Les vaches font du dumping énergétique, réponse à Pierre Japhet

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Son intelligence, ses efforts et sa créativité ont permis à l’homme de quitter l’état d’animal préoccupé par sa survie immédiate. Mais il se trouve toujours des obscurantistes aigris pour proclamer qu’il faut changer les règles du jeu pour transformer la réalité selon leur vision. C’est le cas de Pierre Japhet avec son « dumping énergétique ».

Son intelligence, ses efforts et sa créativité ont permis à l’homme de quitter l’état d’animal préoccupé par sa survie immédiate. Mais il se trouve toujours des obscurantistes aigris pour proclamer qu’il faut changer les règles du jeu pour transformer la réalité selon leur vision. C’est le cas de Pierre Japhet avec son « dumping énergétique ».

Par Baptiste Créteur. 

Son intelligence, ses efforts et sa créativité ont permis à l’homme de quitter l’état d’animal préoccupé par sa survie immédiate. Mais il se trouve toujours des obscurantistes aigris pour proclamer qu’il faut changer les règles du jeu pour transformer la réalité selon leur vision, et grâce à Pierre Japhet et ses copains de GreenWatchers, c’est chose faite. Nous savions déjà que le ministre délégué en charge du développement veut transformer l’économie en fusionnant des notions de développement qui n’ont rien à voir entre elles ; les écologistes, jamais à court d’idées loufoques, proposent aussi d’assujettir l’économie à un point de vue énergétique et agricole, ce qui rend poulets et vaches responsables de dumping depuis la nuit des temps.

Décidément, la nature est bien faite : un animal en recherche de nourriture ne dépense jamais plus d’énergie pour cette recherche que celle que la nourriture pourra lui apporter. Autrement dit, une lionne ne va pas s’entêter à poursuivre une gazelle pour dépenser au final plus de calories dans sa course que ce que la gazelle pourra lui permettre d’absorber si elle l’attrape enfin ! Il faut dire que, comme dirait Darwin, une espèce qui dépenserait plus d’énergie à se nourrir qu’elle n’en gagnerait par l’absorption de cette nourriture ne résisterait sans doute pas très longtemps au processus de sélection naturelle…

Le concept de rentabilité existe donc dans la nature : un investissement doit rapporter plus que le montant investi. Sans doute la lionne tient-elle également compte de son état, c’est-à-dire de l’effort à fournir pour mobiliser son énergie, et des chances qu’elle a d’attraper sa proie. Il en va de même des investissements, qui doivent couvrir, en plus du montant investi, le coût de l’accès à la ressource et le coût du risque. Une belle leçon, donc ; on aimerait que les gouvernements en tiennent compte et cessent de financer ce qui ne rapportera jamais, surtout si le poids de son intervention pèse sur les lionnes les plus compétentes.

Et pourtant, c’est ce que nous, les hommes, faisons tous les jours ! Oh bien sûr, pas à l’échelle de l’individu : le problème de l’homo occidentalus est plutôt inverse ; il ne dépense pas assez de calories par rapport à celles que lui apporte sa nourriture, puisqu’il n’a plus besoin d’aller la chercher par ses propres moyens. D’où l’obésité, les maladies cardio-vasculaires, etc.

Mais à l’échelle de l’espèce, de l’humanité toute entière, c’est une toute autre histoire. Il semble hélas difficile de trouver des indicateurs précis et fiable sur le sujet (si vous en avez, je suis preneur !) mais pour le plaisir de notre démonstration, prenons deux ordres de grandeur qui sont généralement avancés : les cultures intensives consommeraient environ 10 calories (pour l’essentiel en carburants et en intrants) pour produire une seule calorie alimentaire (et végétale), tandis que l’élevage industriel des bovins consommerait à son tour 10 calories végétales pour produire une calorie animale, ce qui nous amènerait donc à un rendement énergétique de seulement 1% pour l’alimentation bovine. Imaginez une lionne qui dépenserait l’énergie équivalente à cent gazelles pour n’en attraper et n’en manger finalement qu’une seule…

L' »homo occidentalus » est parvenu à transformer son environnement pour accéder facilement à une nourriture abondante et variée. Il n’a plus à dépenser ses calories en marchant de longues heures pour cueillir au hasard ce que les branches basses le laissent attraper, déterrer des racines et courir après des troupeaux pour tenter de tuer les animaux les plus faibles pour les manger. À moins de tout mélanger, on ne peut y voir qu’un progrès… Mais on peut aussi tout mélanger, au risque de s’y perdre. Les cultures intensives déploient de l’énergie, certes ; mais cette énergie provient de sources externes mobilisées par l’homme. La comparaison présentée ne tient pas la route ; la lionne, elle, est incapable de mobiliser son environnement pour décupler l’énergie à sa disposition.

Et pourtant, me direz-vous, nous sommes toujours là. Certes, pour l’instant, mais pour une seule et très mauvaise raison : le pétrole ! Cette « béquille » énergétique nous a permis, par le biais de la mécanique et la chimie, de nous affranchir de l’énergie humaine autrefois nécessaire, pour construire un système de gaspillage calorique sans précédent dans l’histoire du vivant. Mais le pétrole ne va pas durer, comme chacun sait. Et nous n’allons pas non plus rétablir l’esclavage, a priori. Il va donc falloir remettre de l’ordre et du bon sens énergétique dans notre production alimentaire, et trouver de vraies bonnes solutions cette fois.

