Les sévices publics de Madame Filippetti

Selon la ministre de la Culture, France Télévisions doit arrêter la course à l’audimat et se réorienter vers une « vraie mission de services publics ».

Selon la ministre de la Culture, France Télévisions doit arrêter la course à l’audimat et se réorienter vers une « vraie mission de services publics ».

Par Georges Kaplan.

Madame Filippetti, qui est entre autres ministre de la télévision d’État, estime que la « course à l’audimat » à la manière des « chaînes commerciales » n’est pas une bonne stratégie pour le groupe France Télévisions et souhaite que ce dernier se réoriente vers « une vraie mission de service public. »

La ministre établit donc une distinction entre deux stratégies orthogonales :
(i) La stratégie commerciale qui consiste à diffuser des programmes conçus pour nous plaire et dont le financement dépend du public qu’ils intéressent (abonnements, publicité) ;
(ii) La stratégie du service public qui consiste à nous forcer à financer des programmes indépendamment de notre intérêt pour ces derniers (redevance).

Madame Filippetti nous rappelle donc fort opportunément la différence fondamentale qui existe entre un service commercial et un service public en général. Un service commercial n’existe que dans la mesure où un nombre suffisant de consommateurs acceptent d’en payer le coût. Au contraire et par définition, un service public nous est rendu par l’État parce que le nombre de consommateurs qui accepteraient de payer pour en bénéficier serait insuffisant pour en assurer le financement. Les services publics naissent et prospèrent parce que nos dirigeants estiment que nous ne consommons pas les « bons » services ; parce qu’ils estiment savoir mieux que nous ce qui est bon pour nous ; parce qu’ils considèrent qu’il est légitime, qu’il est de leur devoir, de nous imposer leurs vues plutôt que de nous laisser choisir pour nous-mêmes.

Un service public peut donc survivre et se développer indéfiniment en rendant des « services » qui n’intéressent qu’une infime minorité tout en représentant un coût prohibitif pour l’ensemble de la collectivité. S’ils sont institués en monopoles d’État, c’est que n’importe quel concurrent privé rendrait de meilleurs services à un moindre coût ; s’ils sont rendus obligatoires, c’est que si elle avait le choix, l’immense majorité des citoyens préfèreraient s’en passer.

Plus le financement de ces « services » augmente, plus il pèse sur le budget des contribuables : ils sont contraints de payer pour des services dont ils ne veulent pas – du moins, pas à ce prix – et le budget qu’ils peuvent allouer à des services dont ils veulent réellement s’en trouve réduit d’autant. Lorsque la « contribution à l’audiovisuel public » de Madame Filippetti passera à 129 euros en 2013, ce seront 2 euros de plus qui viendront financer des programmes pour lesquels nos concitoyens ne souhaitent pas payer et 2 euros de moins qu’ils pourront utiliser pour s’offrir les programmes qui les intéressent.

Mais au-delà des programmes de divertissement, c’est aussi – et surtout – d’information qu’il s’agit. Le monde de Madame Filippetti est non seulement un monde dans lequel l’État décide à la place des citoyens comment doit être dépensé le fruit de leur travail mais aussi un monde dans lequel la presse, lorsqu’elle n’est pas directement la propriété de l’État ou de groupes industriels qui travaillent pour l’État, est subventionnée – pour ne pas dire achetée – par ce dernier. C’est un monde dans lequel les quelques euros que vous auriez pu dépenser pour obtenir une information indépendante du pouvoir politique sont irrémédiablement captés par des médias aux ordres. C’est un monde dans lequel il n’existe plus aucun contrepouvoir, plus aucune liberté d’information si ce n’est sur internet en attendant sa mise en coupe réglée.

Est-ce vraiment le monde dans lequel vous souhaitez vivre ? Est-ce vraiment le monde que vous voulez léguer à vos enfants ?

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Sur le web.