Opinion Gravement Manipulable

Les erreurs et les exagérations du mouvement écologiste ont été trop nombreuses pour que nous puissions prendre au sérieux a priori les accusations qu’il profère.

Les erreurs et les exagérations du mouvement écologiste ont été trop nombreuses pour que nous puissions prendre au sérieux a priori les accusations qu’il profère.

Par Hadrien Gournay.

Les pêcheurs de poisson de la baie de Minamata au Japon ont été les principales victimes des déversements de l’usine pétrochimique proche.

L’usine pétrochimique de Minamata au Japon, en déversant dans la mer près de quatre cents tonnes de Mercure, a provoqué entre 1949 et 1965 environs neuf cents décès, principalement dans les familles de pêcheurs consommatrices de poisson. L’industrie du tabac a tenté par tous les moyens, entre autre par le financement d’études biaisées, de nier la nocivité de la cigarette pour la santé. Aujourd’hui, le laboratoire pharmaceutique Servier est accusé d’avoir commercialisé un médicament, le Mediator, dont il connaissait les dangers et qui serait à l’origine de la mort d’au moins cinq cents personnes en France.

De manière occasionnelle, un vrai sens moral peut guider des hommes de bonne volonté à la tête d’une entreprise dans leurs décisions stratégiques. Toutefois, les organisations en général, et les entreprises en particulier, sont guidées par des principes d’expansion auxquels aucune tendance sérieuse ne saurait s’opposer, toute initiative contraire ne pouvant être autre chose qu’une exception. La recherche du profit structurant l’existence de l’entreprise capitaliste, sauf crainte de sanctions judiciaires frappant durement ses intérêts, les objectifs d’un autre ordre seront subordonnés à cet objectif premier. Les dirigeants opposés à cette logique seraient rapidement chassés par des hommes moins scrupuleux.

Aussi, il est vain d’attendre d’une entreprise multinationale une communication honnête sur la nocivité de ses produits.

Rat ayant développé un cancer lors d’une expérience visant à comparer la toxicité de maïs génétiquement modifiés et de maïs « conventionnels »

Le chiffre d’affaires de la firme Monsanto, principal producteur mondial d’organismes génétiquement modifiés était de 11,8 milliards de dollars en 2011.

Au vu de tels enjeux, il est clair que toute la communication de Monsanto sur les dangers des OGM, liée aux intérêts qu’elle engage dans ce secteur, ne pourra être que mensongère. Le mensonge de Monsanto sur l’innocuité de ses produits prouvant a contrario leur toxicité, le danger majeur que les OGM présentent pour la santé publique se trouve confirmé.

Une telle considération devant prévaloir sur toutes les autres, nous n’avons pas de raison de limiter des principes de raisonnement aussi fructueux au cas des OGM.

Le chiffre d’affaires mondial lié à la vente de pilule contraceptive serait de deux milliards de dollars. Il serait naïf de croire, alors que de tels intérêts sont décidés à les dissimuler, que nous pourrions en connaitre les dangers réels. Comme dans le cas des OGM, les femmes devraient éviter d’utiliser des pilules contraceptives et le gouvernement les interdire.

Les antibiotiques, dont le produit de la vente représente 30 milliards de dollars dans le monde, sont également concernés.

Au-delà des produits directement ingérés par l’organisme, des domaines bien plus vastes de nos économies tels que la production d’électricité, le bâtiment ou le textile, dont nous ne pouvons douter des dangers au vu des sommes astronomiques gagnées dans ces secteurs d’activité, seront touchés par les conséquences de ce raisonnement.

En définitive, tout ce qui est vendu à la suite d’un échange est mauvais en raison même de l’intérêt qu’on a eu à nous le vendre et il serait plus prudent de vivre uniquement de ce que nous avons produit nous mêmes.

Pourtant, quoique nous soyons si persuadés du cynisme des multinationales, que nous croirions capables, si leur intérêt le commandait, de nous livrer à l’esclavage ou de nous faire croire que le mercure est un simple complément alimentaire, nous continuons de nous vêtir, d’acquérir des maisons et d’y utiliser l’électricité. D’ailleurs, à bien y réfléchir, la multiplication des produits commercialisés n’a-t-elle  augmenté la durée de notre vie et favorisé sa qualité ?

Qu’est-ce qui cloche dans un raisonnement qui aboutit à les condamner tous ?

Il est vrai, si nous partons du principe que la plupart des entreprises se conduisent naturellement avec cynisme, qu’elles auront tendance à cacher les conséquences de leurs produits sur la santé. Pourtant, il est également possible qu’une entreprise, tout aussi accaparée par la recherche du profit, développe un produit sans dommages pour la santé ou du moins dont les dommages ne peuvent être comparés aux avantages qu’il procure. En défendant alors son produit, même si  le souci de la vérité qu’elle aurait foulé au pied en d’autres circonstances n’entre pas dans ses vues, elle défend la vérité. Autrement dit, que le produit soit bon ou mauvais, l’entreprise le défendra. Le discours de l’entreprise sur son produit étant indépendant de la qualité de celui-ci, il ne peut rien nous en apprendre et ne doit donc ni nous rassurer, ni nous inquiéter.