Et c’est là que les règles de l’OMC, bizarrement, pourraient peut-être nous inspirer ! Une règle, plus précisément : l’interdiction du dumping. Comme vous le savez, le dumping consiste à vendre un produit à un prix inférieur à son prix de revient, pour fausser la concurrence. Et c’est interdit, d’un point de vue économique. Pourtant, sur un plan énergétique et agricole, c’est bien ce que nous faisons tout le temps : produire des aliments en dépensant plus d’énergie qu’ils n’en rapportent ! Interdire ce dumping énergétique pourrait être une mesure saine pour prévenir une double crise alimentaire et énergétique aux conséquences dramatiques.

Le pétrole est une malédiction ! Maudits soient ceux qui en ont fait une source d’énergie, qui permet aujourd’hui à des milliards d’individus de se déplacer et de disposer d’une nourriture abondante. Honte à ceux qui ont inventé et innové pour permettre à l’homme de s’affranchir d’efforts colossaux aux résultats incertains. L’homme n’est plus esclave de la nature ni de son prochain, il est maître de son destin, c’est une catastrophe abominable : nous ne pouvons plus nous comparer aux lionnes, nous ne connaissons plus les plaisirs simples d’une espérance de vie digne d’une antilope, de longues journées de chasse et cueillette et de famines récurrentes.

Pour que le raisonnement soit complet, il faut rappeler que le dumping se fonde sur le prix : on n’a pas le droit de ventre moins cher que le coût de revient. Le dumping est interdit et on peut toujours consommer plus d’énergie qu’on en produit, c’est d’ailleurs une chance pour de nombreux animaux : une vache consomme entre 10 et 20 calories végétales pour produire une calorie animale. Selon vos critères, les vaches font du dumping…

Le prix reflète déjà le coût de l’énergie, qui tient lui-même compte de sa rareté. Le critère actuel de dumping, fondé sur le prix, est donc suffisant et cohérent avec la réalité. Et si l’énergie est bon marché, c’est grâce à tous ceux qui ont déployé leur intelligence et leur ingéniosité pour nous arracher à la nature et nous permettre de manger à notre faim et avoir dans une vie d’autres activités que la quête de nourriture.

Faisons le pari que le simple fait de porter le sujet à l’OMC, ou de brandir la menace d’une interdiction unilatérale, aurait déjà le mérite d’attirer l’attention des principaux acteurs et des médias économiques et peut-être, soyons fous, d’enclencher ou d’accélérer des programmes de transition vers des modes de production et de distribution agricole moins énergivores, et de favoriser le développement d’une agriculture locale et vivrière.

Je vois un autre aspect vertueux à cette approche, et non des moindres : elle redonnerait aux produits alimentaires leur vraie valeur, c’est-à-dire leur valeur nutritive, et non leur valeur économique. Et aucun trader ne pourra jamais spéculer sur la valeur nutritive de nos aliments !

Votre agriculture locale et vivrière a déjà été expérimentée par le passé, et a entraîné des famines, des épidémies et des guerres, avant que nous ne découvrions le moyen de produire mieux, de produire plus, et de développer l’échange. Soyez fous si vous le voulez, mais ne faites pas de paris qui mettent en jeu la survie des autres sur la base d’un calcul fallacieux. Si vous tenez tant à prendre en compte l’énergie dépensée, demandez-vous quel est le rendement de l’énergie humaine aujourd’hui par rapport à ce qu’il était quand l’homme n’avait que ses bras et ses jambes à sa disposition.

Je vois un autre aspect nauséabond à votre approche. Elle tente de se substituer à une approche économique qui reflète la réalité et non ce que vous aimeriez qu’elle soit, de remplacer une valeur objective par une valeur subjective, de justifier des interventions à tort et à travers – surtout à tort d’ailleurs – pour restreindre et juguler une liberté qui a permis à l’homme d’arriver où il est. Elle tente d’arracher à l’homme sa liberté, à le rendre esclave d’une nature qu’il a pourtant su mettre à profit pour cesser de survivre et commencer à vivre.

L’écologie en tant que principe social… condamne les villes, la culture, l’industrie, la technologie, l’intelligence, et prône le retour des hommes à la « nature », à l’état d’animal creusant le sol à mains nues en grognant. (Ayn Rand, « The Ayn Rand Letter III »)

La solution aux problèmes environnementaux n’est pas politique mais économique et technologique. C’est par l’intelligence et le progrès technique que l’homme pourra se rendre comme maître et possesseur de la nature sans la détruire, et non par un obscurantisme visant à le priver des fruits de son intelligence, à renoncer aux bienfaits de la civilisation pour vivre dans un état de nature que vous idéalisez.

La pollution des villes et des rivières ne sont pas bons pour l’homme (même s’ils ne représentent pas le danger que les prophètes écologistes de l’apocalypse prétendent qu’ils sont). Il s’agit d’un problème scientifique, technologique – pas d’un problème politique – qui peut être résolu seulement par la technologie. Même si la pollution est un danger pour la vie humaine, nous devons nous souvenir que la vie dans la nature, sans technologie, c’est la mort. » (Ayn Rand, « Return of the Primitive: The Anti-Industrial Revolution »)