Qui sont les vrais responsables de la crise ?

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Les Etats, les partis et les médias qui les servent ont réussi un incroyable tour de force: faire croire au grand public qu’ils ne sont pas les responsables de la crise.

Les États, les partis et les médias qui les servent ont réussi un incroyable tour de force : faire croire au grand public qu’ils ne sont pas les responsables de la crise.

Par Pierre Chappaz.

Une cible facile mais à côté du sujet?

Les États, les partis et les médias qui les servent ont réussi un incroyable tour de force : faire croire au grand public qu’ils ne sont pas les responsables de la crise.

La théorie dominante veut que la crise soit due à un « manque de contrôle des marchés financiers ». Facile, puisque le public a surtout compris qu’il fallait renflouer en catastrophe des banques au bord de la faillite. Mais le problème des banques était-il la cause, ou bien plutôt la conséquence de la crise ?

Vladimir Vodarevski explique très bien la supercherie sur son blog, démontrant en particulier que la fameuse dérèglementation des marchés financiers est largement un mythe. Je vais le compléter sur certains points, et vous dire comment je comprends la crise. Je peux me tromper, mon point de vue est certainement partiel, mais j’y ai beaucoup réfléchi et j’ai envie de partager cette réflexion avec vous.

« Providence » à Crédit

La crise de la dette traduit évidemment l’épuisement d’un modèle de croissance à crédit impulsé par les « États-providence » depuis plusieurs décennies.

Les États occidentaux en sont venus à mériter ce titre d’État-providence, et même à le revendiquer. Les gouvernants sont tellement fiers de faire le bien autour d’eux, tels des pères Noël qui officieraient toute l’année en distribuant leurs cadeaux aux électeurs : aides, allocations, subventions, soutien, prêts, recrutement de fonctionnaires, etc.

Ces largesses, destinées avant tout à assurer la réélection des pouvoirs en place, ont été financées par des hausses régulières d’impôts et de charges sociales, au point que dans les pays les plus collectivistes, les dépenses de l’État représentent désormais plus de la moitié de l’ensemble de l’économie. Il est plus facile d’augmenter les dépenses que d’augmenter les impôts, donc malgré la montée des prélèvements, certains pays se sont accommodés d’un déficit budgétaire permanent.

La dette montait un peu plus chaque année, tout doucement… on pouvait bien reporter le problème à plus tard…

Et puis, Ben Laden est arrivé.

11 Septembre 2001 : Top départ de la Bulle de crédit

Quand Ben Laden a percuté les tours à New York en 2001, Wall Street s’est effondré. Pour éviter la faillite du système américain, la Banque Fédérale américaine, la Fed, un organisme étatique, a aussitôt encouragé les Américains à emprunter et à consommer, en baissant radicalement ses taux d’intérêt jusqu’à un point bas de 1% en 2003 ! 1%, cela signifie en réalité un taux négatif, compte-tenu de l’inflation.

Baisse radicale des taux par la réserve fédérale américaine après le 11 septembre 2001. Remontée progressive à partir de 2004 jusqu’au crash de 2008. Depuis, les taux sont à zéro, pour essayer de ranimer une économie moribonde.

La réaction de la Fed au 11 Septembre 2001 donne le top départ d’une gigantesque bulle de crédit, en particulier dans l’immobilier. Tout le monde veut acheter un logement puisque le crédit est gratuit. S’endetter semble être d’autant plus une bonne affaire, qu’avec la hausse continue des prix des logements les foyers américains obtiennent facilement des rallonges de crédit, pour payer l’équipement de la maison, la voiture, etc.

En 2004, la Fed commence à remonter ses taux pour lutter contre l’inflation. Il est déjà trop tard, la mal est fait, la bulle immobilière a pris de telles proportions que personne ne veut qu’elle se dégonfle. Le gouvernement américain pousse alors les organismes semi-publics de financement des crédits immobiliers (Freddy Mac et Fanny Mae) à prêter à tout va, sans considération de la solvabilité des emprunteurs.

