Amiens et après

Une semaine après les violences qui ont embrasé Amiens, quelles leçons peut-on en tirer ? Quelles solutions le gouvernement peut-il mettre en œuvre ?

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La carcasse d'une voiture, incendiée lors des violences urbaines d'Amiens.

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Amiens et après

Publié le 22 août 2012
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Une semaine après les émeutes urbaines qui ont embrasé Amiens, quelles leçons peut-on en tirer ? Quelles solutions le gouvernement peut-il mettre en œuvre ?

Par Guy Sorman.

La carcasse d’une voiture, incendiée lors des violences urbaines d’Amiens.

On aimerait, à la suite des échauffourées d’Amiens et des heurts entre bandes et la police, proposer une analyse originale et des solutions créatives. Hélas ! Tout a été dit depuis des dizaines d’années : la concentration de populations mal intégrées, mal éduquées, rarement salariées, dans des logements inappropriés, un environnement ingrat, suscite nécessairement des phénomènes de bandes, de violence et des heurts avec les policiers.

À droite, on insiste plus sur le maintien de l’ordre et le rétablissement du droit ; à gauche, on discourt plutôt sur les conditions sociales d’une meilleure intégration. Mais au bout du compte, rien ne marche.

Or, ce qui marcherait exigerait une politique de long terme telle que la déconcentration des logements sociaux, voir l’abandon de la notion de logement social et le remplacement intégral de l’aide à la pierre par l’aide à la personne. Ainsi, on pourrait espérer une redistribution des populations concernées sur le territoire et, mécaniquement, une meilleure intégration dans les écoles, le voisinage, la culture collective et les entreprises.

Reste l’emploi : une impasse. Plus les minima sociaux, RMI, SMIC, sont élevés, plus les jeunes non qualifiés et les employeurs ont du mal à trouver un terrain d’entente. Comme la situation globale de l’emploi se dégrade, la réponse adéquate devrait être une plus grande flexibilité du marché du travail, comme en Allemagne ou au Danemark. Mais la gauche est partie dans l’autre sens.

Le gouvernement, cependant, constate qu’il n’existe pas d’autre alternative à la police que la police. Elle constatera peut-être, à terme, que la flexibilité du marché du travail est une meilleure réponse à la violence que le renforcement des droits acquis pour ceux qui en ont déjà. La gauche, parfois, est la mieux placée pour conduire une politique dite de droite.

—-
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  • Excellent article.
    Cependant, je ne pense pas qu’une aide financière (que ce soit à la pierre ou à la personne) soit efficace.
    De plus, cela rentre en conflit avec la 2nd partie de l’article à savoir la flexibilité du marché du travail (les aides étant désincitatives).

  • Il faudrait aussi supprimer la carte scolaire, qui enferme les jeunes pauvres dans l’école de leur quartier.

  • Ne manquez pas le nécessaire éclairage de Monsieur Z. sur la question (en bas à gauche) :

    http://www.contrepoints.org/2012/08/18/94025-contrepotins-le-supplement-magazine-people-et-pipolitique-contrepoints

  • A titre indicatif, il y a des voitures brûlées régulièrement dans le quartier Saint-Genes à Bordeaux … et on voit assez peu d’articles sur le sujet dans la presse.

    Et ce n’est pas un banlieue pauvre ou miséreuse, ni un nid de hlm …

    Dans toutes les villes de Fraônce il y à des incendie de voiture presque toute les nuits … on ne parle de la chose que lorsque le phénomène tourne à l’émeute et encore plus si l’on peu d’une façon déguisée dire que c’est la faute de la police.

  • Le RMI n’existe plus depuis 2009, date à laquelle il a été remplacé par le RSA qui est conservé en cas d’embauche, et tout comme le RMI il n’est pas accessible aux jeunes en question (interdiction de le percevoir pour les moins de 25 ans qui n’ont pas travaillé au moins 2 ans dans les trois dernières années)… On voit mal le niveau du SMIC jouait un quelconque rôle à partir du moment ou dealer de la drogue procure un revenu plus élevé…

