Crise économique : un autre chemin est possible

Pour sortir de la crise économique, inspirons-nous des solutions qui ont marché ailleurs dans le monde.

Réduction des dépenses publiques, baisse des taux d’imposition marginaux, élargissement de l’assiette fiscale et augmentation de la liberté économique, quatre piliers qui ont fonctionné ailleurs pour sortir de la crise économique.

Par Mathieu Laine et Frédéric Sautet.

Extraits. Article intégral sur Le Cercle Les Échos.

À court terme, augmenter les impôts est moins récessif que diminuer les dépenses », a récemment déclaré, comme s’il y avait consensus sur le sujet, notre ministre du Budget, Jérôme Cahuzac.

Justifiant ainsi la volonté gouvernementale d’instaurer une austérité essentiellement fondée sur l’augmentation des prélèvements fiscaux des plus fortunés – censée préserver la consommation de la majorité des ménages -et une baisse toute relative des dépenses publiques, il ajoute n’avoir d’autre choix pour atteindre les fameux 3 % de déficit public.

Dans le monde de la science économique, il y a pourtant peu de formule aussi controversée. Une partie des économistes militent ainsi pour une augmentation conjointe des impôts et de la dépense publique, affirmant que toute baisse de cette dernière réduirait fortement la croissance. Olivier Blanchard et Daniel Leigh, économistes au FMI, affirment ainsi que tout euro de réduction pourrait entraîner jusqu’à 1,7 euro de PIB en moins.

D’autres pensent, à l’inverse, que toute augmentation des impôts réduit la marge de manoeuvre des ménages et des entreprises, augmente le coin fiscal, diminue les incitations à l’effort et à l’innovation, fait fuir les talents et les richesses et prive en conséquence l’économie des ressources fondamentales pour alimenter la croissance réelle et l’emploi. C’est le point de vue d’économistes comme Scott Sumner. C’est aussi la position qu’a tenue Paul Ryan, le colistier de Mitt Romney dans la course à la Maison-Blanche, dans son débat face à Joe Biden. C’est enfin la position, de longue date, de David Cameron (l’impôt sur les sociétés sera bientôt réduit à 20 % en Angleterre quand son équivalent français va passer de 33 % à 36 %), et, tout récemment, de Mario Monti et d’Angela Merkel, qui ont appelé chacun de leur côté à baisser les impôts pour relancer l’activité économique. Selon cette approche, réduire significativement les impôts comme les dépenses publiques est la seule issue possible.

Le monde de 2012 revit en réalité le vieux débat opposant le keynésianisme et l’économie de l’offre. L’Etat doit-il maintenir voire relancer la consommation ou libérer l’activité productive ? L’approche keynésienne repose sur un effet mécanique : les dépenses publiques étant comptabilisées dans le PIB, leur augmentation entraîne un effet positif sur ce dernier dans le court terme. Mais la croissance n’est en partie qu’une illusion comptable et, dans le moyen et long terme, le poids de l’impôt et des dépenses publiques peuvent devenir insupportables et finir par étouffer les forces vives du pays. Cette option a inspiré les gouvernements de droite et de gauche en France depuis quarante ans, avec les résultats que l’on connaît.

La Nouvelle-Zélande dans les années 1980, l’Australie et le Canada dans les années 1990, ont agi différemment et font figure d’exemples pour la France et l’Europe d’aujourd’hui. Dans des contextes différents, ces pays ont réagi à la crise en ayant recours à ce qu’ils appelaient « l’austérité ». Mais une austérité au sens de l’économie de l’offre, c’est-à-dire une réduction continue des dépenses publiques combinée à une baisse des taux d’imposition marginaux, un élargissement de l’assiette fiscale (plus de gens payent l’impôt) et une augmentation de la liberté économique (suppression des rentes, assouplissement du droit du travail). Ce n’est que la combinaison de ces quatre facteurs qui a permis de réduire les entraves à la création de richesses pour retrouver une croissance réelle positive.

Poursuivre une telle approche aujourd’hui pourrait, à court terme, maintenir le déficit budgétaire au-delà de la barre symbolique des 3%. Mais osons enfin affirmer que cette ambition totalement arbitraire n’a non seulement aucun sens mais rend toute stratégie de réduction fiscale impossible. Pour des raisons différentes, les keynésiens et les partisans de l’économie de l’offre s’accordent sur ce point. Ces derniers avancent cependant, exemples étrangers à l’appui, qu’à moyen terme, leur stratégie est non seulement payante en termes de croissance et d’emploi, mais aussi de recettes fiscales et d’équilibre budgétaire. Si l’on ne veut pas devenir, comme Nouriel Roubini l’a affirmé récemment de la France, une « économie de la périphérie », il n’y a pas de temps à perdre.

Article paru intialement sur Le Cercle Les Échos, republié avec l’accord des auteurs.