Un grand nombre de foyers américains se retrouvent surendettés, ce qui n’était pas un problème tant que l’immobilier était en hausse…

Mais avec la remontée des taux d’intérêt à partir de 2004, acheter un logement devient plus couteux, et pour les foyers endettés le poids des remboursements devient insupportable. Ce phénomène se produit de manière cyclique sur le marché de l’immobilier, il s’est produit de même récemment en Espagne, en Irlande, etc.

Bref, en 2007 et 2008, le marché immobilier américain se met à craquer… Le 15 septembre 2008, Lehman Brothers est en faillite.

Une bulle de taille exceptionnelle

La différence avec les cycles précédents, c’était la taille de la bulle. Des milliards de dollars de prêts immobiliers, enrobés dans les subprimes pour faciliter leur revente entre organismes financiers, se sont trouvés soudain sans valeur, car il est devenu évident que les foyers surendettés ne pourraient pas rembourser.

Les subprimes ont fait exploser le système bancaire.

Pour éviter une autre contagion et l’effondrement du système monétaire, les États ont alors décidé de secourir les banques, puis de tout faire pour ranimer l’économie : les banques centrales ont baissé leurs taux à zéro ou presque, les gouvernements ont lancé de coûteux plans de relance….

Depuis 2008, les gouvernements se sont en réalité substitués aux consommateurs pour emprunter comme des fous et dépenser à tout va.

Et la dette des États, qui était déjà impressionnante avant la crise, a dépassé les limites du raisonnable.

L’Euro

Je ne vais pas aborder en détail les spécificités de la crise de l’euro. Pour faire simple, pendant des années, les pays-cigales du Sud de l’Europe ont bénéficié de taux d’intérêt très bas, grâce à la politique de la Banque centrale européenne (organisme supra-étatique), et à la naïveté des marchés qui ont crédité ces pays de la même solidité que les pays-fourmis d’Europe du Nord, en particulier l’Allemagne.

Les pays d’Europe du Sud souffrent l’un d’une crise immobilière semblable à celle des États-Unis (Espagne), l’autre d’une dette astronomique (Italie, Grèce), mais la cause de leurs problèmes est toujours la même : l’action de gouvernements clientélistes, prêts à acheter leur réélection à crédit.

Depuis trois ans, le cache-sexe de l’euro ne protège plus la Grèce, l’Espagne, le Portugal ou encore l’Italie. Ces pays voient leurs taux d’intérêt monter, parce que presque plus personne ne veut leur prêter de l’argent. Les risques de n’être jamais remboursé sont trop importants.

On constate ainsi que la bulle de crédit créée par l’euro aboutit à une situation similaire à celle des États-Unis : des États au bord de la faillite, des banques moribondes, une économie en panne.

Cure d’amaigrissement pour les États obèses

Nous avons vu que la crise résulte bien de la dérive de nos sociétés sous l’influence d’un étatisme excessif et irresponsable. Il n’est plus possible de feindre d’ignorer la gravité de la situation : les États obèses devront suivre une longue cure d’amaigrissement.

Je ne vois pas comment cette crise pourrait être surmontée sans revoir radicalement les missions de l’État, qui doit se concentrer sur les domaines où il est irremplaçable (sécurité, justice, diplomatie…), et pour le reste, laisser les citoyens comme les entreprises mener leur vie librement.

Les politiques auront du mal à cesser de distribuer des cadeaux à crédit aux électeurs. S’ils n’en sont pas capables, la situation s’aggravera encore jusqu’à ce que le système explose pour de bon, à moins que des techniciens ne les remplacent aux commandes in extremis, comme c’est le cas en Italie.

Aux citoyens de réapprendre à vivre avec moins d’assistanat, plus de travail et de responsabilité, et une vraie solidarité, volontaire, celle d’une communauté d’hommes libres.

L’État n’est pas la solution, c’est le problème. (Ronald Reagan)


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