Vive la rentrée !

C’est la rentrée ! Super, évitons les sujets de fond(s) !

Les vacances sont bien finies. Le mois d’août aura été l’occasion de m’éloigner autant que possible de l’actualité, notamment française et de mesurer, à mon retour, que tout s’est passé comme on pouvait s’y attendre. Au plan politique, on a pu constater un déluge ininterrompu de consternantes bêtises, aussi bien du côté de l’opposition que de la majorité. En économie, l’absence parfaite et chimiquement pure de toute action correctrice aura autorisé le pays à continuer, en marche arrière pour ne pas avoir à regarder la réalité en face, sa course folle vers le précipice. Mais avant de revenir dans le vif de ces sujets palpitants, attardons-nous un peu sur l’aspect scolaire de cette rentrée…

Car oui, vous allez le remarquer dans les prochaines heures : c’est la rentrée des classes et avec elle on assistera à l’habituel déferlement de reportages poignants sur les petites têtes blondes abandonnant leurs parents à la grille de l’école, les articulets précis sur le coût moyen du cartable, son poids, et bien évidemment, tous les autres sujets palpitants en rapport. Marronnier de la rentrée, comme le classement des meilleurs hôpitaux, l’état de l’immobilier ou la franc-maçonnerie, la rentrée des classes offre un sujet de choix pour remettre tout le monde dans le bain, à commencer par les politiciens qui reviennent doucement de vacances.

Sauf cette année, où le mois d’août n’aura pas connu cette désaffection presque complète des tocards politiques pour les affaires du pays : à l’inverse de bien des années où l’été est l’excuse rêvée de nos minustres et autres députains pour se couper des médias et vaquer à leurs petites turpitudes très people, la conjoncture ne leur aura absolument pas laissé le temps de souffler à tel point que la rentrée des classes ne marquera pas leur retour sur le devant de la scène, mais plutôt un prétexte pour détourner l’attention du peuple de leurs gesticulations de plus en plus creuses.

Je passe ici pudiquement sur les frétillantes et hypocrites déclarations d’un Montebourg (par exemple sur le nucléaire) dont l’inutilité de son ministère lui est devenue tellement apparente qu’il en vient à tenir des propos radicalement opposés à ce qu’il pouvait dire il y a encore quelques mois lors de la primaire socialiste, le tout afin d’alimenter encore un peu les rumeurs sur son existence véritable et lui éviter ainsi d’être relégué au rang d’ectoplasme médiatique diaphane auquel il aurait pourtant déjà dû être relégué.

J’aurai peut-être l’occasion de revenir sur les annonces musclées d’un Valls qui n’aurait pas dépareillé un précédent gouvernement Fillon où Hortefeux, à côté, aurait paru pastel. Je ne m’étendrai pas non plus sur les chiffres du chômage et les propositions hallucinabracadanbratesques du ministre qui sent le sapin qui entend mettre en place des CDI à durée déterminée, réclamant ainsi bruyamment de la glace chaude avec cette décontraction que seul un cuistre parfaitement inconscient est capable de déployer dans ce genre de situation. En pratique, chacun de ces sujets mérite un billet sanglant à lui seul, et c’est sans compléter ma besace des propos d’âne bâté de l’éditorialiste cacochyme du Nouvelobs dont la réputation d’imbécile pontifiant n’est plus à faire.

montebourg et sa rose

Rentrée des classes il y aura, et devant ces multiples sujets rigolos, on se dit qu’après tout, il est parfois doux de se faire leurrer lorsque les pitres sont à ce point pénibles. Alors, pour occuper les esprits, le gouvernement nous a pondu toute une cohorte de petites réformettes scolaires. Comme on pouvait s’y attendre, il a courageusement choisi de faire dans les petits ajustements micrométriques de circonstance, aggravant ainsi modérément les problèmes existants.

