas uniquement dû au fait que les pays émergents aient une croissance plus forte que les pays industrialisés. L’UE a également été complètement dépassée par les États-Unis et par ce qui était appelé les vieux territoires.

En juin 2012, l’économie du Commonwealth a devancé la zone euro. Selon le FMI, les pays de la monnaie unique auront une croissance d’en moyenne 2,7% sur les 5 prochaines années – ce qui me paraît optimiste – alors que le Commonwealth montera en flèche au-delà des 7,3%.

Ces chiffres détruisent les prémisses auxquelles nous avions cru. Notre industrie a été redirigé, par intervention étatique, loin des marchés auxquels nous sommes connectés par la langue, la loi, l’habitude et les sentiments ; les marchés qui, contrairement à ceux de l’UE, sont en croissance.

Cela n’a jamais vraiment eu de sens de rejoindre une union douanière avec des économies industrialisées similaires au détriment des pays producteurs brut du Commonwealth : le but d’un marché, après tout, est l’échange malgré les différences. Mais les derniers chiffres disent tout haut à quel point notre choix était mauvais.

Je ne renie pas la question de l’Europe : bien qu’elle soit en train de couler, 43,6% est une bien grosse part. Mais l’UE devient simplement un marché parmi tant d’autres, aux côtés de l’ALENA, le Mercosur, etc. Et personne ne prétend qu’il faut fusionner nos institutions politiques avec les leurs pour pouvoir leur vendre.

Regardez la Suisse. La Suisse a refusé de rejoindre l’UE, en négociant à la place une série d’accords de secteur couvrant tout, de la pisciculture à la taille autorisée des poids-lourds. En conséquence, ils sont complètement couverts par les 4 libertés du marché unique – c’est-à-dire libre-circulation des biens, des services, des personnes et du capital – mais sont en dehors de la PAC et de la PCP, libres de déterminer leurs propres questions de droit humain, et s’épargnant les contributions budgétaires que les membres de l’UE doivent à Bruxelles.

Est-ce que leurs échange avec l’UE ont souffert des conséquences ? À peine. En 2011, leurs exportations vers l’UE étaient, par habitant, 450% celui de la Grande-Bretagne. Laissez-moi répéter ce fait étonnant. La Suisse a vendu 4.5 fois plus par habitant à l’UE de l’extérieur que nous le faisons de l’intérieur. Il est vrai, bien sûr, que les exportateurs suisse doivent respecter les standards de l’UE quand ils y exportent des marchandises, de la même façon qu’ils doivent s’ajuster aux standards japonais lorsqu’ils doivent vendre au Japon. Mais, in fine, ils n’autorisent pas l’UE à leurs dicter les termes de négociations avec les nouveaux pays entrants.

Même si la Suisse a tendance à copier la plupart des accords d’échange de l’UE avec les pays entrants, cela peut, et cela va plus loin lorsqu’elle ressent un protectionnisme excessif de la part de l’UE. Elle a signé un accord de libre-échange avec le Canada, par exemple, et est en pleine négociation avec la Chine. La Grande-Bretagne, par contraste, est souvent entrainée dans des disputes d’échange afin de protéger les intérêts de petits producteurs continentaux choyés.

Le Tarif Extérieur Commun (TEC) que la G-B doit appliquer à ses échanges avec les pays non-membres de l’UE atteint désormais une moyenne de 5 à 9% : une plus grande barrière que celle que nous avions dans les années 20. Nous avons, en d’autres mots, achetés un échange avec un marché européen déclinant au prix d’échanges dans un marché global en croissance.

Les gens me demandent parfois quel type de renégociation pourrait me faire plaisir. Si je ne devais faire qu’un seul test, ce serait ceci. Est-ce que la G-B pourrait, de façon indépendante, signer un accord avec, disons, l’Australie ? Signez, et beaucoup suivra. Refuser et nous nous condamnons nous-même au déclin.

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Sur le web.

Traduction : Hélène Picq pour Contrepoints.