Marseille, la stratégie du ghetto

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Pourquoi l’intervention de l’armée demandée par Samia Ghali dans les quartiers nord de Marseille est injustifiable.

Pourquoi l’intervention de l’armée demandée par Samia Ghali dans les quartiers nord de Marseille est injustifiable.

Par Mathieu Morateur.

Après avoir construit des ghettos dans les quartiers nord de la cité phocéenne et fait prospérer des réseaux de clientélisme, les socialistes marseillais envisagent aujourd’hui d’y imposer un blocus militaire.

Si le quartier de la Gare Saint-Charles, situé au nord de la Canebière, a toujours eu une réputation plus sulfureuse que les abords de la Préfecture située un kilomètre plus au sud, on n’a pas dit de tout temps que Marseille était « coupée en deux » selon le mot de l’élu le plus puissant de la deuxième ville de France, le socialiste Eugène Caselli. Car les quartiers les plus au sud accueillaient les ouvriers des nombreuses petites usines de transformation de matières premières. S’ils sont aujourd’hui des bastions de la droite républicaine épargnés par les grands ensembles HLM laissés à l’abandon, le Marzargues dans lequel Jean-Claude Gaudin naquit à l’orée de la Seconde Guerre Mondiale et le Rouet dans lequel il fit ses premières armes politiques dans les années 60 étaient à l’époque des terres de mission auprès d’un électorat populaire où se faisait élire député le plus proche de Gaston Defferre, Charles-Emile Loo.

C’est un événement politique lointain, la signature du programme commun de la gauche, qui va établir ce clivage économique. Remettant en cause l’alliance de Defferre et de la droite face aux communistes, tradition héritée de l’après-guerre dans cette ville où le PCF atteint 35% des voix aux débuts de la IVème République, l’Union de la gauche voulue par Mitterrand aboutit à faire du jeune Gaudin, qui vient de s’emparer de la circonscription du bras-droit de Gaston, le leader de l’opposition. Les autres caciques du defferrisme comme Andrieux ou Masse (dont les enfants ont pris la suite aujourd’hui), et le nouvel allié communiste se voient alors armés d’un nouveau levier de clientélisme industriel : la politique des offices HLM de la ville et du Conseil Général sera tournée principalement vers les quartiers nord dans lesquels ils sont élus. L’attribution discrétionnaire des logements ainsi que le financement d’une vie associative particulièrement foisonnante maintiennent la population sous assistance et assurent ainsi la réélection des « camarades ».

Vite devenus incontrôlables au quotidien, ces grands ensembles 100% HLM dépourvus de toute mixité sociale sont rapidement devenus le principal débouché de la distribution de drogues et le principal terreau de recrutement de main d’œuvre des réseaux sur le déclin avec l’arrêt de la filière de la French Connection. Et cette nouvelle criminalité organisée va progressivement supplanter les parrains d’hier, issus du centre-ville, et imposer dans ses quartiers d’origine une autorité concurrente à celle de la République.

C’est pour s’attaquer à ce qui est la progéniture de la politique de son propre parti que Samia Ghali demande aujourd’hui de mettre en place des barrages militaires à l’entrée de ces quartiers « pour un ou deux ans », suivie sur le principe par Patrick Menucci, candidat à l’investiture socialiste pour la mairie.

Voilà un remède bien pire que le mal ! En dehors de l’atteinte injustifiable en temps de paix de la liberté de circulation des personnes, fermer encore plus ses quartiers ne peut aboutir qu’au renforcement de leur isolement, et ne ferait que renforcer les bandes qui y exercent leurs méfaits.

S’il existe une solution face au problème complexe que pose la stratégie du ghetto mise en place par les barons de la gauche, elle ne peut passer que par une ouverture de ses quartiers. Si l’on veut gagner cette bataille, les enfants de ces quartiers doivent côtoyer les enfants de médecins et d’entrepreneurs. Sans quoi, le seul modèle de « réussite » qu’ils ont sous leurs yeux aura beau jeu de tomber en martyr sous les balles de militaires dont ce n’est définitivement pas la vocation.