« America is Back » : certains y croient

Si Romney est élu et s’il applique son programme, on pourrait redire « America is back », comme du temps de Reagan.

Si Romney est élu et s’il applique son programme, on pourrait redire « America is back », comme du temps de Reagan.

Par Jean Yves Naudet.
Publié en collaboration avec l’aleps.

“L’Amérique est de retour”: ce slogan de Ronald Reagan a assuré sa victoire en 1980. Dans un pays mortifié par la guerre du Vietnam, en passe de perdre sa position économique dominante, Ronald Reagan a rendu l’espoir en revenant aux valeurs morales et spirituelles des Pères Fondateurs. Il effaçait enfin l’héritage du New Deal et du socialisme américain toujours présent en dépit de quelques présidences républicaines.

Va-t-on assister à ce même revirement en novembre prochain ? La campagne électorale met en scène le ticket Romney-Ryan, et il semble que les deux hommes soient décidés à rompre avec le passé récent de la politique américaine, où les grands principes d’une société de libertés ont été oubliés – et où la séduction médiatique a tenu lieu de programme. Ce serait, à coup sûr, une bonne nouvelle pour la vieille Europe.

Obama incarne la tradition de la gauche démocrate

Les élections américaines ont leur particularité. Par exemple : la personnalité des candidats, voire de leurs épouses, leur charisme personnel jouent un grand rôle ; la politique étrangère a une importance limitée, comme on l’avait vu quand Bush père a été battu par B. Clinton. En revanche, les questions de société sont toujours importantes : on le voit cette fois-ci avec le mariage gay ou le respect de la vie. Cependant, ce sont souvent les questions économiques qui jouent un rôle essentiel. 2012 n’échappera pas à cette loi, d’autant que les choses se sont désormais éclaircies du côté républicain.

Les idées économiques de B. Obama sont bien connues, car il exerce le pouvoir depuis quatre ans. C’est un vrai représentant du parti démocrate, un « liberal » comme on dit aux États-Unis, c’est-à-dire un progressiste, un homme de gauche dirait-on en Europe. Un keynésien bon teint, qui a encouragé les déficits budgétaires et la relance monétaire. S’il faut réduire les déficits budgétaires, cela passe pour lui par la hausse des impôts et de leur progressivité. Il a surtout engagé une réforme du système de santé que bien des Américains ont ressentie comme une mainmise de l’État sur un domaine qui pour eux doit relever d’abord du libre choix des familles.

Romney-Ryan veulent réduire les dépenses publiques

En face, Romney, qui a voté souvent des textes contradictoires et dont la ligne économique était fluctuante, n’a pas semblé présenter une véritable alternative ; mais l’homme est habile, il a senti d’où venait le vent après quatre années de politique démocrate, il a vu l’influence des Tea party et il a perçu où étaient les faveurs de la base républicaine. Le choix de son colistier, Paul Ryan et le programme du parti républicain montrent un tournant dans la campagne : le débat économique devient plus clair.

Une question fondamentale est celle des déficits et du budget. Pas question, comme avec les Démocrates, d’augmenter les impôts. Au contraire le retour à l’équilibre doit venir d’une réduction des dépenses. Ce n’est pas seulement une question de déficit budgétaire, c’est d’abord un choix de société : réduire de 5% immédiatement les dépenses fédérales et veiller à ce qu’elles ne dépassent pas 20% du PIB. Le budget doit être ainsi ramené peu à peu à l’équilibre, grâce à la réduction des dépenses, au plus tard en 2020.

…et diminuer les impôts

En sens inverse, pas question d’augmenter les impôts. Les Républicains ont compris à nouveau, comme du temps de Reagan, qu’augmenter les impôts réduisait l’activité économique, en décourageant ceux qui entreprennent ou travaillent plus, et finalement diminuait le rendement de l’impôt lui-même. Le programme Romney prévoit de ramener le taux marginal d’impôt sur le revenu de 35% à 28% pour les particuliers, sans aucune surtaxe pour les revenus les plus élevés (on est loin de 75% de F. Hollande). Et l’impôt sur les entreprises serait plafonné à 25%. Baisser les impôts pour relancer la croissance en jouant sur l’offre, c’était déjà la politique Reagan.

La reprise ne viendra pas seulement d’un allègement fiscal ; c’est à une véritable libération de l’économie qu’appelle le programme républicain. Il s’agit d’abroger la plupart des lois de régulation du secteur financier, de façon à relancer l’investissement. Mais cela ne touche pas que la finance. Le marché du travail sera assoupli et le rôle des syndicats réduit. Pour l’école, il s’agit de permettre aux familles les plus démunies de choisir l’école de leurs enfants (dans le privé comme dans le public) en leur donnant directement des vouchers (chèques éducation), au lieu de verser les aides aux écoles publiques. Ainsi chacun pourra-t-il choisir l’école de ses enfants : liberté, concurrence, responsabilité.

Libéraliser l’assurance maladie

L’un des sujets sensibles est celui de l’assurance maladie.

Dans le système américain, il y a deux programmes publics, Medicare pour les plus âgés, Medicaid pour les plus démunis, mais la plupart des ménages s’assurent eux-mêmes, là où ils veulent, ou avec l’aide de leur entreprise. Restaient certains ménages, trop « riches » pour bénéficier de l’aide publique, trop « pauvres » pour s’assurer eux-mêmes ou ne voulant pas s’assurer (cas de beaucoup de ménages jeunes). C’est pour cette catégorie intermédiaire qu’Obama a fait voter un système d’assurance obligatoire, que contestent les Républicains.

Sous l’influence de Ryan, les républicains veulent aller plus loin : non seulement réformer le système mis en place par Obama, pour donner plus de liberté de choix, mais aussi s’attaquer au système Medicare, proche de notre sécu, reposant sur un financement par l’impôt. C’est du moins ce que disent les Démocrates, et ce que s’empresse de relayer toute la presse française.

En fait la proposition du ticket républicain est plus subtile : Medicaid coûte de plus en plus cher, les coûts explosent (600 milliards de dollars pour 50 millions de personnes) et Ryan veut remplacer ce système par des vouchers (ou chèques) que le patient peut utiliser où il veut : soit auprès d’un assureur privé, soit auprès de Medicaid. Ainsi la concurrence pourra-t-elle jouer, les coûts diminuer, tout en donnant à chacun plus de liberté et de responsabilité. Obama et ses partisans accusent les républicains de détruire la protection sociale publique, alors qu’il s’agit d’empêcher le système de faire faillite en l’ouvrant à la concurrence. D’ailleurs c’est Obama qui avait menacé le système en puisant dans les caisses de Medicaid pour financer le reste de son programme de santé. Ce sera un point sensible dans la campagne, un de ceux sur lesquels l’élection peut se jouer.

Au-delà, Romney et Ryan ont retrouvé des accents qu’on n’avait pas entendus depuis les années Reagan : « Le rôle des gouvernements, affirme Romney, est de rester à l’écart et laisser œuvrer la destruction créatrice inhérente à une économie libre ». La destruction créatrice à la Schumpeter, ce n’est pas la même chose que de sauver les canards boiteux, façon Montebourg !

Aujourd’hui les candidats sont au coude à coude. Mais les événements récents, à commencer par la convention républicaine, ouvrent une perspective intéressante : si Romney est élu et s’il applique son programme, on pourrait redire « America is back ». L’Europe étatiste, à commencer par la France, prendrait alors un sacré coup de vieux, avant peut-être de mettre sa montre à l’heure américaine !

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