    • Tout a fait, l’auteur de l’article se trompe avec ces histoires de rmi ou rsa jeunes, plus encore il faudrait se demander comment la France qui accueille des centaines de milliers d’immigres sans travails ni formations adaptees (cf la polemique des roms et le profil des immigres en France) avec un taux de chomage grave et qui laisse des zones de non droits peut se pretendre un etat de droit et un pays avec un ordre social apaise. Ce qui me fait penser que la France et meme Paris la grande capitale ne pourra pas faire face economiquement a ces problemes sociaux, culturels voire ethniques dans les annees a venir, surtout avec des finances publiques aussi moribondes. En fait la delinquance et la violence ont un cout importants et la France n’a plus les moyens ce qui affecte son attractivite. alors qu’avant le pays n’avait pas la volonte de payer pour des raisons diverses dont la victimisation post coloniale evoque par l’auteur en filigrane ( « logements inappropries » ?)

    • le trafic de drogue ne peut pas faire vivre des centaines de milliers de jeunes et surtout pas en France à cause du fort pouvoir d’achat. mais un bon moyen pour lutter contre le trafic et en conjonction avec la suppression du SMIC serait de rendre la consommation et la vente de drogue légale. cela entraînerais mécaniquement un effondrement du prix des dites drogues qui serait rapidement fabriqué industriellement par les grand labos pharmaceutiques, donc à très faible coût (la plupart des molécules sont bien connues et très simple à synthétisés du moment qu’on sort de la clandestinité.

  • André JAY
    Il est surprenant que cet article fasse l’impasse sur le caractère ethnique de cette émeute – comme de toutes celles qui se produisent
    toutes les semaines en France : Marseille pour un problème de burka (interdite en France) , policiers attaqués par les islamistes , 7 blessés
    dans leurs rangs – Mulhouse en état de guerre , Lyon : juifs attaqués
    par des islamistes , églises et fidèles caillassés etc ….
    Sans parler de Mérah , des 2 gendarmes tuées et de l’attaque à la Kalachnikov à Lille ( 2 morts ).
    Ne voir dans les émeutes d’Amiens que des problèmes de logements ou de chômage c’est verser dans l’angélisme ..
    Cette émeute a été préparée , organisée :participants cagoulés , armés
    Ils ne se sont pas retrouvés dans la rue par hasard.

  • Quel pays pourrait encore espérer avoir un avenir alors qu’il ne punit pas les coupables et qu’il se ment quotidiennement à lui même ? Nous nous suicidons a petit feu ! Quel gachis !

  • La flexibilité se fait au dépit des travailleurs déja en place. Inutile de réfléchir 2 secondes pourquoi elle est rejetée 🙂

  • Vous êtes naturellement gentil et bienveillant, cher Guy Sorman. Mais la gauche n’est pas mieux placée que la droite pour réaliser l’intégration des populations marginalisées. Sinon, on l’aurait déja vu.
    Elle n’est pas mieux placée pour la bonne raison qu’elle n’en a rien à faire. Elle représente la petite bourgeoisie d’état, c’est-à-dire des classes déja intégrées, cuirassées d’avantages acquis, de privilèges, d’emplois à vie, de bonnes retraites, etc. C’est vrai autant pour la gauche politique que pour la gauche syndicale, autant pour le PS que pour les verts et pour la gauche mélenchonesque. Ces gens-là ont fermé la porte derrière eux et, sous aucun prétexte, ne la rouvriront. Un peu de tartufferie morale, un peu de charité, voilà tout ce qu’ils ont à offrir.
    Ce n’est pas de la morale indignée que je fais, c’est de la sociologie politique.
    Bien sur, il est arrivé que des hommes politiques s’élèvent au-dessus du milieux social et idéologique qu’il représente. Mais qu’attendre d’un petit épicier de la politique politicienne comme Hollande. Sarkozy a essayé de faire des choses, mais de façon tellement brouillonne et contradictoire qu’il a tout raté.

  • Le trafic de drogue prouve que pas mal de ces gens-là sont capables de créer leur propre emploi.

    Si c’était légalisé, les revenus de ces personnes n’atteindraient pas ces niveaux. Ils n’ont donc aucun intérêt à ce que leurs activités lucratives soient légales, ni le gouvernement d’ailleurs, qui peut ainsi justifier de sa pseudo-utilité en déversant des tombeaux de fric pour y acheter des clientèles électorales.

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