Lutter contre la faim dans le monde sans OGM ?

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Dans une tribune publiée par Libération, des agronomes et des « spécialistes » affirment que les OGM ne sont pas une solution pour nourrir l’humanité. Vraiment ?

Dans une tribune publiée par Libération, des agronomes et des « spécialistes » affirment que les OGM ne sont pas une solution pour nourrir l’humanité. Vraiment ?

Par Baptiste Créteur.

Les débats suscités par une étude fallacieuse ravivent les débats sur les OGM comme solution potentielle à la faim dans le monde. Ils sont également l’occasion pour des scientifiques de chercher des réponses alternatives à la faim dans le monde, si possible longues et couteuses, pour faire de leur rejet des OGM un alibi pour préserver la faim dans le monde.

Pour résumer le point de vue de nos quatre compères, publié dans une tribune de Libération, trois questions sont posées :

1. Le problème de la faim dans le monde est-il un problème de production ?

Selon eux, non : la production végétale, qui suffirait à nourrir l’humanité, est utilisée pour l’élevage, les biocarburants ou gaspillée. En réalité, c’est un peu simpliste : à l’échelle mondiale, on produit peut-être assez, mais localement, ce n’est pas vrai. On produit beaucoup dans certains pays, et on en profite pour nourrir des animaux qu’on mangera ensuite. Dans les autres, on ne produit pas assez. La faim dans le monde est donc bien un problème de production, ou de répartition de cette production. Mais soyons réalistes : cela coutera plus cher à un paysan africain d’acheter des céréales américaines que de consommer celles qu’il produit.

2. Les OGM sont-ils une solution pour produire davantage dans les pays concernés par l’insécurité alimentaire ?

Selon eux, non : si les champs des agriculteurs des pays en voie de développement font peine à voir, c’est parce qu’ils n’utilisent pas assez de fertilisants et pesticides : « les rendements obtenus ne sont pas limités par les caractéristiques des espèces et des variétés qu’ils cultivent, mais d’abord par leur faible recours aux fertilisants organiques et minéraux ». Mais pour être bien sûr d’apporter une réponse claire, on peut aussi creuser du côté « des synergies qui peuvent exister entre espèces biologiques, au service d’une production économe en fertilisants et pesticides ». Donc plus de pesticides et de fertilisants, ou se passer de pesticides et de fertilisants, permettrait de résoudre la faim dans le monde.

3. Si des technologies existent déjà pour augmenter les rendements dans ces régions, pourquoi ne sont-elles pas mises en œuvre dès maintenant par les agriculteurs pauvres ?

L’explication des « scientifiques » : « Parce qu’ils sont pauvres, justement, et qu’ils ne disposent pas du minimum de moyens pour investir dans la fertilité de leurs sols, dans des aménagements pour mieux tirer parti de l’eau, dans des moyens de stockage plus performants. » Voilà comment les OGM sont pourtant une réponse potentielle : ils s’accommodent de sols moins fertiles, requièrent moins d’eau, s’accommodent mieux de la sécheresse, résistent à certaines maladies, champignons et nuisibles, subissent moins les outrages du temps… Les possibilités sont virtuellement infinies, ce qui permettrait d’adapter les cultures aux besoins locaux.

On peut aussi avoir recours à des « variétés de plantes améliorées, mais là encore, d’autres techniques que les OGM sont disponibles. Des variétés améliorées par sélection et/ou hybridation «classiques», qui peuvent être associées à des changements des systèmes de culture, peuvent permettre d’augmenter la production. Bien qu’elle paraisse démodée aux yeux de certains, l’amélioration semencière classique présente un double avantage : elle est plus accessible à la plupart des pays du monde et plus flexible pour adapter les plantes cultivées à la multitude des contextes locaux. » Niveau flexibilité, entre des milliers de reproductions et une manipulation génétique, il semblerait que le choix soit vite fait. Mais non : « Rien n’indique donc que nous ayons besoin des OGM pour alimenter le monde. En revanche, nous avons besoin de prendre le temps de la recherche pour en peser les avantages, les inconvénients et les risques, et de poser plus clairement la question des contextes économiques, politiques et sociaux dans lesquels ces nouvelles technologies sont mobilisées. »

Voilà donc le choix qui se présente aux paysans des pays en voie de développement : d’un côté, investir de l’argent qu’ils n’ont pas dans des fertilisants et pesticides, des projets d’irrigation et des moyens de stockage, en plus de nouvelles semences qu’il faudra un certain temps avant de mettre au point ; de l’autre, des OGM. Mais quand il s’agit des OGM, il faut « prendre le temps de la recherche », financée si possible par des militants anti-OGM et l’État, pour se prémunir de tous les risques, et poser plus clairement la question des contextes économiques, politiques et sociaux dans lesquels ces nouvelles technologies sont mobilisées. Effectivement, la question mériterait d’être clarifiée…

La décision d’accepter ou refuser la mise en œuvre de technologies dont il n’existe aucune preuve de la nocivité ne vous appartient pas, pas plus qu’elle n’appartient à l’opinion publique ou aux politiques. C’est aux paysans des pays en développement de décider s’ils veulent mourir de faim pendant que vous faites vos petites recherches en laboratoire ou s’ils veulent prendre le risque incommensurable d’adopter une technologie qui ne pose aucun risque connu. Vous pouvez aussi chercher des moyens de financer des projets dispendieux et risqués d’accès à l’eau, aux pesticides et fertilisants partout dans le monde, mais attention : taxer, c’est tricher.

Les ennemis de la Révolution Industrielle – ceux qu’elle dérange – étaient de ceux qui ont combattu le progrès humain des siècles durant, par tous les moyens à leur disposition. Au Moyen-Âge, leur arme était la crainte de Dieu. Au 19ème siècle, ils invoquaient encore la crainte de Dieu – par exemple, ils étaient opposés à l’anesthésie au motif qu’elle défiait la volonté divine, car Dieu a voulu que les hommes souffrent. Quand cette arme s’est émoussé, ils ont invoqué la volonté de la collectivité, du groupe, de la tribu. Mais dans la mesure où cette arme s’est brisé dans leurs mains, ils sont maintenant réduits, comme des animaux pris au piège, à montrer leurs dents et leurs âmes, et à proclamer que l’homme n’a pas le droit d’exister – par la volonté divine de la matière inanimée.

Demander qu’on « restreigne » la technologie, c’est demander qu’on restreigne l’esprit humain. C’est la nature – id est, la réalité – qui rend ces deux objectifs impossibles à atteindre. La technologie peut être détruite, et l’esprit peut être paralysé, mais aucun des deux ne peut être restreint. Toujours et partout, quand on tente de mettre en œuvre de telles restrictions, c’est l’esprit – pas l’état – qui dépérit. »
(Ayn Rand, « Return of the Primitive: The Anti-Industrial Revolution »)