C’est important, la modération, lorsqu’il s’agit de saboter un système quelconque sur la durée : pas assez modéré, et votre institution carafe vite et en fanfare. Trop modéré ? Personne ne se rend compte de vos efforts, et l’institution peut s’adapter et corriger vos lubies idiotes. Il est donc impératif que les modifications apportées à l’Éducation Nationale soient à la fois mesurables et suffisamment délétères (mais pas trop) pour que la direction générale vers un appauvrissement du service soit conservée.

Le bricolage sur les durées scolaires continue donc de plus belle. On rabote la semaine à quatre jours et demi, ou pas, ou plus tard, en 2013, ou finalement non, on ne sait pas, on se tortille un peu la nouille. On chouine sur des vacances trop importantes mais on allonge celles de la Toussaint pour faire bonne mesure. On crie très fort pendant la campagne sur les milliers de suppressions de postes mais arrivé en place, on ne remet pas en cause la suppression des 14.000 postes déjà enquillée par le précédent gouvernement. On bricole quelques embauches, pour montrer qu’on est gentil. On promet toujours les 60.000 postes supplémentaires, plus tard, à la prochaine rentrée. Parce que bon. On entérine les réformettes du précédent gouvernement pour le lycée, avec un peu plus d’« enseignements exploration », car vous comprenez, au lycée, il faut former de joyeux petits explorateurs.

Et on sait déjà qu’on va discuter, de longues heures, sur les rythmes scolaires, mantra à la mode lorsqu’un gouvernement tout frais vient de prendre le pouvoir : eh oui, ma brave dame, mon brave monsieur, il faudra faire le bilan des expérimentations qui ont testé les semaines avec mercredi matin travaillé, ou sur quatre jours seulement, ou avec le samedi, ou en concentrant tout le matin, ou que sais-je encore. Et bien sûr, il faudra faire intervenir des chronobiologistes, des pédiatres, des pédopsychiatres, des experts, plein d’experts, des brouettées vibrantes et tumultueuses d’experts remontés comme des coucous, auxquels s’ajouteront des containers entiers de philosophes et de pédagogues chevronnés. Cela sera grandiose, il y aura débat national et emportements homériques à l’assemblée nationale pour savoir si l’école doit finir à 15h30 avec une coupure à midi d’une heure ou si l’on doit choisir l’option 16h30 avec une coupure de deux heures plus en accord avec les rythmes biologiques et la digestion chronométrée de nos petits chérubins, tenant compte des repas diététiques et durables qu’on leur fournira dans des cantines éco-conscientes et biorythmées.

La Nation doit avoir son débat sur les activités de Kévin en après-midi : atelier cuisine, cirque, expression orale et corporelle au travers de rencontres sportives en équipe pour taper un ballon du pied, ou laboratoire d’approfondissement des réflexes moteurs dirigés par le regard dans un cadre vidéoludique ? On sent déjà que la question sera épineuse. Et cruciale ! Parce qu’il faut absolument s’assurer que l’emploi du temps du petit Kévin soit meublé jusqu’à 18:30, heure à laquelle ses parents viendront le chercher après leur dure journée à Pôle Emploi ou derrière l’un des innombrables bureaux d’une fonction publique tentaculaire occupée à justifier son existence.

Pendant ce temps, les industriels, ceux qui gagnent de l’argent en vendant de vrais produits à de vrais gens qui doivent travailler pour de bon pour pouvoir acheter et produire, ces industriels qui se réfugient dans d’autres pays où le politicien moyen a compris qu’il valait mieux arrêter la tonte lorsqu’on voyait la peau, ces industriels sentent que la France n’offre plus le minimum d’attraits qu’elle pouvait prétendre dispenser il y a encore quelques lois mois : ils fuient. Et ceux qui observent la France, et, plus généralement, l’Europe, qui sont au chevet même de sa population et des consommateurs qu’ils doivent tous les jours convaincre pour vendre leurs productions, ces industriels là sont formels : la France et l’Europe s’appauvrissent.

Devant ce constat, heureusement que le pays tout entier va se tourner, enfin, vers un vrai débat de fond sur les rythmes scolaires !
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