Le paranoïaque ne considère pas les autres hommes comme des individus guidés par leurs intérêts propres et pouvant lui nuire dans cette quête mais conçoit un monde dont lui-même est le centre où les autres existences sont entièrement tendues vers le but de l’épier et de lui nuire. En oubliant la possibilité que l’on puisse suivre par intérêt une activité favorable à autrui, la conception populaire de l’activité marchande est paranoïaque. Alors qu’une multinationale cynique peut parfaitement trouver son compte en livrant à la population un produit qui la serve, la paranoïa populaire raisonne comme si une entreprise intéressée ne pouvait se satisfaire d’engranger des profits en rendant service à ses clients, devait nécessairement tenter de leur nuire, et poursuivait le mal pour le mal.

Si l’on voulait formuler un critère basé sur la parole des personnes prenant position sur la toxicité d’un produit ayant quelques chances de nous aider dans la découverte de la vérité, la prise en compte de la parole des accusateurs serait sans doute une méthode plus pertinente. Ainsi, le taux d’erreur passé d’un accusateur quelconque peut donner une idée de la probabilité de la justesse de sa prochaine accusation.

En l’occurrence, si l’on évalue ses prédictions sur une durée suffisamment longue, le mouvement technophobe moderne, c’est-à-dire le mouvement écologiste, s’est très régulièrement trompé.

Paul R Ehrlich, auteur du livre controversé « The population bomb » aux thèses néo-malthusiennes

Les prévisions de famines liées à la surpopulation propagées par Paul R. Ehrlich ont été démenties. Contrairement aux craintes, les aérosols n’ont pas fait entrer le monde dans une nouvelle ère glaciaire. La fin du pétrole prévue par le club de Rome n’a pas eu lieu. Enfin le DDT provoquait sans doute moins de décès que son interdiction pour les personnes qui n’étaient plus protégées des moustiques vecteurs de maladies mortelles. Les erreurs et les exagérations du mouvement écologiste ont été trop nombreuses pour que nous puissions prendre au sérieux a priori les accusations qu’il profère.

De la même manière, si nous devions choisir entre la version d’un homme se défendant d’avoir été l’auteur d’une agression mais dont la parole n’inspire pas confiance et celle d’un affabulateur ne cessant d’inventer des agressions dont il aurait été victime, nous pourrions partir de l’hypothèse qu’il y a une majorité de chances que le premier n’a rien commis de répréhensible.

L’incapacité des écologistes à prédire correctement correspond à la conjonction de deux faits : un fanatisme anti technologie leur faisant croire que toute innovation est nocive d’une part, le fait que la plupart des innovations présentent des dangers qui, lorsqu’ils existent, sont inférieurs à leurs bienfaits. Si ce dernier phénomène avait été moins fréquent, les écologistes quoique guidés par une démarche tout aussi défectueuse, auraient eu raison plus souvent.

Il a permis l’amélioration considérable du bien-être matériel de l’humanité depuis deux siècles. C’est en cela une excellente nouvelle, peut-être la meilleure que l’humanité ait connue dans l’histoire (sauf pour les personnes ayant des convictions religieuses). Le drame est que l’humanité l’ignore.

Le paysan chinois à travers l’histoire

La conviction productiviste et technophile aura été minoritaire dans l’histoire. Le plus souvent ce ne sont pas les conséquences sur la santé, à une époque où l’existence était si précaire, qui était rejetée mais les bouleversements de l’ordre social que l’innovation entrainait. Lorsque le développement de la science occidentale fit connaitre ses réalisations aux populations d’autres civilisations, les moins lucides crurent possible de les adopter en conservant l’ordre social antérieur. Les autres se partagèrent entre ceux qui préféraient la préservation de l’ordre social et les partisans de la révolution sociale que la recherche de l’innovation technique impliquait. Le nationaliste chinois Sun Yat Sen qui préférait « l’extinction de notre quintessence nationale à l’extinction définitive de notre race » faisait clairement partie du groupe qui acceptait la nécessité des innovations techniques, sociales et politiques étrangères. En son sein, beaucoup  se tournèrent naturellement vers le socialisme qui, dans un processus inconnu, offrait l’illusion de la maitrise et du contrôle.

Néanmoins, le progrès technique, pour des populations souffrant d’une misère radicale, avait pour lui l’évidence de ses bienfaits. Quelque résistance qu’il ait pu rencontrer au cas par cas, tant ses avantages sont visibles lorsque l’on observe ses effets dans leur globalité, il ne pouvait plus être rejeté par principe. Seules les catégories privilégiées pouvaient préférer fondamentalement une stabilité préservant leur prépondérance sociale.

À certains égards, les données du problème sont assez proches dans les sociétés occidentales contemporaines. Nous apprécions le progrès technique en général mais craignons les conséquences des innovations particulières, notamment sanitaires.

Pourtant, si une telle tendance reste majoritaire, un courant propageant un discours critique à l’égard du progrès a su se développer. C’est qu’enfants gâtés de la technologie, nous ne savons plus en goûter les fruits. Toutefois ici, à l’inverse du phénomène décrit plus haut, le rejet global du progrès technique s’oppose à l’acceptation de ses conséquences particulières.

Bien souvent, la décroissance, c’est pour la société, mais pas pour moi !